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LES INDUSTRIES COLONIALES

imposent. Il est d'abord nécessaire que les machines et moteurs, comme d'ailleurs tous autres articles nécessaires à rétablissement des manufactures, puissent entrer en franchise dans la colonie. On ne saurait raisonnablement, sous prétexte de « protéger » l'industrie mécanique française, maintenir les droits exorbitants actuels qui renchérissent les outils indispensables à l'industrie. En Inde, il n'existe pas de droits de douane sur les machines et moteurs de toute espèce; en Chine, les droits ne sont que de 5 pour 100 ; au Japon, où le gouvernement essaye de protéger des industries mécaniques naissantes, ils ne dépassent pas lo pour loo ; en Indo-Chine, la loi de 1892 a promulgué les droits portés au tarif métropolitain qui atteignent suivant les prix en fabrique, de i3 à i5 pour loo^

De semblables taxes ne sont-elles pas de nature à décourager les capitalistes qui songeraient à créer une industrie au Tonkin ? On peut soutenir qu'à l'heure présente, ceux-ci ont plus d'avantage à s'établir à Changhaï qu'à Hanoï. Les droits perçus surélèvent le prix d'un matériel d'usine dans de telles proportions, que Ton a vu tour à tour^ dans ces dernières années, le chef du département des Colonies et le Conseil colonial s'employer à détaxer irrégulièrement

I. Il y a deux ans, une société qui fonde une Blature au Tonkin, important à Haïphong un matériel qu'elle avait acheté goSooo francs en Angleterre a dû acquitter 116 aoo francs de droits de douane ce qui représente un renchérissement, — « une taxe d'installation », pourrait-on dire, — de 13, 86 0/0.

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les matériels industriels de fabrication étrangère importés en Indo-Chine*.

Il ne suffit pas de réclamer la suppression des droits d'entrée sur les machines et autres objets nécessaires à rétablissement des industries : il faut encore demander pour ces dernières des encouragements et des primes. Oui, des primes ! Car, si de semblables mesures se conçoivent rarement dans un vieux pays, comme le nôtre, où elles ne sauraient soutenir le plus souvent que des industries incapables de jamais vivre de leurs propres forces et dont le temps est passé, il peut être nécessaire et légitime, dans un pays où se construisent les premières manufactures, — en Asie, en Océanie, comme en Europe et en Amérique, — de protéger, pendant (pielques années, les industries naissantes. Cette protection leur assurera le concours des capitaux dont elles ont besoin et leur donnera le temps de prendre les forces qui leur permettront de soutenir par la suite la concurrence internationale. Lors donc qu'il sera utile de « protéger », d' « encourager » ou de

I. Aux mois de septembre et de novembre 1890, le soussecrétaire d'Etat aux Colonies a donné Tautorisation à deux colons français établis en Indo-Chine de faire entrer dans ce pays un matériel d'exploitation de mine et un matériel de filature de provenance étrangère, sans acquitter les droits de douane qui devaient être perçus en exécution de la loi du a 6 février 1897.

Plus tard, le Conseil colonial de la Cochinchine a voté dans sa séance du 30 janvier 1897, en faveur d'un industriel de la colonie, une subvention égale au montant des droits de douane qu'il devait acquitter pour l'introduction d'un matériel de rizerie. — A la vérité, ce vote a été annulé par un arrêté du . gouverneur général du 7 septembre de la même année.

PRIMES A l'industrie COLONIALE 33 1

« primer » d'une façon quelconque au Tonkin, par exemple, l'industrie naissante des cotonnades, des soieries, des fers ou de l'acier, il conviendra de s'y décider âans hésitation. Un des anciens gouverneurs de rindo-Chine l'avait très bien compris. M. de Lanessan raconte * que, dans le but « d'encourager la filature mécanique et le perfectionnement des cocons au Tonkin » , il institua une prime analogue à celle qui existe en France. C'était donner l'essor à une industrie nouvelle au grand profit de la colonie. Mais M. de Lanessan avait compté sans les sériciculteurs de la métropole, qui virent dans sa décision une menace pour les magnaneries françaises et arrachèrent au ministre des Colonies l'ordre de revenir sur les mesures prises. « Aussitôt après mon départ, écrit l'ancien gouverneur, les industriels français ont fait supprimer cette prime ; aucune magnanerie modèle n'a été construite ; les filatures perfectionnées * qui avaient été créées à Hanoï sont abandonnées et la question se trouve exactement dans le même état qu'au jour de notre arrivée dans le pays* ».

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