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Principes de colonisation. Alcan, éditeur

2. 11 y a lieu de faire ici une remarque intéressante qui montrera la diversité des aspects de la question douanière, sa complexité :

F^es protectionnistes français favorisent rétablissement de V industrie cotonnière en Indo-Chine sans le savoir.

Voici comment :

Ils ont établi dans ce pays sur les marchandises étrangères les droits très élevés que l'on sait dans l'intention de protéger l'industrie nationale, mais, — conséquence qu'ils n'ont pas prévue, — ces mêmes droits protègent les filatures de Hanoï et de Haïphong contre les introductions de filés anglais et indiens.

Les colonies australiennes sont plus libres que les nôtres et, il est permis d'ajouter que si elles ne Tétaient point, le gouvernement central comprendrait certainement leurs véritables intérêts. Elles peuvent assurer à leurs industries naissantes, soit par des droits de douane, soit par des primes ou encouragements, la protection qui leur est indispensable; — elles n'y manquent pas*.

Quant au traitement qui devra être réservé dans la métropole aux produits de l'industrie coloniale, il n'y a pas lieu de s'en préoccuper dès aujourd'hui. Le temps est encore éloigné où le Tonkin, pour citer

Ce résultat n'est pas pour nous déplaire. Il est même à notre sens très heureux, car les industriels français qui s'installent au Tonkin se trouvent, au premier jour, en état d'infériorité visà-vis deà cotonniers indiens leurs concurrents, par le fait qu'ils ont dû acquitter des droits fort lourds sur les machines de fabrication anglaise nécessaires à leur outillage. — On n'ignore •point, en effet, que la France ne fabrique presque pas les machines à ffler et tisser le coton et que les cotonniers métropolitains doivent, eux-mêmes, aller chercher leur matériel de l'autre coté de la Manche.

I. Nous avons déjà dit que certaines colonies australiennes avaient établi des droits protecteurs de leurs industries.

Voici, pour préciser, un exemple : La colonie de Victoria ne se contente pas, en vue de favoriser ses fabriques de sucre, do percevoir des droits élevés sur les sucrés importés. Elle fait plus et encourage directement l'industrie sucrière. Une loi de 1896 dispose que toute Société fondant une sucrerie dans un district dont les terres sont propres à la culture de la betterave et passant avec les fermiers des contrats en vue de développer cette culture, est en droit de réclamer au Trésor colonial des avances propres à faciliter son établissement. Ces avances peuvent atteindre 3 livres sterling par chaque livre dépensée par la Société ; elles portent intérêt à 4 pour 100 et sont remboursables en 46 versements semestriels ; elles sont garanties par une première hypothèque consentie sur les biens de la Société.

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celle de nos possessions qui entrera la première dans la période industrielle, sera en situation d'exporter en Europe ^ Lorsque cette heure sera venue, il se pourra, d'ailleurs, que nous ayons intérêt à recevoir les produits tonkinois plutôt que les marchandises similaires de Flnde, du Japon ou de la Chine; d'autre part, notre industrie fabriquera certainement des produits que notre colonie sera disposée à recevoir en échange. Il faut, en effet, se persuader, contrairement à l'opinion des protectionnistes qui voient dans le « Péril Jaune » la ruine de l'Europe industrielle, que les nouveaux producteurs ne cesseront pas d'être des consommateurs. « Si dans un siècle, avonsnous écrit ailleurs, nos arrière-petits-enfanls voient, en Asie, des millions d'ouvriers jaunes fabriquer, en concurrence avec les manufactures européennes ou américaines, un grand nombre d'articles pour les expédier dans toutes les parties du monde, ils verront aussi, en Europe, en Amérique, des millions d'ouvriers blancs fabriquer d'autres qualités ou d'autres produits pour les expédier de même dans l'univers entier. Ainsi, les nouveaux concurrents seront de nouveaux acheteurs et, autant pour satisfaire le goût des Asiatiques que pour solder leurs envois, la Vieille

I . On comprend, sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage, que nous distinguions parmi les importations de nos colonies en France entre les denrées coloniales (v. p. 3i8) les produits agricoles (v. p. 826) et les produits manufacturés. Il est permis d'envisager un traitement différent pour ces diverses catégories de marchandises.

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Europe et 1» « Vieille Amérique » construiront des manufactures nouvelles ^ »

Nous croyons donc très fermement, pour terminer sur ce sujet, que le régime industriel de nos colonies doit être celui de la liberté. Nous voulons qu'elles soient libres de créer des manufactures, libres de protéger leurs industries naissantes. Les projets menaçants des porte-paroles du parti du « naarcbé national » doivent être à tout jamais condamnés. Le système de la liberté industrielle est le seul qui puisse assurer la mise en valeur rapide de notre domaine colonial, le seul qui donne aux capitalistes les garanties sans lesquelles ils préféreraient « l'étranger » aux « colonies ».

Nous nous reprocherions d'insister, et cependant nous observerons encore, à ce propos, que les Français établissant aujourd'hui des industries chez les nations étrangères, — l'Italie, l'Espagne, la Russie, par exemple, — jouissent dans ces pays de la protection qui est assurée à la production nationale. Peut-on raisonnablement concevoir que, d'autres Français, établissant des industries dans nos propres colonies, soient moins favorablement traités?

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