‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 120 sur 130 · I. Le Péril Jaune · texte numérisé non relu

I. Le Péril Jaune

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et ses colonies, qu'il convient tout naturellement de rappeler les services que peuvent rendre à ces relations mêmes les musées coloniaux.

Voici longtemps que des pays voisins du nôtre oat réalisé des fondations de ce genre. Le « Musée colonial » de Haarlem et « Tlnstitut impérial » de Londres sont bien connus ; ils ont servi de modèles aux. musées commerciaux de Bruxelles et de Berlin, créés dans ces dernières années. Le but réalisé en Hollande et en Angleterre est l'installation dans un palais spécial, soigneusement aménagé, de collections très complètes des produits naturels et fabriqués, originaires de chaque colonie. Les minéraux, les bois, les matières textiles, les denrées coloniales, les matières alimentaires, les produits végétaux et animaux, ainsi que ceux de l'industrie indigène, sont exposés dans des salles spacieuses; des cartes, des photographies, des dessins, des moulages, des spécimens, des échantillons de tout genre mettent, si l'on peut ainsi parler, les choses dans les yeux, tandis que des étiquettes, des brochures, des notices, donnent aux négociants, aux industriels, aux hommes d'affaires des renseignements précis. Enfin, dans d'autres salles, qui présentent en quelque sorte la contre-partie des précédentes, sont réunis les objets fabriqués de toute nature réclamés à l'Europe par les populations coloniales ; des fiches font cojmaître les conditions d'emballage et de transport, les prix de vente, le nom des commissionnaires, etc.. L'Listitui impérial n'est pas seulemeat \m nausée colonial, il est encore un

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« club », un lieu de rendez-vous pour les « colonistes » . On conçoit sans peine les services que peuvent rendre des institutions semblables à celles de Haarlem et de Londres aux commerçants et aux industriels, aux importateurs de matières premières et aux exportateurs de produits fabriqués. Ils constituent, en même temps, pour les simples visiteurs d'excellentes leçons de choses.

La France est, en ce qui concerne les musées coloniaux, très en retard sur ses voisins. L' « Exposition permanente des Colonies » date de i855, et cependant, en dehors de quelques spécialistes, qui l'a visitée? Qui même connaît son existence? Le Musée colonial de Haarlem, fondé neuf ans plus tard, est au contraire le modèle que Ton vient dé dire.

Un arrêté ministériel du mois de mars 1899 a réorganisé l'Exposition permanente des Colonies pour l'encadrer dans un service, dit « Office colonial », — les mots anglais étant à la mode chez nous. . . beaucoup plus que les exemples. L'Office colonial est chargé « de centraliser et de mettre à la disposition du public les renseignements de toute nature concernant l'agriculture, le commerce et l'industrie des colonies. » Exposition et Office sont installés dans -les galeries du Palais-Royal. Cette réorganisation et cette . installation méritent d'être louées ; on peut dire que déjà notre musée colonial est moins ignoré ; qu'il a reçu la visite d'un certain nombre de négociants et d'industriels. Cependant, il convient de faire mieux.

Dans notre pensée, le « Musée colonial » ne saurait

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être trop bien installé et trop richement doté. Il ne doit pas seulement, en effet, favoriser rétablissement des rapports entre les commissionnaires ou les industriels métropolitains et nos colonies, il doit aussi constituer un attrait, en même temps qu'un centre d'instruction, pour le grand public très ignorant des choses qui touchent nos possessions d'outre-mer. Depuis une vingtaine d'années, on parle beaucoup « d'expansion coloniale » et cependant les idées, les connaissances sont demeurées vagues, imprécises. Combien de gens sont mieux instruits de l'histoire des expéditions africaines ou asiatiques et de leur contrecoup sur la politique intérieure que de la richesse et de l'avenir des provinces conquises? Aussi, bien des Français, appartenant à toutes les classes de la population, seraient-ils étonnés, surpris, en apprenant de visu y par une promenade au Musée colonial, ce que produisent nos colonies, ce qu'elles consomment, ce que l'on peut y entreprendre avec de l'intelligence, de l'énergie et quelque capital. Ils se convaincraient que leur pays ne finit pas au Havre, à Bordeaux, à Marseille, ni même à Alger ou à Tunis; qu'il y a, de par le monde, de larges terres où, sous la protection de notre drapeau, il est possible de s'établir, de travailler, de s'enrichir, avec lesquelles des relations commerciales profitables peuvent être entretenues.

Le Musée colonial pourrait donc devenir un merveilleux instrument de propagande et de réclame. On a dit, dans une autre partie de ce travail, l'intérêt que présenterait pour le public un vaste Jardin d'essai

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dont les grandes serres contiendraient quelques exemples de la végétation des pays tropicaux. Si, sur un autre point de Paris, était installé le Musée que nous souhaitons, on voit combien ces deux institutions, — en même temps qu'elles rendraient chaque jour les services immédiats en vue desquels elles auraient été créées, — contribueraient à l'éducation coloniale de nos compatriotes : elle leur ferait connaître « la France d'outre-mer ».

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