‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 121 sur 130 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Pendant longtemps nous n'avons pas eu la perception des destinées coloniales de notre pays. — Nécessité d'adopter enfin une politique coloniale suivie. — Gravité de la question. — Insuffisance de la natalité française. — Médiocrité de notre activité commerciale. — Situation fâcheuse de notre marine marchande. — L'exploitation de ses colonies peut donner à la France une vigueur et une richesse nouvelle. — Avenir colonial : peuplement, commerce, navigation.

Il est temps de conclure, — et nous le pouvons faire brièvement, car nous avons indiqué, à chaque ligne de cette étude, la situation présente de nos affaires coloniales, les fautes commises, la voie qu'il importe de suivre désormais.

11 n'est pas douteux que, depuis le commencement de ce siècle, ni l'opinion, ni les Chambres, ni le gouvernement, ni l'administration, — qu'il faut bien nommer aussi puisqu'elle avait charge directe de nos possessions d'outre-mer, — n'ont eu la perception vraie des destinées coloniales de notre pays. Bien plus : il est permis de dire qu'après vingt années de conquêtes, d'explorations et de prises de possession, nous n'accordons pas encore au mot, si employé, de « politique coloniale » le sens très large qu'il comporte. « La France doit avoir une politique coloniale. » Ces mots ne veulent pas dire seulement que

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notre pays doit prendre sa part du globe, s'établir en Afrique et en Asie, constituer une armée coloniale, fortifier Bizerte, Dakar, Saigon, ou relier nos possessions à la métropole par des câbles sousmarins; ils signifient encore que nous devons nous appliquer à mettre en valeur, sans retard, les pays qui nous sont dévolus.

Or, il ne semble pas qu'à Theure actuelle le gouvernement, les Chambres et Topinion, soient venus à une perception suffisamment nette du but à poursuivre et des moyens à employer pour l'atteindre. Certes, deux ministres ont pris la décision d'accorder, — et sous quelles réserves, avec quelles restrictions, nous l'avons dit! — des concessions à des compagnies privilégiées de commerce et d'exploitation; les Chambres viennent d'engager la réforme du budget colonial de l'Etat et des budgets locaux ; l'exécution du chemin de fer de Madagascar est décidée et l'on annonce la construction prochaine de plusieurs autres lignes en Afrique ; l'Indo-Chine a été auto-^ risée à emprunter les sommes nécessaires à ses travaux publics ; quelques gouverneurs intelhgents et hardis s'efforcent d'attirer dans les pays qu'ils administrent les colons et les capitaux... Mais, ces premières initiatives ou ces premières mesures sont-elles suffisantes pour donner la certitude que les affaires coloniales vont être désormais suivies sans défaillance, envisagées dans un « esprit nouveau » ? Peuton, d'autre part, espérer que nos possessions seront prochainement dégagées des tarifs qui les étreignent,

NÉCESSITÉ d'une POLITIQUE COLONIALE 34 1

quand on voit une majorité protectionniste dominer dans les assemblées et quand on sait que les défenseurs du c< marché national » rêvent d'édicter de nouvelles lois pour contrarier, dès leur naissance, les industries coloniales? Enfin, — et ceci est fort important, — l'opinion publique est-elle suffisamment éclairée ? est-elle convaincue ? En Angleterre toutes les classes de la population sont acquises à la politique d'expansion ; il en est de même en Allemagne. Dans ce pays, une grande Société, \di Kolonialgesellscliaft, dont l'influence sur le gouvernement est très réelle, provoque et protège depuis vingt ans toutes les entreprises coloniales, groupe tous les efforts et toutes les initiatives ; son organe, la Kolonialzeitung est tirée hebdomadairement à 4oooo exemplaires. Dans notre pays, malgré les réels progrès de l'idée coloniale, on ne saurait, hélas ! faire de semblables constatations.

Aussi les économistes, les publicistes, les sociétés coloniales sont-ils loin d'avoir fini leur œuvre de propagande. Il importe qu'ils continuent d'instruire l'opinion et ses représe^ntants, qu'ils provoquent partout un grand mouvement.

Il faut dire que la « politique coloniale » est une entreprise de longue haleine; qu'elle exige une volonté persistante, inlassable, la continuité des efforts ; qu'elle doit assurer au pays honneur et profit. Il comnent surtout de proclamer Vabsolue nécessité de cette politique pour la France, Nous sommes persuadé, en effet, que l'avenir de notre pays est, pour une très large part, subordonné au développe-

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ment de ses colonies. Déjà, Prévost Paradol était dominé par cette pensée, lorsqu'il écrivait en 1868 le dernier chapitre de son beau livre sur La France nouvelle. Mais combien elle s'impose davantage à l'esprit dans l'heure présente, après la guerre franco-allemande, après les observations que nous pouvons faire chaque jour en constatant les progrès de nos rivaux ! La réalité nous presse, nous étreint : la population de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie, des États-Unis ne cesse d'augmenter dans des proportions considérables tandis que la nôtre ne s'accroît qu'avec une extrême lenteur* ; l'activité commerciale

I. Tableau de l'augmentation de la population dans ces pays dans ces s^ingt dernières années, d après le « Bulletin de l'Alliance nationale pour l'accroissement de la population française » du i5 janvier 1900 :

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