I. DU NOMBI^E ET DE LA QUALITÉ DES COLONS
Bien que nous ayons distingué plus haut entre les « colons aux colonies » et les « capitaux aux colo-
nies », il convient d'observer de suite, en abordant le premier de ces sujets, que les émigrants français ne sauraient songer à s'établir dans Tune quelconque de nos colonies, s'ils ne disposent pas d'un petit capital, — tout au moins d^'un pécule de quelques milliers de francs.
En effet,' — et c'est une particularité fort importante à retenir, — aucune de nos colonies ne peut recevoir de colons sans ressources. La France ne possède pas, à la différence de l'Angleterre, de véritables « colonies de peuplement », comparables au Canada, à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande. Dans ces pays fertiles et de climat tempéré, situés dans des régions favorables à l'établissement des Européens, les premiers arrivants n'ont rencontré devant eux, sauf en Nouvelle-Zélande, que de misérables tribus autochtones sans force et sans vigueur. Ces tribus détruites ou refoulées, la terre esp demeurée libre et nue, réclamant, en quelque sorte, une émigration nombreuse. Aussi n'est-il pas nécessaire que l'homme qui débarque dans ces colonies y apporte un pécule ; les simples travailleurs des champs, les manœuvres, peuvent s'y rendre aussi bien que les fermiers et les laboureurs jouissant d'un certain capital ; ils trouveront à s'employer à la ville ou à la campagne et gagneront leur vie avec leurs bras. Ce sont des nations nouvelles qui sont nées, qui se développent en Amérique et en Océanie ; elles comportent toutes les classes sociales, également venues d'Europe. Un pays dont la population croît sensiblement, dont l'émi-
PEUPLEMENT DE l'aLGÉRIE-TUNISIE 25
gration est abondante, est seul en état de fonder des colonies de peuplement. Où P Angleterre a réussi, la France a échoué; si son nouvel empire comprenait des provinces libres d'habitants, situées en pays tempéré, elle échouerait encore. Mais elle ne possède aujourd'hui aucune véritable colonie de ce genre ; son domaine, qui fort heureusement répond à ses facultés, exige, pour être mis en valeur, beaucoup moins des hommes que des capitaux. L'Algérie, la Tunisie, la Nouvelle-Calédonie même, ne sont pas comparables, ainsi qu'on l'a cru quelquefois, au Canada ou à l'Australie ; leur caractère est autre ; ce sont des <c colonies mixtes de peuplement et d'exploitation », qui ne réclament qu'un nombre relativement peu considérable d'Européens et où l'émigrant possesseur d'un petit capital peut seul réussir.
L'Algérie et la Tunisie comptent plus de 5 millions et demi d'indigènes. Ceux-ci représentent une population vigoureuse, attachée au sol et qui ne cesse d'augmenter. La terre n'est donc pas libre, sans maîtres. D'autre part, Arabes et Kabyles, à l'exception de quelques tribus nomades ou demi-nomades, ne répugnent point au travail ; ils s'engagent volontiers chez les colons, se contentent de salaires peu élevés, deviennent de bons domestiques agricoles. A côté d'eux, dans certaines régions, des émigrants espagnols, siciliens et maltais, pauvres et sobres, offrent aussi leurs bras. Les simples travailleurs des campagnes de France, habitués à une vie moins misérable, moins « primitive », ne sauraient supporter
'î6 L*EXPL0ITAT10^ DE >OTRE EMPIRE COLOMAL
iiiie pareille concurrence. Aussi peuvent-ils, sans
ik^iuniage pour nos provinces de F Afrique septen-
Inonale, continuer à se rendre dans la République
Argentine, qui est, au regard de l'Europe, une
\aste colonie de peuplement. L'œuvre de coloni-
^tion en Algérie-Tunisie doit être surtout entreprise
par des capitalistes assez riches pour acquérir des
iiomaines d'une certaine étendue, — de loo à 3ooo
hectares, — et appeler auprès d'eux une ou plu-
î^ieurs familles de paysans français. Ceux-ci seront
en quelque sorte des contremaîtres agricoles; ils
formeront et dirigeront les ouvriers indigènes. La
nature, l'étendue, la situation du domaine, autant
tiue les ressources du maître influeront sur ses
entreprises : il pourra cultiver le blé, la vigne, les
primeurs, faire des fourrages et engraisser le bétail,
t^uiilii tl'*^ orangers ou des oliviers. A côté des
iv L'ios n < f des « moyens » colons, il y a place
ttiiilolnis j'Hur les « petits » qui, possédant 20, 4o,
Th) lirttiuvs et plus, labourent eux-mêmes leurs
i lifiii»f>^i't soignent leurs vignes. Ce sont les « petits »
%\\\iHi^ <|(ii. répartis à l'heure présente dans les
Jill'ôm)t> I entres créés dans les trois départements
alpWions. i nnstituent la majeure partie de la popu-
latiuii Inifiriuse implantée au milieu des groupes
M JUS il importe que Témigrant qui veut devenir
iil^Ui L'olnn possède en propre, — alors même que l'ad-
aliciii lui donnerait la terre afin de lui éviter
uière dépense, — un pécule d'au moins 6000