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LE COLON ALGÉRIEN

à 8000 francs*. Il faut, en eflet, qu'il se construise une maison d'habitation, qu'il défriche, qu'il achète des bêtes et des instruments de labour, des semences, une charrette pour ses transports, qu'il loue le travail des ouvriers indigènes dont il ne saurait se passer, enfin qu'il attende la moisson. Il est aussi des cas où le nouveau venu fera sagement de ne point s'étabHr de suite en « propriétaire », et de s'engager plutôt avec un colon déjà établi, ayant un domaine d'une certaine importance. Il pourra, par exemple, lui louer une partie de sa propriété pour la cultiver à son propre compte, ou se lier, soit comme fermier prenant une terre à bail, soit comme métayer partageant les produits par moitié. Plus

I . Il n'entre pas dans le cadre de cette étude d'exposer les conditions dans lesquelles les terres domaniales sont vendues, louées ou données dans les colonies, ni de discuter la question de l'aliénation des terres à titre onéreux ou à titre gratuit. Celle-ci est d'ailleurs fort complexe, car les règles ne sauraient être partout les mêmes, en Algérie, à Madagascar ou en Indo- Ghine. Il suffira donc de rappeler ici que dans tous nos établissements d'outre- mer. l'administration ou les conseils locaux tiennent, de textes différents, mais dont le fond est commun, la faculté de vendre, de louer ou de donner des terres d'étendue variable en vue de la culture ou de l'exploitation.

D'une manière générale, le contrat de concession aux colonies est un contrat do ut facias, dans lequel l'autorité concède, confère certains droits au concessionnaire en échange de certaines obligations. Les contrats, de même que l'importance et la nature des concessions, différent suivant les colonies. Nous donnerons quelques exemples :

En Algérie, les terres affectées au service de la colonisation sont divisées en lots de village et lots de ferme ; la contenance des premiers ne peut excéder 4o hectares, celle des seconds 100 hectares. L'émigrant français ou « l'Algérien », qui justifie de quelques ressources, peut obtenir une concession gratuite.

tard, après un certain nombre d'années passées ainsi, durant lesquelles il aura étudié le pays, acquis de l'expérience, augmenté son capital, il profitera d'une occasion pour acheter une terre et se iriettre « chez lui ». Quant au métropolitain venu en Algérie avec des ressources insuffisantes, il végétera misérablement sans profit pour lui ni pour la colonie ; le plus souvent, il s'enrôlera dans la coterie de quelque politicien et cherchera sa vie dans l'exploitation de l'indigène. La grosse erreur de la « colonisation officielle » a été d'introduire dans le pays pendant bien longtemps des milliers de ces gens sans ressources, et qui souvent même ignoraient le travail de la terre. Pour éviter ce mal, la Tunisie a repoussé, trop radicalement peut-être, le système des concessions à titre gratuit : toutes les terres y sont vendues ; mais, par voie de conséquence, les « petits » colons sont jus-

Elle demeure toutefois provisoire pendant cinq ans et n*est rendue définitive que lorsque le concessionnaire a satisfait à diverses conditions de mise en valeur du sol. — Au Tonkin, les concessions gratuites, mais provisoires, ne deviennent définitives qu'au fur et à mesure de la mise en exploitation. Elles sont naturellement proportionnées aux ressources des colons. Parfois elles portent sur des étendues considérables, variant de 5 ooo à i5ooo hectares, afin de faciliter la pratique du métayage entre colons et Annamites. — A Madagascar, le procédé normal d'aliénation des terres domaniales est la concession à titre gratuit. Les concessions portent généralement sur des lots de loo à 5oo hectares, mais des lots de loooo hectares et plus ont été donnés. — En Nouvelle-Calédonie, le gouverneur peut accorder des concessions à titre gracieux aux émigrants possédant des ressources suffisantes pour entreprendre des exploitations agricoles ; elles varient entre lo et 25 hectares.

Voir Hamelin, auditeur au Conseil d'Etat : Des Concessions coloniales. Arthur Rousseau, éditeur.

COLOISISATION EN GALÉDONIE 29

qu'ici très peu nombreux dans notre quatrième province africaine*.

En Nouvelle-Calédonie, la situation est assez semblable à celle que l'on rencontre dans l'Afrique du Nord. Les indigènes qui se sont retirés presque partout sur des territoires à eux afiTectés ne constituent point, à la vérité, au profit des colons, un prolétariat agricole, mais les travailleurs océaniens ou asiatiques, les condamnés en cours de peine ou les libérés fournissent la main-d'œuvre. Dès lors, il faut que l'émigrant venu de France jouisse de ressources propres, — à moins qu'il ne soit mineur, cas auquel il est assuré de trouver de suite un travail bien rémunéré. Le gouverneur actuel, M. Feillet, fait les plus louables efforts pour développer dans ce pays sain, agréable, fertile, et dont malheureusement la colonisation pénale a compromis la réputation, la colonisation libre jusqu'ici bien négligée. L'île, grande comme la Bretagne, ne renferme pas la vingtième partie des habitants qu'elle pourrait nourrir ^ ; les neuf dixièmes du sol sont encore à l'état vierge. Ainsi l'on peut recevoir les émigrants : il y a place pour eux. L'administration les transporte gratui-

I, Nous avons étudié dans La France en Algérie toutes les. questions relatives à l'établissement des émigrants, aux concessions et aux ventes dans notre colonie africaine.

3. Population totale de la Nouvelle-Calédonie en 1898 : 53 4oo habitants dont : indigènes : 3o 3oo (y compris ceux des îles Loyalty) ; immigrants : i 000 (?) ; population blanche libre : 9 aoo (y compris environ i 5oo fonctionnaires) ; population pénale : 1 1 5oo ; population militaire (y compris les surveillants) : i4ao.

3o l'exploitation de notre empire colonial

lement et leur donne des terres; mais elle exige, en même temps, qu'ils possèdent un petit capital de 5 DOC francs afin qu'ils aient chance de réussir. . Ce capital est, à notre a>'is, bien faible ; il est sage que le colon possède une dizaine de mille francs et même plus. Plusieurs entreprises le solliciteront; il pourra cultiver le café, planter des orangers ou des cocotiers, faire des légumes ou de l'élevage, i*écollor le caoutchouc. Nous ne disons rien ici des richesses minières qui sont considérables; leur exploitation nécessite des centaines de mille francs ou des millions, que peuvent seules réunir de puissantes sociétés. D'après un document ofliciel, il a été créé depuis 1895, en Calédonie, f\l\\ propriétés agricoles : i3o par des familles qui habitaient déjà le pays, mais n'étaient pas onooit* (ixiVs au sol ; 3o4 par des familles venues de Pexlériour ou par des militaires congédiés dans la (M^lonio.

Pour riudo Chine, il n'est pas besoin de rappeler <|u'ollo est, cH>mme Tlnde, une merveilleuse « colonie d'exploitation ». Sa population nombreuse, douce, «rtivo, est pi\Mo à i-ecevoir la direction européenne. Lt^s coK>ns y semnt toujours peu nombreux, constituant un véritable état-major : propriétaires, intéresm^. asstïoiés. diiYcteui^, intendants, contremaîtres..* IV^MiN i iïuU\ au milieu d'une population de 290 milliuij!^ il iiabitants. on ne compte que 4oooo colons. Kn tlnihîiu hiuo, au Cambiulge, en Annam, au Ton- "^v r«^iiiigrant iloil étix^ presque un capitaliste. Il faut

COLONISATION AU TONKIN 3l

qu'il apporte avec lui 3oooo, 4oooo, ou 5oooo francs. L'administration lui accordera une concession proportionnelle à ses ressources, qui sera de quelques centaines ou de quelques milliers d'hectares. C'est vers le Tonkin que se portent surtout aujourd'hui nos compatriotes ; 200 concessions leur ont été attribuées ; quelques-uns d'entre eux ont engagé de véritables fortunes dans le pays: 3oo, 4oo et 5ooooo francs. L'entreprise la plus simple, — elle donne en ce moment d'excellents résultats, — est de mettre en culture des terres en friche pour y produire du riz ; le colon s'associe les indigènes : il leur fournit des instruments aratoires et. des semences, eux donnent leur travail ; les profits sont partagés. Le riz, dont la consommation tend à augmenter en Extrême-Orient et dont la production n'est pas suffisante, sera longtemps d'une vente facile. D'autre part, et à mesure que s'assure leur situation, les colons font preuve d'initiative : suivant les régions, ils s'adonnent à l'élevage du bœuf et du cochon, exploitent des forêts, plantent le manioc, le chanvre de Manille, l'arbre à laque, quelquefois aussi le café, le coton ou le thé. Ils peuvent, dans ces diverses entreprises, espérer de très larges bénéfices.

Aux Antilles, en Guyane, à la Réunion, à Tahiti, les terres inoccupées, propres à la culture, ne manquent pas. Le gouverneur de Tahiti, notamment, voudrait recevoir des émigrants et promet des concessions. Mais partout le nouvel arrivant doit posséder un capital : ce sont les indigènes ou les « im-

3a EXPIjOITATIO!C Vi£ 3SOT1IE EMPIRE COLONIAL

migrants » indiens^ chinois ou noirs qui feront les cultures sous sa direction.

Il semble qai\ en sera de même à Madagascar.

Quel est Fa^enir de cette colonie? On ne saurait encore le dire avec certitude; toutefois il ne paraît pas qu'elle présente les caractères d'une véritable « colonie de peuplement ». Les essais de colonisation militaire du général Gallieni ne sauraient faire illusion. Il est certes piïssible que des travaux d'assainissement et des plantations rendent quelques parties de Tîle habitables à des travailleurs européens, c'est-àdire à de « petits » colons cultivant eux-mêmes leurs champs, mais si Ton lient compte de la présence d'une population indigène habituée au travail de la terre, que « Fimmigration » asiatique ou noire ne tardera sans doute pas à grossir, et si, d'autre part, on remarque que les principales entreprises seront l'élevage, l'exploitation des forêts et des mines, les cultures tropicales, on incline à penser que Madagascar demeurera, comme Tlndo-Chine, une « colonie d'exploitation ». Elle réclamera des colons peu nombreux, mais riches. Ceux-ci toutefois pourront amener avec eux quelques familles françaises, ne possédant pas par elles-mêmes de capitaux, comme celles de chefs de culture, de mineurs ou encore de sériciculteurs, si rélève du vers à soie, que Ton veut essayer, vient à donner de bons résultats.

Quant à nos possessions africaines, la côte des Somalis, le Sénégal, le Soudan, les Établissements de la Guinée et du golfe de Bénin, le Gabon et le

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Congo, ce sont des « colonies de commerce ». Est-il besoin de dire que le commerce de troque exige de gros capitaux et que seules peuvent l'entreprendre des sociétés riches et puissantes? Voici pour le présent. Faut-il prévoir que, plus tard, on découvrira dans quelques-uns de ces pays africains trop chauds, débilitants et fiévreux, des régions favorisées où les Européens pourraient s'acclimater, s'établir sans esprit de retour * ? Dans les Indes existent des plateaux très sains et très fertiles, sur lesquels aucun laboureur anglais n'a transporté sa famille. Il est en Afrique un avenir beaucoup plus certain. A mesure que la population noire augmentera à la faveur de la paix, qu'elle prendra, au contact des blancs, des habitudes de travail, les « colonies de commerce » deviendront aussi des « colonies d'exploitation » . Des émigrants riches s'y transporteront pour diriger la production indigène.

Ainsi, c'est se tromper grandement que de vouloir introduire dans l'une quelconque de nos colonies des émigrants sans ressources. Cette idée n'est cependant pas encore abandonnée. Nous nous souvenons avoir entendu à la Chambre, il y a plusieurs années, M. de Mahy, député de la Réunion, propo-

I. M. BoRELLi, chef d'une des principales maisons de Marseille trafiquant avec l'Afrique française, et qui a passé une année au Dahomey, pense que les blancs pourraient vivre dans le haut pays et y faire l'élevage. — L'arrière -pays de la Côted'Or anglaise est, assure-t-on, une petite Suisse. — Stanley estime, d'autre part, que certaines régions du Congo sont habitables pour les blancs.

ser de recruter des colons parmi les malheureux qui attendent à la porte des casernes la distribution des restes des soldats. Plus récemment on a vu deux députés reprocher à l'administration des Colonies de ne pas dépenser chaque année l'intégralité du crédit de 70 000 francs qui lui est ouvert pour « introduction de travailleurs aux colonies* ». Il y a un an, enfin, au cours de la discussion du budget de 1899^ un député, reprenant la même idée, a demandé que le gouvernement fût invité « à déposer un projet de loi tendant à faciliter la colonisation » et organisant dans ce but l'envoi aux colonies « des familles pauvres de la mère patrie^ ». L'amendement a été repoussé ; mais, en vérité, est-il donc possible que l'expérience ne serve de rien? et les législateurs ignorent-ils l'histoire coloniale de leur pays.^ Comment peut-on songer à transporter dans nos établissements d'outre-mer des hommes sans ressources, dont la santé est souvent ruinée par la misère, les privations et qui sont impropres à la culture du sol ? On ne saurait, — même à prix d'argent, même avec des monceaux d'or, — faire des « colons » avec des ouvriers sans travail ou des malheureux ne connaissant rien de la vie des champs ; il faut des hommes pleins de santé, d'énergie, possesseurs d'un petit capital qu'ils désirent faire fructifier, suffisam-

1. MM. Bazille et Dutreix. Proposition tendant à in-viter le gouvernement à soumettre au Parlement un programme de colonisation. Annexe à la séance du i5 novembre

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