LES AFFICHES ET LES BROCHURES
d'abord au public qu'une ou deux de nos colonies. Mais, qu'on en soit bien convaincu, de même que le fabricant va chercher l'acheteur, de même la colonie doit aller au-devant du colon.
L'affiche, la brochure, — cela n'est point tout. Il est encore d'autres moyens de publicité. Ainsi, des conférences familières et pratiques rendraient de grands services. La conférence, c'est la brochure parlée, vivante, illustrée même, et, grâce à l'instituteur, la conférence peut pénétrer jusque dans les campagnes*. Après la conférence, on ne saurait oublier les ouvrages de vulgarisation donnés en livres de prix ; puis, ici dans une école primaire, ailleurs dans un lycée, quelques leçons peuvent être faites sur les colonies, les cultures coloniales; enfin, et nous reviendrons plus loin sur ce point, il imjx)rte de créer dans chaque école d'agriculture un cours de cultures coloniales.
Est-il besoin de dire que le soin de cette propagande incombe beaucoup plus aux gouvernements coloniaux et à des sociétés privées qu'au gouverne-
qui, d*après les statistiques, fournissent le plus de colons à TAlgérie- Tunisie sont les suivants : Ardèche, Aude, Areyron, Bouches -du -Rhône, Corse, Drôme, Gard, Haute -Garonne, Hérault, Isère, Meurthe-et-Moselle, Rhône, Seine, Var, Vaucluse. I. L'administration du Protectorat, au printemps 1899, a précisément fait parcourir la Régence à une « caravane » d'instituteurs amenés de France. Ceux-ci ont visité les pêcheries de Bizerte, de nombreux domaines plantés en vigne, des fermes exploitées par de « petits » colons, l'Ecole d'agriculture, la Ferme d'expériences... Rentrés dans leurs écoles, ces instituteurs ont pu faire à leurs élèves des conférences pratiques très suggestives. Voilà un exemple d'utile et saine propagande.
4o l'exploitatioiv de notre empire colomal
ment central? En Angleterre, ce sont les agents du Canada, du Cap, des provinces Australiennes, de la Nouvelle-Zélande qui font apposer des affiches, distribuent des brochures, accordent des passages. Or en France, si la Tunisie et la Nouvelle-Calédonie font quelques efforts, — insuffisants on vient de le voir, — pour attirer les émigrants, l'Algérie n'en fait aucun, car on ne saurait accorder nulle importance au « bureau » qu'elle a installé à Paris. S'il en est ainsi, c'est que les Algériens, — il faut dire la vérité tout entière, — se soucient peu de voir arriver au milieu d'eux des Français de France. On pense dans les trois provinces que les concessions doivent être accordées aux fils de colons ou aux jeunes gens algériens de préférence aux immigrants \ Les nouveaux venus sont des intrus avec lesquels il faudrait partager et les terres et les faveurs administratives, des concurrents qu'il convient d'écarter. Le décret du 3o septembre 1878 sur le régime des concessions stipule expressément que celles-ci seront attribuées dans la proportion de deux tiers aux Français immigrants et un tiers aux Français d'Algérie ou aux naturalisés. Mais cette proportion n'a jamais été observée. Les gouverneurs généraux, qui ne savent pas résister aux sollicitations, quelquefois impérieuses, des élus de la population algérienne, ont consenti depuis longtemps à ce que la moitié environ des concessions
î . Ce sont là les expressions mêmes d'un vœu déposé le ]5 ûctobre 1889 par M. Morinaud au Conseil général de Gons- Lantinc, et immédiatement adopté.
DU PEUPLEMENT DE l'aLGÉRIE-TUNISïE 4i
fût réservée aux « Algériens' ». Les concessions sont, hélas ! en Algérie, de la menue monnaie électorale. Voici, certes, des errements qu'il faudrait encore corriger si Ton veut installer les Français en Algérie.
On n'y songe pas cependant ; bien au contraire ! Dans son discours aux Délégations algériennes, du mois de novembre 1899, M. Laferrière a fait connaître qu'il poursuivait auprès du ministre de l'Intérieur la révision du décret de 1878 et que, à raison a du mouvement relativement lent de l'immigration » , il convenait « d'élever du tiers à la moitié la proportion des Français d'Algérie admis dans les nouveaux centres ». Nous avons peine à concevoir comment le représentant de la métropole dans la colonie a pu faire une semblable concession à 1' « état d'esprit algérien ».
Faut-il donc le rappeler encore ? Il n'y a aujourd'hui dans l'AIgérie-Tunisie que 270000 Français d'origine contre 3oo 000 étrangers dont environ 1 60 000 Espagnols et 100 000 Italiens. Un écrivain a fait récemment observer à ce propos que la France n'a que 7 1 habitants par kilomètre carré, tandis que l'Italie, avec un sol plus médiocre et une moindre industrie, en compte
I. C'est ainsi que dans ces six dernières années — % 1894 à 1899 — I i45 concessions ayant été distribuées — ce qui est bien peu I — 5i5 ont été attribuées à des a algériens » et 63o à des « métropolitains ». — Dans le département de Gonstantine, le décret de 1878 est particulièrement méconnu : sur 3o4 concessions, 176 ont été remises à des « algériens » et seulement 129 à des « métropolitains ».
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aujourd'hui plus de loo; qu'une affreuse misère chasse les Espagnols de leur pays et les contraint à venir chercher leur vie dans la province d'Oran ; que la population française est devenue presque complètement stationnaire, tandis que celle de l'Italie gagne Sooooo âmes par an. Cela est vrai. S'il est également exact, — ainsi que nous l'avons d'ailleurs rappelé, — que l'Afrique du Nord est non une colonie de peuplement, mais une colonie mixte d'exploitation et de peuplement; que les capitaux y sont apportés par les Français et non par les étrangers, il n'en demeure pas moins certain que nous devons implanter dans ces provinces une population française importante pour assurer la solidité de notre domination, la plus grande richesse de nos provinces africaines, la multiplication du nombre des Français sur la terre.
Après r Algérie-Tunisie, il y a en Nouvelle-Calédonie, en Indo-Chine, à Madagascar, des millions d'hectares que des colons riches doivent mettre en valeur.
Pour mener à bien une semblable tâche, il ne suffirait pas de disposer de la partie utilisable du courant actuel de notre faible émigration. Il convient donc de recruter des colons, dans les campagnes d'abord, puis dans la bourgeoisie moyenne dont les fils, avocats sans cause, médecins sans clients, candidats bureaucrates, sont en quête d'une situation sociale leur procurant les moyens de vivre honorablement et d'élever une famille.
LES JARDINS d'essai 43
Et que l'on ne craigne point de « dépeupler notre pays, d'arracher des bras à l'agriculture » ! Outre que nos colonies ne nécessiteront jamais un grand courant d'émigration, on sait depuis longtemps, — et la démonstration n'est plus à faire, car la règle est générale, — que l'émigration stimule la natalité. Les faits observés en Angleterre, en Allemagne, en Italie, à chaque recensement, ne laissent place à aucun doute. Il serait donc possible de soutenir que la France, en essaimant au dehors, bien loin de s'appauvrir, pourrait, au contraire, accroître sa population.
Ainsi, à quelque point de vue qu'on se place, la propagande et la j^ublicité faites en vue du peuplement de nos colonies ne saurait avoir que de bons effets. Ce sont nos mœurs mêmes, à la vérité, qu'il s'agit de refaire. Il y aura donc des préjugés à vaincre, des erreurs à dissiper ; mais combien l'établissement d'un courant régulier d'émigration vers nos possessions, combien le développement et la prospérité de cellesci feraient notre société métropolitaine plus saine, notre race plus vigoureuse, notre France d'outre-mer grande et prospère !