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LES JARDINS D ESSAI

Les choses ont leur enchaînement. Il ne suffit pas que l'administration métropolitaine ou coloniale incite nos compatriotes à se rendre aux colonies, aide à l'installation des émigrants, leur donne des terres ou

/|4 l'exploit ATI05 DE :?IOTRE EUPIRE COLO:^LVL

les leur vende avec des facilités de payement. Jusquelà elle n'aura rempli qu'une partie de sa tâche.

Nos colonies sont, au point de i(Tie agricole, très différentes de la France et aussi très différentes entre elles. De nombreuses cpiestions se posent donc devant les nouveaux venus. Quelles sont les conditions climatériques ? Quelle est la nature des terres ? Quelles plantations doivent être entreprises ? Quelles espèces préférées? Quels résultats sont à prévoir? Puis, peuton élever du bétail? quelles races s'acclimateront le mieux? Quels sont les animaux de basse-cour, les animaux de trait? Les colons ne sauraient résoudre seuls des questions aussi nombreuses, aussi complexes, qui nécessitent des enquêtes, des recherches, des tâtonnements, des expériences repétées, cpii exigent du temps et de Targent. Si Ton ne vient à leur aide, ils s'en remettent au hasard, à la chance ; ils sèment, plantent et récoltent comme ils faisaient dans les campagnes de France, ou bien encore ils copient les indigènes sans mieux faire, et c'est ainsi qu'il est des villages en Algérie où le champ du colon ne se différencie pas de celui de TArabe !

Il importe donc que l'administration vienne au secours de l'initiative individuelle, impuissante et quelquefois paresseuse ; qu'elle place les colons dans les meilleures conditions possibles, c[u'elle leur assure son concours. On a dit avec raison que nos colonies étaient à « l'âge de l'agriculture », et l'on a montré, d'autre part, leur faible rendement actuel en rappelant que nous demandons à l'étranger plus de i mil-

l'âge de l'agriclltire 45

liard 175 millions de produits coloniaux que nos possessions pourraient et devraient nous fournir*. Dès lors, dans toute colonie, un des services les plus importants est celui de Tagriculture : il faut qu'il reçoive delà métropole, avec l'impulsion première, des plants et des graines ; ses organes indispensables seront les jardins d'essai, les stations culturales, les fermes modèles.

Les nations coloniales, l'Angleterre et la Hollande notamment, sont en ces matières beaucoup plus avancées que la France. Ilâtons-nous de les copier.

I. Produits exotiques importés par la France en 1898 (commerce spécial) :

des Total

colonies de de

Produits importés françaises. l'étranger. l'importation

(milliers de francs).

Soie grège iio,6

Coton 1,6

Laine 8 /i5a,7

Bois exotiques i 788,8

Liège 2 268,8

Caoutchouc et gutta. . . 1 741,1

Résines et gommes. ... /i 990,1

Tabacs en feuilles. ... 2 383 , 7

Cacao I 829,3

Jute brut »

Riz 29 166,0

Espèces médicinales . . 6 11, 3

Indigo 33,7

Poivre , piment , vanille ,

cannelle et girofle. . . 4017,9

Thé

Café. 1 273,7

Cachou.. 3

Safran 33,2

Noix de galle 4

Grains et fruits oléagineux. 17 0^2, i

Totaux 75690,1

(milliers de francs).

25 ii4,4 3o 792,7 82 822,5

io5 922,7

(milliers lie francs).

46 l'exploitation de notre empire COLON'LiL

Les Jardins royaux de Kew, situés à 3o kilomètres environ de Londres, ont depuis à peu près un siècle des relations suivies avec les colonies britanniques, et depuis une cinquantaine d\innées ils ont pris une part considérable à leur développement agricole. Kew possède un enseignement, des herbiers, des bibliothèques, un laboratoire, un service de renseignements et d'échanges ; il envoie dans les diflercnts pays du monde des botanistes pour rechercher, étudier les espèces, pour se procurer des plants et des graines ; il réunit et sélectionne dans des « serres de forçage » , pour les propager dans les colonies, les nouvelles espèces et les meilleures variétés des plantes tropicales ; il fournit à ces mêmes colonies des botanistes et des jardiniers ; il imprime, enfin, une impulsion et une direction méthodiques aux jardins et aux stations de tout ordre qui existent dans les possessions britanniques. Ce sont les Jardins de Kew qui ont propagé la culture du quinquina dans les Indes ; qui ont étudié les maladies du caféier, puis déterminé les espèces les plus vigoureuses de cette plante, assuré leur adoption ; ce sont eux qui ont cherché dans les forêts d'Amérique les variétés de caoutchouc que Ton plante aujourd'hui dans les Indes ; eux encore à qui Ton doit les admirables cultures de thé de Ceylan et de TAssam. M. Milhe-Poutingon donne à ce propos un chiffre saisissant : en iSyS, F Angleterre ne recevait des Indes que 23 livres de ihé et devait acheter à la Chine toutes les quantités nécessaires à sa consommation ; en 1895, elle recevait des mêmes Indes 190

LES JARDOS d'essai ÉTRANGERS 4?

millions de livres, soit les neuf dixièmes d<e sa consommation \

Les Hollandais, dont les colonies ne sont pas, comme celles de TAngleterre, dispersées dans quatre parties du monde, ont leur Jardin d'essai non aux portes de la Haye, mais au centre de leur empire des Indes orientales, à Buitenzorg. Le « jardin » proprement dit, qui n'est qu'une partie de rétablissement de Buitenzorg, a une étendue de 70 hectares ; toutes les cultures y sont entreprises, toutes les recherches poursuivies ; des laboratoires lui ont été annexés pour Fétudc deTanatomie, de la physiologie et de la pathologie végétales, ainsi (jue pour la détermination des propriétés médicinales et industrielles des plantes ^.

La France ne possède aucun établissement comparable à ceux de Kew ou de Buitenzorg. Notre Muséum, qui a des collections magnifiques, des serres parfaitement aménagées, des jardiniers instruits, qui compte parmi ses professeurs des hommes fort distingués, n'a pas de « section coloniale ». Il ne poursuit qu'un but purement scientifique, et c'est exceptionnellement qu'il peut envoyer aux colonies des graines ou déjeunes plants. D'autre part et, peut-on dire, presque par une conséquence naturelle, les jardins coloniaux que l'on rencontre aujourd'hui dans

1, MiLHE-PouTiNGON. Rapport sur une Mission aux Jardins royaux idje Kew. Ministère des Colonies.

2. J. Lefaivre. « Le Jardin botanique de Buitenzorg. » A travers le monde, n® du 5 octobre iSgô. Hachette, éditeur.

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DOS différentes possessions ne sont pas comparables à ceux qui existent dans les colonies anglaises. InsufBsaininent dotés, médiocrement dirigés, sans relations avec le dehors, ne recevant aucune impulsion directrice, ils végètent et ne rendent pas de services appréciables. Toutefois il faut excepter les Jardins de Saigon, d'Hanoï, de Libre\'ille et de Tunis.

On voit qu'il convient de nous corriger et de prendre modèle sur les étrangers. Il faut créer à Paris un Jardin d'essai complet, qui, greffé sur le Muséum, comprendra une partie culturale et une partie scientifique. Les fonctionnaires coloniaux, les consuls, des missions spéciales approvisionneront le jardin ; des serres de multiplication et de forçage produiront les plantes à répandre, puis les expédieront aux jardins et stations culturales des colonies ; les professeurs du Muséum se livreront à toutes les recherches scientifiques et pratiques ; ils formeront le personnel nécessaire aux jardins locaux. Cette organisation centrale portera partout la vie, encouragera, dirigera les initiatives. Sous une impulsion unique qui paraît nécessaire, chaque jardin développera d'ailleurs sa personnalité, et cela d'autant plus que les besoins sont différents suivant les colonies et qu'il ne saurait non plus à lui seul, les satisfaire tous. A côté du Jardin, en effet, il convient de prévoir, outre des stations culturales et des champs d'expériences, — ses annexes du premier degré, — des « fermes modèles » , des « bergeries » , des « haras » , des « écoles d'agriculture ».

LES EXPÉRIENCES CULTLRALES 49

En veut-on juger? Dans l'Afrique du Nord il faudra enseigner la fabrication et la pasteurisation des vins, introduire les plantes fourragères indispensables au bétail, poursuivre sur les bœufs, les moutons, les porcs, les béliers mérinos, des expériences de sélection et de croisement. Au Sénégal, au Soudan, dans le golfe de Guinée, au Congo, pays de cultures tropicales, il ne serait pas indillérent, en même temps que Ton rechercherait les meilleures espèces de lianes à caoutchouc et les meilleures variétés de coton, de faire des légumes, du lait, des bêtes de basse-cour, de la viande, afin d'assurer aux colons une nourriture saine sous un climat dangereux \ En Indo-Chine, il s'agira ici d'étudier le mûrier, de choisir les meilleures espèces de vers à soie ; ailleurs, dans les lierbages du haut pays, de développer l'élevage des bœufs, des buffles, des cochons ou des chevaux ; ailleurs encore, d'introduire ou de bien diriger la culture du coton, du thé, du café, delà canne, du tabac... Les variétés sont nombreuses, les modes de culture ou de préparation des produits doivent être diflerents. Partout enfin, en Asie comme en Afrique, « l'arrière pays » de nos colonies est encore très imparfaitement connu; il faudra que, peu à peu, des géologues, des botanistes entreprennent des campagnes d'exploration pour étudier le climat, le régime des pluies et des cours d'eau, les productions naturelles. Les hommes spéciaux chargées de ces missions devront être choisis et diri-

I. BouDARiE. « Les fermes d'essais aux colonies. » A travers le monde, n®» de janvier et février 1899. Hachette, éditeur.

gés soit par le Jardin d'essai de Paris, soit par les jardins locaux.

Il convient aussi de ne pas songer seulement aux colons, mais encore aux indigènes. Les Kabyles et les Arabes sont des cultivateurs et des pasteurs fort ignorants; ils n'obtiennent, pour citer un chiffre, que 6^**, lo de grains à Thectare, alors que les colons, — qui eux-mêmes soignent insuffisamment leurs champs, — atteignent cependant un rendement de 9*ï**,3o. Dans toute l'Afrique noire, les indigènes retournent à peine le sol, plantent et récoltent le coton sans distinguer les meilleures espèces, ignorent l'exploitation des forêts ; puis, d'un autre côté, si l'indigène du Soudan a des troupeaux, le nègre du Congo n'a que des cabris et des poules; le cheval s'arrête, nn Afrique, au S'' parallèle Nord; partout il faut tenter des introductions, des acclimatations et des croisements d'animaux. L'éducation agricole et pastorale des indigènes est donc à entreprendre dans beaucoup de colonies. Rien ou presque rien n'a été tenté jusqu'ici. Il faut leur faire adopter la charrue, leur distribuer des graines et des plants, leur enseigner quelques éléments de culture, leur apprendre à recueillir le suc du caoutchouc, à perfectionner leurs procédés d'élevage.

Ainsi nous améliorerons, peu à i)eu, l'état matériel de nos sujets, ce qui sera un grand bien : d'une part, s'ils produisent plus, ils augmenteront leur pouvoir d'achat et partant deviendront de meilleurs consommateurs ; d'une autre, si leur vie simple cesse d'être misérable, si le commerce, les bénéfices lient leurs

LE JARDIN d'essai DE VINCENNES 5l

intérêts à ceux des colons, la pacification s'affirmera et les vaincus accepteront insensiblement, sans regrets, l'autorité du vainqueur.

On voit le programme agricole dans toute son ampleur; on juge de son importance. Le poursuivre, le réaliser, c'est assurer la richesse et la paix de nos établissements d'outre-mer.

11 semble, fort heureusement, que le gouvernement . central et les colonies l'aient enfin compris. Si le programme que nous venons d'indiquer n'a pas encore été adopté, nous assistons à ce que l'on pourrait appeler une mise entrain.

Au mois de janvier 1899, en effet, le précédent ministre des Colonies, M. Guillain, a décidé l'installation d'un Jardin d'essai sur des terrains empruntés au Bois de Vincennes. Ce jardin, confié à M. Dybowsky, a été pourvu d'un Conseil de perfectionnement qui a pour président le directeur du Muséum * . Dès aujourd'hui ses premières serres sont construites ainsi qu'un laboratoire ; il a reçu des colonies et de divers établissements privés ou publics un certain nombre de plantes ; déjà fonctionnent ses ateliers de. multiplication. En même temps des missions ont été confiées à des personnes compétentes pour aller étudier en Birmanie, à Ceylan, à Java les méthodes ciUturales suivies, les résultats obtenus.

I. Décret du 38 janvier et arrête du 3o janvier 1899. — Ces actes ont été précédés d'un Bapport de M. Paul Bourde au ministre des Colonies, sur les Travaux de la commission des jardins d'essai.

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D'autre part, les colonies, sans attendre Timpulsion de Tautorité métropolitaine, ont compris leurs véritables intérêts: L'administration du Protectorat avait créé à Tunis, depuis plusieurs années, un Jardin d'essai ; elle a fondé, il y a meins de deux ans, sur l'initiative de M. Dybowsky, une « école d'agriculture » pour les Européens. La Régence veut avoir des colons : est-il un meilleur moyen que de les former ? L'idée est excellente ; il est seulement regret- . table que cette école ne comporte point une section indigène. En Algérie, où les « stations d'expériences agronomiques » et autres institutions de même genre semblent n'avoir rendu jusqu'ici que de médiocres services, où le Jardin d'essai du Hamma n'est qu'un lieu de promenade, les Délégations ont, dans leur session de 1898, émis le vœu que l'instruction agricole fût donnée jusque dans les écoles primaires. Au Sénégal, la création d'un jardin d'essai aux portes de Saint-Louis a été décidée ; plusieurs fermes ont été organisées, des « champs de démonstration » ont été établis, sur lesquels des agents spéciaux apprennent aux noirs les modes de la culture européenne. Au Soudan, le général de Trentinian a conduit des ingénieurs agricoles et des commerçants, afin de les mettre à même d'étudier sur place les ressources du pays et les directions qu'il conviendra de donner aux indigènes en vue d'améliorer leurs cultures. Au Dahomey, on installe une ferme modèle. A Madagascar, l'École professionnelle de ïananarive étudie la culture du mûrier, l'élève des vers à soie. En Indo-Ghine, tandis

LE JARDO d'^ESSAI DE VI?ïCE>3ES 53

que les Jardins de Saigon et de Hanoï poursuivent leurs expériences, une école d'agriculture est installée à Hué pour recevoir des Annamites. Enfin le Conseil général de la Nouvelle-Calédonie vient de voter la création d'un jardin d'essai et d'une ferme école. Le mouvement est donc général.

L'ensemble de ces premiers faits donne lieu d'espérer en l'avenir ; mais il ne faut rien négliger. Le décret pris par M. Guillain n'est qu'une ébauche ; il n'a pas placé les jardins des colonies sous la haute direction du Jardin de Vincennes, ce qui paraît indispensable, du moins dans les conditions que nous avons indiquées plus haut. Il faut souhaiter, d'autre part, que le Parlement, les Colonies, la Ville de Paris ou bien un donateur généreux assurent à cet établissement les larges ressources dont il a besoin, car sa tâche est grande et nous voudrions qu'il fût en mesure de la remplir tout entière. C'est ainsi qu'il conviendrait de joindre l'agréable à l'utile. Puisqu'il est possible défaire venir les plantes tropicales sous notre ciel gris et pluvieux ; puisque, dans une serre bien close, le charbon réalise les miracles qu'accomplit le soleil dans les régions brûlantes de l'Afrique ou de l'Asie, pourquoi ne montrerait-on pas au grand public la végétation des tropiques ? Ce serait faire à nos colonies une merveilleuse réclame. Ceci est l'avenir... pour nous, car les Anglais l'ont réalisé à Kew ^ En attendant, il est pos

I. M. Milhe-Poutingon, dans son Rapport déjà cite, nous fait connaître le budget de cet établissement. Les larges ressources de Kew proviennent à peu près uniquement du budget

54 l'eXPLOITATIO>J de ]N'0TRE EMPUIE COLONIAL

sible que le Jardin de Vincennes soit bientôt doté do deux annexes : la première serait « l'École pratique des Cultures tropicales n que doit organiser le département de la Loire-Inférieure sur un domaine de 35 hectares, situé aux portes de Nantes, et que lui a laissé M. Durand-Gosselin ; la seconde serait « r École d'Agriculture » de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, où Ton compte recevoir des fils de chefs de nos différentes possessions, afin de leur enseigner les éléments de culture pratique. On espère que, rentrés chez eux, ils s'emploieront à initier leurs sujets.

Le Jardin de Vincennes, l'École de Nantes, celle de Gardanne, se complétant les uns les autres, pourront rendre de grands services. 11 est encore d'autres besoins à satisfaire. C'est ainsi qu'il faudrait fonder un cours de « cultures coloniales » dans toutes les écoles d'agriculture. Une chaire de biologie des végétaux cultivés en France et aux colonies vient d'être instituée à l'Institut national agronomique. C'est un commencement. Il importe de ne rien négliger non seulement pour former des « agriculteurs coloniaux » , — ce qui pourrait être fait à Nantes, — mais aussi pour former des « colons », pour déterminer des vocations parmi les jeunes gens qui fréquentent les écoles d'agriculture, sans être souvent fixés sur la vie

métropolitain, car il ne reçoit aucune subvention des colonies, et ses recettes sont des plus minimes. — Son budget des dépenses atteignait 817 000 francs en 1 895-1896 ; 667 000 francs en 1897- 1898.

LES INDUSTRIES INDIGENES 55

qu'ils se feront dans la suite*. M. Chailley-Bert et M. Bourde ont dit avec beaucoup de raison que la colonisation est un problème essentiellement agricole. 11 faut dire plus, et nous le ferons d'un mot : nos possessions n'ont pas seulement besoin de colons agriculteurs, mais aussi de négociants, d'industriels, d'ingénieurs, de directeurs d'entreprises et d'exploitations de tout ordre. Aussi est-il temps que la France modifie ses programmes d'éducation, ses conceptions scolaires et sociales. L'acquisition récente d'un grand Empire d'outre-mer ouvre à nos enfants de nouveaux débouchés, de nouvelles carrières ; si nous voulons poursuivre la mise en valeur de cet empire il convient de provoquer l'émigration, d'instruire les générations à venir, de développer chez elles l'esprit d'initiative, l'énergie individuelle. La tâche est belle et grande. Il est permis de regretter que la Commission d'enquête sûr renseignement secondaire ne l'ait point envisagée ^.

On a vu plus haut que l'administration ne devait point se préoccuper seulement de l'éducation agricole des colons, mais encore de celle des indigènes.

1. L'Allemagne, entrée depuis peu dans la carrière coloniale, se hâte. Une société, encouragée par l'empereur, vient d'inaugurer, il y a quelques mois, à Witzenhausen, sur la Wcrra, une Ecole coloniale qui compte préparer les jeunes gens à l'agriculture tropicale.

2. La Chambre de commerce de Lyon a donné, il y a peu de mois, un exemple que nous voudrions voir suivre en organisant chez elle des cours a d'enseignement commercial colonial » destinés spécialement aux jeunes gens qui désirent se donner aux entreprises chinoises et indo-chinoises.

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Il est à peine besoin d'ajouter que les raisons qui nous font un devoir d'encourager Tagriculture du i^uple conquis ne nous imposent pas moins la protection de son industrie. Or, dans plusieurs de nos colonies, il existe des « industries indigènes. » Le gouvernement de rindo-Chine en organisant une « exposition annuelle des arts et produits artistiques du Tonkin » , a donc pris une excellente mesure. Il faut aussi le louer d'avoir établi récemment à Hanoï une « école professionnelle » qui poursuit le double but de donner aux artistes annamites qui fabriquent les bois et les meubles incrustés, si appréciés en Europe, un enseignement artistique et de former des maîtres-ouvriers indigènes tels que menuisiers, maçons ou mécaniciens. Dans cet ordre d'idées, il convient de signaler également d'autres initiatives : en Algérie, on essaye depuis quelques années, — etThonneuren revient à une femme. M™® Delfau, — de faire renaître l'industrie des tapis arabes; en Tunisie, le Protectorat s'est préoccupé de fournir des modèles aux potiers de Nabeul et aux ébénistes de Tunis.

Partout, on le voit, la France colonisatrice doit poursuivre le même but : encourager, développer l'agriculture et l'industrie chez les colons et chez les indigènes, activer la mise en valeur des pays nouveaux en vue d'augmenter leur richesse.

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