I. OUTILLAGE ACTUEL DE NOS COLONIES
Comment des colons sérieux se rendront-ils acquéreurs de domaines, comment même accepterontils des concessions gratuites, s'ils ne sont pas assurés de pouvoir diriger leurs récoltes, à peu de frais, au port d'embarquement? Les noirs renonceront-ils à leurs habitudes de paresse et mettront-ils leurs champs en culture avant de savoir qu'ils peuvent exporter leurs produits et en tirer bénéfice ? Les maisons établies à la côte d'Afrique augmenteront-elles sensiblement leurs affaires , tant que l'insulTisance ou la cherté des moyens de transports leur rendra difficiles les opérations de traite avec l'intérieur?
Il faut le dire très nettement : dans toutes les colonies françaises, sauf trois, la Tunisie, l'Indo-Chine et Obock, l'œuvre des travaux publics, — ce que les Anglais appellent d'une expression large et heureuse
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« la préparation » d'un pays neuf, — est insuffisante ou très peu avancée ; dans plusieurs même, elle n'a pas été entreprise.
Mais il est nécessaire, tout d'abord, d'indiquer par quelques exemples et quelques rapprochements la situation présente : on verra combien elle est défavorable. Il ne s'agit certes pas de comparer l'Indo-Chinc avec rinde, ni l'Algérie avec l'Australie ; ce serait injuste; mais il est d'autres colonies étrangères qui peuvent être mises en parallèle avec certaines des nôtres.
En Algérie, il n'a été encore construit que 2 900 kilomètres de chemin de fer, et le réseau des routes nationales et départementales, des chemins de grande communication et des chemins vicinaux n'a que i3 5oo kilomètres. Ces moyens de communication ne sont pas en proportion avec l'étendue du pays, sa profondeur, l'absence de ri>ières navigables; d'ailleurs ce ne sont pas seulement les villages qui demeurent isolés, mais aussi les villes, — telles Bougie et Djidjelli, — qui se plaignent de ne point être reliées entre elles. Dans le département d'Oran et dans celui de Constantine, à Rachgoum et Bougie not<imment, il faut creuser des porls. D'autre part, le tiers des forêts de chênes-liège demeure inexploité au grand dommage de l'Etat, faute des chemins forestiers indispensables ; les travaux de captation des eaux et d'irrigation, si nécessaires dans un pays où les pluies ne tombent que pendant quelques mois et où de longues périodes de sécheresse sont à redouter, n'ont encore été exécutés que d<ins quelques ré-