‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 33 sur 130 · LES BUDGETS LOCAUX AUX COLONIES 9I · texte numérisé non relu

LES BUDGETS LOCAUX AUX COLONIES 9I

fer ont été exécutés à ses frais : elle a recouru à l'emprunt, lorsqu'il a été nécessaire et^ de ce fait, ello paye à ses prêteurs métropolitains un intérêt annuel d'environ 1600000 francs. La Réunion, au contraire, coûte chaque année aux contribuables français plus de 3 millions, soit 5 12^ 000 francs pour l'administration, la justice» les cultes et 2 5oo 000 franco pour le chemin de fer et le port. ^

n serait surprenant que le budget colonial français» étant mal géré, les budgets locaux fussent sagement administrés. Si l'administration centrale, tenue sous le contrôle des Chambres, ne sait point économiser les deniers des contribuables métropolitains, comment aurait-elle pu enseigner l'ordre et la sagesse à des assemblées coloniales qui, déjà, tiennent de la loi des libertés beaucoup trop grandes? Les budgets locaux des colonies sont donc, comme ceux des départements et des communes d'Algérie, fort mal réglés. Dans tous on rencontre des dépenses inutiles ou exagérées, des crédits inscrits pour satisfaire des intérêts particuliers, favoriser des amis politiques. La Réunion, qui coûte à la métropole Iqs sommes que l'on sait, porte à son budget 358 000 francs pour « bourses, subventions et dépenses non classées » ; la Guadeloupe accorde un dégrèvement de 26000 francs aux petits propriétaires fonciers, mais laisse impayés les déficits de ses exercices antérieurs ; la Martinique a dû solliciter, il y a peu de mois, l'autorisation de faire un emprunt de i 3oo 000 francs

pour acquitter 200000 francs d'arriérés, rapatrier les travailleurs indiens dont le contrat est venu à expiration et faire face à quelques autres dépenses auxquelles devrait suffire le budget ordinaire. On pourrait multiplier les exemples ! . . . Partout aussi les fonctionnaires sont trop nombreux ; des suppléments de traitement, des indemnités, des frais de service, de logement et de bureau leur sont accordés sans nécessité évidente. Dans plusieurs colonies les budgets sont tous les ans arrêtés sans être réellement en équilibre; en fin d'exercice, c'est le déficit et quelquefois, comme conséquence, un emprunt au Trésor qui ne sera remboursé que fort lentement. Les « caisses de réserve » sont insuffisamment dotées. Les gouverneurs ferment les yeux et laissent faire.

Ainsi administrateurs et conseils locaux vivent au jour le jour, sans souci du lendemain, sans se préoccuper de la mise en valeur du pays.

Un des chapitres sur lesquels il est le plus facile de faire des réductions, lorsque l'argent manque par suite des gaspillages, est celui des travaux publics. C'est ainsi que partout les routes et les ports sont négligés : aux Antilles, en Guyane, à la Réunion, au Dahomey, en Calédonie, à Tahiti. La Nouvelle-Calédonie reçoit des transportés depuis près de quarante ans; ils constituent une main-d'œuvre abondante et à bon marché : elle n'a pas su en profiter ; les routes carrossables sont encore rares dans l'île et il est beaucoup de régions où l'on ne peut voyager qu'à cheval ; en même temps le port de Nouméa n'a ni warf

INSUFFISANCE DES TRAVAUX PUPLICS gS

pour faciliter le déchargement des grands navires, ni drague pour se préserver de Tensablement, ni bassin de radoub pour notre flotte de guerre. A Tahiti où le budget des dépenses s'élève à i 260000 francs une somme de 7^6000 francs est employée à payer la solde et les accessoires de solde des fonctionnaires, des magistrats et employés de tout ordre, tandis que 74000 francs seulement sont consacrés aux travaux publics. Les prodigalités et les gaspillages du Conseil colonial de Cochinchine, élu par 2 433 électeurs dont I 762 fonctionnaires, et disposant d'un budget qui atteignait 35 millions avant les réformes opérées par M. Doumer, sont célèbres*: les entrepreneurs de travaux publics, les colons amis des hommes influents ont pu, pendant de longues années, réaliser de larges bénéfices tandis que les fonctionnaires se sont fait accorder de belles indemnités. Chose curieuse ! les entrepreneurs de travaux publics étaient à la curée et ils n'étaient point à la peine, car l'œuvre d' « appropriation » du pays demeurait fort négligée. « Les routes sont très peu nombreuses en Cochinchine, écrit M. de Lanessan, et il n'en existe pas une seule reUant notre colonie aux pays voisins. Les canaux eux-mêmes, dont les Annamites prenaient autrefois le plus grand soin et qu'ils multipliaient sans cesse, ont été, de notre part, l'objet d'un tel abandon que je dus en 1891 mettre en adju-

I. Décret du 3i juillet 1898 qui, en créant un budget général de rindo- Chine, a retiré au Conseil colonial la disposition ' d'une partie des recettes de la Cochinchine..

94 l'exploitatiot»? de notre empire colonial

dication pour plus de lo millions de travaux de dragage et de creusement de ces voies fluviales ^ » — « Le port de Saigon, a dit récemment le président de la Chambre de commerce de cette ville, ne possède aucun outillage ; il est encore ce que la nature Ta fait. »

Nous ne disons rien des budgets municipaux, parce que nous devons nous restreindre. Ils sont partout fort mal gérés. « Les municipalités, — dit le Rapport de la commission chargée d'examiner les budgets locaux des colonies publié à Y Officiel du 28 juillet 1899, — peu ménagères de leurs revenus, multiplient les dépenses de personnel, et n'ayant plus ensuite les ressources nécessaires pour faire face à leurs obligations normales, font appel à la générosité du Conseil général, de qui elles sollicitent des subventions. » — Les maires se font appointer dans plusieurs colonies. A la Guadeloupe, on voit le maire d'une petite commune demander à ses créanciers de ne pas le poursuivre, « parce qu'il avait perdu sa place ». Il est vrai que, dans cette même colonie, au rapport de la Chambre d'agriculture de Pointe-à- Pitre, l'état des finances de la plupart des communes est si précaire « qu'il leur est impossible, non seulement de créer les chemins vicinaux nécessaires, mais même d'entretenir convenablement ceux qui existent déjà, de sorte que les voies de petite communication laissent beaucoup à désirer. »

I . Rapport au nom de la commission chargée d'examiner le projet de loi relatif aux chemins de fer de V Indo-Chine.

Page 1