‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 48 sur 130 · TRAVAUX PUBLICS EN INDOCHINE · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS EN INDOCHINE

plus loin notre opinion sur ce point) les travaux qu'elle a projetés.

Ce mode de procéder a prévalu en Indo-Chine, et il est dû non au gouverneur général actuel M. Doumer, mais à son prédécesseur M. Armand Rousseau. C'est ce dernier, en effet, qui a obtenu des Chambres la loi du lo février 1896 autorisant la colonie à emprunter une somme de 80 millions avec la garantie de l'État*. 80 millions, — qui en fait ne furent que 44, — cela était peu, aussi M. Doumer fut-il obligé de s'adresser à son tour au Parlement. Son projet, qui fut adopté, différait sur un point important, — la garantie métropolitaine, — de celui de son prédécesseur. La loi du 25 décembre 1898, en effet, autorise le gouvernement général de l'Indo-Chine à emprunter pour la construction d'un réseau ferré de I 65o kilomètres une somme de 200 millions, sous sa seule signature et sans garantie du Trésor. Cette loi, peut-on dire, consacre une nouveauté : on voit pour la première fois une colonie française être quelque chose par elle-même, agir comme une grande

I. Nous oublions vite les morts en France. Il convient cependant de rendre à chacun ce qui lui est dû. M. Rousseau était arrivé à Paris avec un projet d'emprunt de 100 millions. Le ministre des finances d'alors — c'était M. Doumer! — l'obligea de réduire ses demandes à 80 millions, tout en maintenant à la charge de l'Indo-Ghine certaines dettes et charges résultant d'opérations antérieures. C'est ainsi que sur les 80 millions accordés par les Chambres, 35 millions et demi environ furent tout d'abord employés à payer diverses dépenses faites ou engagées au Tonkin et au Siam. Il ne resta que 44 millions et demi à la disposition du gouverneur général pour engager les travaux les plus urgents.

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personne majeure et responsable. Par ainsi, Tlndo- Chine est née à la >ie civile ; elle a affirmé sa personnalité financière. Elle-même construira ses voies ferrées, puis elle en concédera Texploitation à des sociétés privées *.

Nous n'^hésitons pas à dire, — sans repousser d^ailleurs en aucune façon les exceptions ou les combinaisons que peuvent justifier des situations particulières, — que le système de Temprunt a nos préférences sur celui des compagnies concessionnaires. Il crée une situation très nette, supprime les intermédiaires, évite les comptes, parfois difficiles, entre Tadminislration et les compagnies ; enfin, il présente, — et ceci est à nos yeux capital — le grand avantage de faire connaître la colonie au public, de la lui révéler comme une grande personne majeure. On Ta remarqué, à propos des possessions britanniques : une colonie qui emprunte, qui paye l'intérêt de sa dette, se fait connaître, pour son plus grand profit, des colons et des capitalistes.

Est-il besoin d'ajouter que les emprunts coloniaux doivent être véritablement publics, et non point contractés en secret auprès de certains établissements placés sous le contrôle de FÉtat, tels que la Caisse des dépôts ou la Caisse des retraites pour la vieil-

I . Le Parlement, par un manque de logique assez curieux, après avoir autorisé la colonie à emprunter aoo millions à ses risques et périls, a imposé au gouverneur général de l'indo- Chine l'obligation de soumettre à la ratification législative les conventions d'exploitation des lignes construites qu'il devra conclure.

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