LES GRANDES COMPAGNIES COLONIALES EN CE SIÈCLE
Il y a une vingtaine d'années, il était permis de croire que le rôle des grandes compagnies coloniales l)rivilégiées était fini dans le monde : la plupart avaient liquidé leurs affaires, assez malheureusement d'ailleurs, dans la seconde partie du xviii® siècle et la dernière, celle des Indes, — « la Vieille Dame de Londres », — avait disparu en i858. On pensait aux environs de 1880, qu'à une époque où la richesse publique s'était prodigieusement accrue, où la navigation à vapeur et l'électricité avaient grandement augmenté la facilité et la rapidité des affaires, le libre groupement des capitaux et l'initiative individuelle devaient suffire à la mise en valeur des terres lointaines. La découverte de l'intérieur du continent
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africain dont le commerce européen n'exploitait alors que les côtes, la prise de possession ou le partage, en Océanie, d'îles d'une grande étendue eurent bientôt pour conséquence une modification dans les idées.
Les chefs d'États du xvi® siècle et du xvii** siècle, apprenant Texistence de l'Amérique, des Antilles, des côtes d'Afrique, des Indes, de Java, de la Chine et du Japon, et voulant assurer à leur pays une part des terres ou du commerce des régions nouvelles, avaient jugé que des entreprises aussi lourdes et aussi lointaines passaient les forces de quelques marchands et ne pouvaient être menées à bien que par de puissantes associations. Ils avaient donc favorisé la constitution de grandes compagnies de commerce, de colonisation, et même de conquête, auxquelles ils assuraient, pour attirer les gros capitaux dont elles avaient besoin, des privilèges et des monopoles. Les chefs d'États de la fin du xix® siècle, apprenant l'existence de terres jusqu'alors ignorées, de nouveaux mondes que l'on pouvait acquérir et dont le commerce était à prendre, jugèrent, eux aussi, que l'initiative individuelle si hardie, si entreprenante qu'elle fût, ne suffirait pas à pareille tâche. C'est ainsi que dans ces vingt dernières années l'Angleterre, l'Allemagne, l'État du Congo, le Portugal, recommançant l'histoire, ont créé, sous des formes diverses, des compagnies privilégiées qui, peut-on dire, ont reçu la charge de reconnaître les territoires nouveaux, de les soumettre, d'y nouer les premières relations commerciales, d'\