II. LES GRANDES COMPAGMES ANGLAISES ET BELGES
L'Angleterre, — on citera seulement son exemple et celui de l'État indépendant du Congo, sans rien dire des entreprises assez semblables de l'Allemagne
et du Portugal*, — a créé pour pénétrer Fintérieur du continent africain deux puissants organismes : la « Royal Niger Company », communément appelée la « Nigeria », et la « British South Africa Com-
I, Rap|K»lcr avec quelques détails l'histoire de toutes les compagnies anglaises, allemandes et portugaises serait inutile.
C'est ainsi que, même en ce qui concerne l'Angleterre, nous ne dirons rien de la « Compagnie de l'Est -Africain » aujourd'hui dis|>arue, ni de la v Compagnie de Bornéo », qui paraîl pros[>érer.
Pour rAllemagne, elle a essayé à la fois le système anglais et le système belge. La a Société de l'Est-Africain » fut d'abord une puissante compagnie à charte (i885) dotée de droits régaliens, qui aida à rétablissement de l'Empire sur une partie des étals du sultan de Zanzibar. Elle a perdu aujourd'hui ses privilèges et n'est plus qu'une société commerciale. La a Compagnie de la Nouvelle-Guinée » (i885) a également reçu une charte lui conférant de nombreux privilèges. Elle a été rachetée en 1899. — D'autre part, de nombreuses sociétés allemandes, dont quelques-unes disposent d'un capital important, ont reçu des concessions assez semblables à celles octroyées par le roi Léo|X)ld aux sociétés congolaises, dans les colonies du Canacroun, du Sud -Ouest africain et de l'Est africain (depuis la révocation des privilèges de la Compagnie à charte de ce dernier pays).
Quant au Portugal, il a installé, en vue de hâter l'exploitation commerciale d'une partie de son domaine africain, deux grandes compagnies. 1° La « Compagnie du Mozambique », au capital de 35 millions de francs, a obtenu en 1891 des droits très étendus d'administration (notamment la faculté d'établir des impots et des droits de douane), d'exploitation, de culture, de commerce, de banque, sur les territoires situés entre le Zambèze et le Sabi. La compagnie a un port, Beira, qui est relié par une voie ferrée aux domaines de la Rhodesia ; - 3" La « Compagnie du Mossamédès », fondée en 189^ et dont la charte est calquée sur la précédente. Son capital est de i3 760000 francs. Elle est f't>im*ii*ionnaire, sur la côte occidentale, d'un territoire de 23 FI lî II ions d'hectares riche en mines et propre à de nombreuses riiHnros. Elle étudie en ce moment la construction d'un chemin Av r<'r qui traverserait ses domaines.
LA NIGEUL\ ET LA RIIODESIA l53
pany j) plus connue soiis le nom de a Rliodesia » ou de « Charte red. »
Ces compagnies tiennent leurs privilèges de chartes octroyées par la couronne seule, sans le concours du Parlement. Il résulte de ce premier fait qu'elles se trouvent placées, du moins jusqu'à un certain point, en dehors des partis politiques et qu'elles sont assurées de la part du gouvernement de la Reine d'une protection sur laquelle elles peuvent compter tant qu'elles demeurent fidèles aux obligations qu'elles ont assumées*. En matière politique, leurs pouvoirs sont à peu près aussi étendus que ceux en vertu desquels la Compagnie des Indes a gouverne et administré ses immenses possessions jusqu'en i858. Leur autorité sur les indigènes n'est limitée que par l'obligation qu'elles ont souscrite de respecter leurs mœurs, leurs coutumes, leurs religions ; elles sont autorisées à entretenir des forces militaires et de police, à percevoir des impôts, à établir un tarif douanier. En matière commerciale, si le monopole leur est, en droit, expressément refusé*, il leur est, en fait, assuré par
I. Le gouvorncmenl britannique précisément a fait voter par le Parlement, au mois de juillet dernier (1899), un crédit lui permettant d'indemniser la Compagnie du Niger de la révocation de sa charte, — révocation rendue nécessaire par les agissements de la compagnie qui, d'une part, créait de graves difficultés au cabinet de Saint-James dans ses relations avec la France et, de l'autre, prétendait exercer sur ses domaines un véritable monopole commercial au grand préjudice des négociants de Liverpool.
a. Pour la Nigeria, art. i4dc sa charte. — L'Acte général de Berlin du 26 février i885 dispose, d'ailleurs, que le commerce
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les nombreuses autorisations qu'elles reçoivent touchant le commerce, l'exploitation du sol et du soussol, les cultures, les industries, le pouvoir de créer des banques, des compagnies de chemins de fer ou de mines, de faire en un mot « toutes les choses licites tendant à l'exercice ou la jouissance de leurs droits, intérêts et privilèges. » Enfin, si la couronne affirme expressément son droit do modifier ou révoquer la charge octroyée, les actionnaires sont, d'autre part, assurés que la Compagnie recevra, en pareil cas, une indemnité convenable*.
Tels sont les grands traits du système. Voici ce qu'il a donné :
Au 3i décembre 1899, date à laquelle la Nigeria s'est effacée devant des agents de la couronne britannique en exécution do Tacte de rachat, on pouvait écrire : la Compagnie a reçu sa charte le 10 juillet 1886; son capital autorisé est de 27 mil-
de toutes les nations jouira d'nnc complète liberté dans le bassin du Niger et de ses affluents. Ou sait combien peu la ÎNigeria a respecté cette décision internationale et comment, entre autres faits, elle a arrêté la mission Mizon sur la Bénoué.
Pour la Rhodesia, art. 12 de sa charte.
I . La Compagnie de l'Est africain qui avait obtenu sa charte en 1888 et qui se l'est vue retirer en 1896, après avoir médiocrement réussi, a reçu une indemnité de 5 millions de francs.
La Nigeria vient de recevoir une indemnité do 21 626000 francs — chiffre assurément considérable — pour le rachat de ses droits, privilèges, immunités, ainsi que des traités qu'elle a passés avec des indigènes du pays. En outre, comme la révocation de sa charte ne la supprime pas en tant que compagnie commerciale, elle a obtenu le privilège de ne payer au gouvernement, pendant 99 ans, que moitié des redevances qui seront perçues sur les minéraux exportés de la Nigeria soptentrionalc.
LA- NIGERIA ET LA RHODESIA l55
lions 1/2 de francs, sur lesquels seulement 12 millions 1/2 ont été appelés; ses dettes s'élèvent à 6 260000 francs ; elle sert annuellement un dividende de 6 pour 100 à ses actionnaires. Son autorité et son commerce s'étendent sur un territoire dont on peut évaluer la superficie à 5ooooo milles carrés et la population à 20 ou 3o millions d'àmcs. Elle possède 42 stations dont les plus importantes sont Akassa, qui a des ateliers pour la réparation des navires, Asaka, siège du gouvernement et de la cour suprême, Lokodja quartier général des troupes. Une armée d'un millier d'hommes, ainsi que des forces de police, assurent la tranquillité des territoires ; 3o steamers parcourent le Niger et ses tributaires. En 1898 (on ne peut citer des chiffres plus récents, la Nigeria n'ayant jamais publié de rapports annuels), son mouvement commercial dépassait déjà 1 4 000 000 de francs dont 4 millions à l'importation (cotonnades, poteries, quincaillerie, poudre, sel, spriritueux, lainages) et 10 millions à l'exportation (caoutchouc, ivoire, huilo de palme, gommes, peaux...)
Pour la Rhodesia, elle a reçu sa charte le 29 octobre 1889. Son capital autorisé est de i25 millions de francs ; son capital versé de 109 millions 3 76 000 francs. Elle a, d'autre part, émis pour 3 1 260000 francs d'obligations à 5 pour 100. La Compagnie a supporté, comme d'ailleurs la Nigeria, les frais des guerres qu'elle a dû soutenir pour établir son autorité sur les territoires qu'elle administre aujourd'hui. Leur superficie est évaluée à 760000 milles carrés,
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— soit à peu près une fois et demie la surface de la France — et ses seules dépenses annuelles pour forces militaires et de police dépassent lo millions. Elle n'a jusqu'ici, à la vérité, distribué aucun dividende ; elle est même endettée et ses deux derniers exercices se soldent par un déficit de 23 millions. On assure cependant que ses 35 ooo actionnaires ont confiance dans Tavenir, que ses budgets prochains s'équilibreront. Une chose est certaine, c'est que les résultats obtenus par la Rhodesia, à l'heure présente, quant à la mise en valeur du pays, sont très appréciables. D'une part, elle a construit 3 6oo kilomètres de routes et im important réseau télégraphique ; d'une autre, eUe a remis à des compagnies le soin d'établir et d'ex- |)loiter les lignes ferrées en leur assurant soit son propre concours pécuniaire, soit celui des propriétaires des mines qui tiennent d'elle-même leur concession. Les chemins de fer du Cap sont prolongés jusqu'à Boulowayo; une compagnie a relié la ligne |)ortugaisc de Beira-Umtali à Fort Salisbury et l'on sut quc% Tiinnée dernière, la Chartered a résolu la rfïnslniciirm, sans le concours du Trésor britannique, d'il [H' \oïr ferrée entre Boulowayo et le Zambèze. Il t'iiui dhv ( iicore que la Rhodesia possédant, à la ^tinoirîue de la Nigeria, un territoire propre à la rulorHKilinn européenne ne tourne point exclusivelurrtl i^on nltention vers l'exploitation commerciale du [myïi. \\l\v appelle les colons et l'on évalue leur nom- Iji-o à i^i^oo. Ils récoltent le caoutchouc, l'indigo, -le culori ; iis plantent le café, le thé, le tabac; ils
ÉTAT DE NOS COLONIES AFRICAINES ibj
exploitent les forêts ; ils fouillent les mines d'or, d'argent, de cuivre, de charbon; au 3i janvier 1898 le nombre des concessions minières enregistrées dans les livres de la compagnie s'élevait à 1 56 000. Boulowayo, Salisbury, Umtali, Victoria, Filabusi, dans la Rhodesia du Sud, Abercorn et Fife dans la Rhodesia du Nord, (beaucoup moins développée) sont les principaux centres. On ne saurait donner le chiffre global du commerce qui a deux voies principales, mais on sait qu'en 1897-98 la valeur des produits entrés au Cap à destination de la Rhodesia était évaluée à t4 35oooo francs, et l'on estime que la valeur des produits entrés par Beira en 1898 dépassait 4 millions i / 2 .
Ce sont là des faits, des résultats*. La France no saurait en présenter de semblables. A la vérité, l'initiative privée a créé sur les côtes de Guinée, de Grand Bassam, d'Assinie, du Dahomey, — bien qu'elle ait été quelquefois contrariée par « l'administration » ou par la « douane », — un mouvement commercial qui ne cesse pas d'être important. Mais, l'arrière pays, c'est-à-dire le Soudan, est bien peu
I . Il convient d'ajouter malheureusement que ce ne sont point là les seuls résultats constatés. 11 faut inscrire à l'actif de la Rhodesia un fait que l'on ne saurait lui pardonner : l'attentat du D** Jamesson contre le Transvaal en 1896. Aujourd'hui, d'autre part, il est bien difficile de ne pas croire que la puissante Compagnie a une lourde part de responsabilité dans la guerre que l'Angleterre fait au Transvaal.
Les grandes Compagnies présentent des avantages cet^tains, mais elles portent aussi en elles-mêmes des inconvénients et des ^ices propres.
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exploité encore. Quant aux territoires du Gabon, de rOgowé, du Quillou, du Congo, on n'y rencontrait rien ou presque rien hier, avant la création des nouvelles sociétés congolaises.
Il faut donc le reconnaître, la Nigeria et la Rhodesia, — sous la réserve des fautes qu'elles ont commises, — ont mené à bien, en territoire britannique, une œuvre que l'initiative individuelle n'a pu entreprendre que très imparfaitement en territoire français. Encore ne suffit-il point de dire que ces compagnies ont fait pénétrer le commerce angolais dans des régions nouvelles, qu'elles ont invité des populations primitives à la production et à l'échange, créé des plantations, installé des colons, exécuté des travaux publics. En même temps qu'elles préparaient la mise en valeur de la vallée du Niger et de l'Afrique du sud, et pour la préparer en quelque sorte, elles conquéraient pour l'Angleterre et à leurs propres frais, des territoires considérables. Ainsi, elles ont été à la fois des agents commerciaux de premier ordre et d'admirables agents politiques. La couronne, en [effet, leur a concédé en 1886 et 1 889 les privilèges que l'on sait dans des régions très imparfaitement connues et qu'elle ne possédait point. Peu à peu, mais en somme dans un temps très court, les agents civils et militaires des deux compagnies ont signé des Jraités, fait des expéditions, écarté sans scrupules lorsqu'il était nécessaire, les concurrents étrangers. L'Angleterre était derrière le « rideau » , et c'est ainsi qu'il lui a été possible de réclamer et
COIVCESSIONS AU CONGO BELGE iSg
de se faire reconnaître, dans des conventions internationales, la souveraineté des territoires immenses acquis par la Nigeria et la Rhodesia.
C'est avec des procédés assez semblables que l'Allemagne s'est assuré, grâce à la Compagnie de l'Est africain, la moitié des États du Sultan de Zanzibar.
Si, dans le même temps, la France n'avait pas été merveilleusement servie par ses explorateurs qui, au Soudan, en Guinée, au Dahomey, au Congo ont signé des traités en son nom, planté le drapeau, quel eut été son lot dans les grands partages africains?
Tandis que l'Angleterre et l'Allemagne entreprenaient ainsi la conquête commerciale et politique de la « Nouvelle Afrique » , sous le manteau des compagnies privilégiées, le roi des Belges poursuivait le même but par des procédés différents quant h la forme, semblables quant au fond.
C'est, on le sait en i884 et i885 qu'il obtint des principales puissances la reconnaissance du « pavillon de TAssocialion internationale africaine », dont il était le président, « comme celui d'une nation amie » . L'Association devint ainsi l'Etat Indépendant du Congo ; ses limites furent déterminées. Sa superficie est environ six fois celle de la France ; sa population de 35 à /|0 millions d'âmes. Léopold II, chef du nouvel État, ne pensa pas un instant que les initiatives individuelles livrées à elles-mêmes, seraient suffisamment actives pour mettre en valeur le bassin du Congo. Dès
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lors, il rechercha i>our atteindre son but, le concours non d'une seule compagnie privilégiée, à Tcxemple de l'Angleterre, mais celui de plusieurs. 11 ne songea point à leur confier tout ou partie de ses droits de souveraineté, car il désirait s'en réserver Texercice, mais il voulait que cetle immense pays fût découvert et pacifié, que Ton reconnût et que Ton exploitât ses richesses; il entendait triompher de Fhostilité, ou tout au moins de Findiflerence, que rencontrait le Congo en Belgique. L'anivre était belle et grande.
Afin d'attirer les capitaux le roi consentit aux compagnies qui se conslituaient les plus larges avantages. En droit, le commerce des diilerentes nations jouit dans le bassin du Congo d'une complète liberté ; il ne peut y être constitué aucun monopole*; en fait, l'exploitation du pa> s esl réservée aux sociétés agréées par le roi souverain et par le gouverneur général, ainsi qu'aux agents du gouvernement lui-même. L'importance des concessions, leur étendue, les conditions auxquelles elles sont données, sont choses très variables et aussi très peu connues. Il n'y a pas, en efiet, de règles générales el, TEtat Indépendant
I. I/Aclo général do Berlin du aO février i885 dispose que le commerce de toutes les nations jouira d'une complète liberté dans le bassin du Congo cl de ses ai'lluents, ainsi que dans les zones voisines ; que la na\igation du ileuve demeurera également Wltnr ; que les routes, clieminsde fer ou canaux qui pourront être C-iét'ulés dans le but de suppléer aux imperfections du système \\u\ îai seront ouvertes au trafic de toutes les nations sans taxes dînVrt>nlielles.
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constituant une monarchie absolue, la plupart des actes de concession n'ont point été publiés \ On sait toutefois, par les extraits ou les résumés que contiennent les publications officielles^, ou par quelques publications isolées'* que, généralement, les sociétés concessionnaires obtiennent «. le droit exclusif d'exploiter », dans la limite d'un territoire déterminé, certains produits dénommés, tels le caoutchouc, la gomme copale, Tivoire, les bois ou les mines. En même temps, les compagnies reçoivent « l'entière propriété » de territoires souvent considérables : 3oooo hectares, looooo, iSoooo ou des régions entières qu'il n'a pas été possible de mesurer*.
1. L'État du Congo est à ce point discret qu'il a jusqu'ici négligé de publier un décret royal, du 5 décembre 1893, sur les terres domaniales formant le domaine privé de l'État. Ce décret n'est connu que « par les extraits et les résumés que contiennent les documents officiels ». Cattier : Droit et administration de l'État indépendant du Congo, Pcdone, éditeur, Paris.
2. Notamment « l'Exposé des motifs » présenté en 1895 par le ministère belge pour obtenir des Chambres l'approbation du traité de cession conclu entre la Belgique et l'Etat Indépendant. Ce traité, on le sait, ne fut pas adopté.
3. Notamment la convention du 12 mars 1891 entre l'État Indépendant et les promoteurs de la Société du Katanga.
4. a L'État, porte l'article 9 de la convention du 12 mars 1891, concède à la Compagnie du Katanga, en pleine propriété, le tiers des terrains appartenant au domaine de l'État situés dans les territoires visés dans la présente convention, et la concession pendant 99 ans de l'exploitation du sous -sol dans les terrains concédés. »
La Compagnie du Katanga s'étend aujourd'hui dans tout le bassin du Haut-Congo entre le ô'' parallèle sud au nord, la rivière Sankuru à l'ouest, et le Tanganika à l'est. Ellea possédé, en outre, Je bassin du Lomani inférieur qu'elle a « apporté » en 1898 à une Compagnie nouvelle.
102 l'exploit ATIO:« DE ?îOTRE EMPIRE COLONIAL
Parmi les conditions imposées aux concessionnaires, peuvent figurer Tobligation d'acquitter des redevances proportionnelles à la quantité ou à la valeur des marchandises exportées ; celle d'établir des plantations de café ou de cacao ; celle de remettre à l'État un certain nombre d'actions ou de lui assurer une part dans les bénéfices sociaux après que les actions ont reçu une rémunération fixe.
Il n'est pas possible de citer toutes les sociétés, qui, au grand profit de leurs actionnaires, concourent à la mise en valeur de l'État Libre. Les principales sont : la Compagnie du Congo (1887) qui a reçu 1 5o 000 hectares pour prix de l'étude du tracé de chemin de fer ; la Compagnie des Magasins Généraux (1888) qui a installé des hôtels et des magasins dans le bas fleuve; la Société anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo (1888) qui se livre au commerce de l'ivoire et du caoutchouc ; la Compagnie du chemin de fer (1889) ; la Compagnie du Katanga, qui aida le gouvernement à conquérir les régions du haut fleuve ; la Société du commerce du Haut-Congo, qui a racheté la Compagnie française Daumas- Beraud, etc.. Aujourd'hui 3o sociétés « belges » ou « congolaises » (il y a deux législations et partant deux modes de constitution pour les sociétés), riches de 70 ou 70 millions, établies dans les diflerentes parties de l'immense bassin du fleuve, tiennent de l'État des territoires plus ou moins étendus avec le droit de se livrer au commerce, d'exploiter les forêts ou les mines et l'obligation d'entreprendre des plan-
PROSPÉRITÉ DL CONGO BELGE l63
talions*. On évaluait, il y a environ dix-huit mois, que les 60 premiers millions engagés par les Belges en valaient i5o sur les marchés de Bruxelles et d'Anvers par suite de la hausse constante des litres congolais.
En même temps que les sociétés, TElat jirend une part directe, comme négociant et planteur, à la mise en valeur du pays. Dans une partie du « domaine privé » il exploite le caoutchouc et l'ivoire, plante le café et le cacao ^ ; sur d'autres points les chef indigènes doivent mettre en culture une étendue déterminée de terres.
Ainsi est assuré le développement économique de l'État du Congo. Le chemin de Matadi à N'dolo et une flotte de Ao à 5o vapeurs, appartenant au gouvernement et aux compagnies ravitaillent les établissements et les comptoirs, chargent et déchargent les marchandises ; Banane, Boma et Matadi sont de grands ports. On a récensé, sur toute l'étendue du territoire, une population européenne de i63o per-
1. Wauters, L'État Indépendant du Congo, Falk, éditeur. Bruxelles.
Dans ce total ne sont natureliement pas compris les 60 millions engagés par la Société du chemin de fer.
2. Les produits du « domaine privé » vendus à Anvers, en 1897, au profit du budget congolais, représentaient environ 8 5oo 000 francs.
Les actes de commerce accomplis par l'État ont soulevé à plusieurs reprises les réclamations des sociétés commerciales, notamment en 1891 et 1892, lorsque les fonctionnaires prétendirent, en exécution d'un décret royal, interdire aux négociants Tachât du caoutchouc et de l'ivoire dans les régions de l'Oubanghi, de l'Ouélé et de l'Aruwimi.
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