‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 65 sur 130 · DIFFICULTÉS DU COMMERCE CO^SGOLAIS · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DU COMMERCE CO^SGOLAIS

d'une opinion très répandue, mais tout à fait inexacte : à savoir que l'octroi d'une concession à un ou plusieurs capitalistes est une insigne faveur, un magnifique cadeau et que l'État ne saurait le faire payer trop cher. M. Chautemps avait dit un jour à la tribune, non sans quelque émotion : « La compagnie du haut Ogowé (concession Daumas) comprend II millions d'hectares, soit la cinquième partie de la France !» — « C'est de la folie ! » avaient crié ceux qui pensent... ou feignent de penser qu'il n'y a pas un grand écart de valeur entre un million d'hectares prélevés dans le Congo et un million d'hectares prélevés dans l'Ile de France. M. Lavertujon, auquel il faut toujours revenir, a répondu dans son rapport en matière de boutade : « Au lieu de nous écrier : c'est de la folie ! plus volontiers nous nous réjouirions en disant : quel débarras ! et quelle chance !» — « Dans le haut Ogowé, a observé à son tour M. de Lanessan, une semblable concession représente, pour celui à qui elle est faite, une charge telle qu'il est permis de se demander si ce n'est pas le concessionnaire qui fait une folie en la sollicitant. »

Veut-on envisager un instant les difficultés et les risques de toute nature auxquels s'exposent les « favorisés » qui ont obtenu des concessions au Congo ? Tout d'abord, leur domaine, même s'il est voisin de la côte ou du Stanley Pool, est lointain et d'approche difficile; au delà du Pool, sur la Likouala aux herbes, la Sangha, l'Oubanghi, le M'bomou, c'est rinconnu, Tinexploré, presque l'inaccessible, — et

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les concessionnaires devront tout d'abord dresser une carte sommaire de la région, faire l'inventaire de ses richesses. Partout le climat est brûlant, malsain, fiévreux. Sur la côte, comme dans Tintérieur, les sociétés doivent être servies par un personnel spécial; il convient qu'elles emploient des agents propres au commerce africain, instruits de ses difficultés ; ceuxci, en raison des qualités déprimantes du climat, réclament, outre des salaires plus élevés qu'en Europe et une participation, une nourriture substantielle, variée, un logement confortable, des soins médicaux fréquents, enfin des voyages en France très onéreux. Puis, les relations commerciales se noueront-elles toujours facilement dans ces pays neufs? Ici, les noirs se soucient peu de commercer : ils sont sans besoins, et dès lors ils ne chercheront pas, — du moins aux premiers temps, — à échanger les produits du sol contre les cotonnades ou la quincaillerie ; plus loin, le pays est pauvre, sans ressources, les populations sont rares et misérables; ailleurs, les tribus sont hostiles, anthropophages même...

Cependant la période difficile des débuts est franchie : le pays est exploré, on connaît ses richesses, des rapports commerciaux se sont établis, les indigènes portent le caoutchouc aux factoreries nouvellement fondées. Mais la difficulté des transports demeure : ils sont lents et coûteux. Croit-on que les factoreries congolaises renouvelleront 52 fois par an leurs approvisionnements comme certains comptoirs du Lom>re et du Bon-Marché P Les sociétés établies

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