LE CRÉDIT A L AGRICULTURE 2O
doivent ensuite construire une maison (Thabitatioiiv acheter des instruments et des animaux de culture, planter, puis attendre les résultats de leurs labeurs. Dès lors, si un malheur arrive, si la première récplte est mauvaise ou même médiocre, voici l'avenir du « petit » colon compromis. Il est, on en conviendra, en bien mauvaise posture pour trouver du crédit. Quelle surface présente-t-il ? que vaut son champ? Les « moyens » et les « gros » colons engagent leurs entreprises dans des conditions plus favorables ; mais ce serait une erreur de penser qu'eux, du moins, sont en état de se suffire à eux-mêmes : en effet, qu'ils soient installés en Afrique ou en Asie, qu'ils fassent du blé, du bétail, de la vigne, des palmeraies, du coton, du thé, du café, ils devront, à une heure donnée, s'adresser à autrui. Ne faut-il pas compter, d'une part, avec les pertes, les mécomptes ; d'une autre, avec l'importance des résultats espérés, l'ambition de faire grand, l'entraînement? Pense-t-on que le colon algérien qui aura vu périr sa vigne, voudra attendre plusieurs années avant de la replanter? Certainement non; il voudra faire vite. Croit-on que le colon tonkinois, qui aura obtenu une concession de certaine importance, consentira, vu son faible capital, à n'en mettre tout d'abord en valeur qu'une médiocre partie? Non encore; il donnera en métayage plusieurs centaines d'hectares, fournira à ses inétayers des semences, des instruments de culture; puis, en même temps, sur d'autres terrains, il défrichera, plantera lui-même, construira des bâtiments et des. hangars»».
Ainsi, l'un et Fautre chercheront bientôt, soit un capital d'immobilisation, soit un capital de roulement. Dans nos vieilles colonies, enfin, le planteur, le propriétaire d'un grand domaine sucrier ne saurait vivre sans crédit; qu'il ait acheté sa propriété ou qu'il la tienne d'héritage, il est généralement dans l'obligation de faire des emprunts à plus ou moins longue échéance.
On le voit, la même question se pose partout : le détaillant, le petit industriel ont, comme en France, besoin de crédit, mais le crédit commercial à court terme, de 3 à 4 mois, leur suffit, tandis que l'agriculteur, — et l'agriculture est le premier âge de la colonisation, — réclame, soit le « crédit à long terme » de 20 ou 3o ans, soit le « crédit de campagne » qui peut être de 9 mois ou d'une année. Dans ces deux cas ce sera le crédit à l'agriculture, — à la terre, et Ton envisage immédiatement les difficultés du problème. En France, où le rendement des terres est connu, où par Conséquent elles possèdent une valeur certaine, le cultivateur qui n'est pas sans ressources, qui tient de son père un petit bien, qui par sa famille, l'ancienneté de sa résidence, offre au prêteur des « sécurités particulières à la personne », éprouve, même dans ces conditions, des difficultés à trouver, à un taux raisonnable, les avances « de campagne » dont il a besoin. On cherche encore dans beaucoup de régions quels systèmes il convient d'adopter pour faciliter le crédit. Combien ces difficultés ne serontelles pas accrues aux colonies? Ici, la terre vient à