LES LOIS DU CRÉDIT 2O
peine d'être défrichée, on est à la période des essais et l'on ignore quelles récoltes il est permis d'espérer; là, le rendement du sol est très incertain et varie suivant les années, ou bien encore les prix de vente sont exposés à de grandes et subites variations ; ailleurs, des cataclysmes se produisent parfois qui stérilisent en une heure les longs labeurs et ruinent les plus légitimes espérances ; enfin, le plus souvent, la terre n'a en quelque sorte pas de valeur certaine, soit parce que ses produits sont chaque jour menacés de baisse, soit par suite de l'abondance des espaces disponibles. Dans de pareilles conditions quelle est la valeur, quelle est la sûreté du gage offert au prêteur ?
Il convient de rappeler, en dernier lieu, que le crédit ne se commande pas : il se mérite et se conquiert. Dans les pays neufs, au temps des premières expériences, aucune banque ne consentira à exposer les fonds de ses actionnaires dans des prêts à la terre ; les colons ne pourront compter que sur leurs relations personnelles pour se procurer auprès de parents ou d'amis, — devenant des associés, des intéressés, — les fonds dont ils auront besoin. Plus tard, . si l'établissement est libre dans ses mouvements, il ne fera crédit qu'aux emprunteurs lui inspirant pleine confiance et dans la seule mesure qu'il jugera prudente; si, au contraire, il est influencé par le gouvernement dont il peut dépendre, — et cela faussera toutes les conditions normales, — il consentira peut-être à ce que l'on exigera de lui,
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mais il s'exposera à faire des opérations désastreuses. Alors, les autorités qui auront pesé sur ses déterminations verront leur responsabilité engagée; elles auront créé à TÉtat des embarras politiques, ruiné les actionnaires des banques et déchaîné des crises financières et agricoles d'une extrême gravité.
Tels sont les termes du problème, assurément délicat et complexe. Déjà, l'on a compris, sachant et le . peu d'initiative des capitalistes français et les risques à courir, qu'il n'existe, h l'heure présente, dans nos établissements d'outre-ijier que de très rçires banques privées. Les seuls étabUssements de crédit que l'on y rencontre, peut-on dire, ont été fondés grâce à l'intervention de l'État ou sur son initiative, et n'ont trouvé des actionnaires qu'en raison des privilèges qui leur étaient consentis.
Il en est autrement dans les colonies. britanniques, parce que les capitalistes anglais sont plus hardis, plus entreprenants que les nôtres, plus ingénieux aussi quant à l'organisation du crédit sous ses formes multiples. Toutefois, il ne faut point oublier que les possessions de nos voisins, plus anciennes, plus riches, plus cultivées que les nôtres, offrent généralement pour ces raisons mériies, une sécurité plus grande aux capitalistes. Si, d'ailleurs, en Australie et dans l'Inde, l'argent est plus abondant qu'en Algérie et en Indo-Chine, nos colonies sucrières sont dotées depuis un demi-siècle d'institutions spéciales de crédit qui n'ont point leur équivalent aux Antilles anglaises ou à Mautice.
, ï*Aj BANQUE DE L ALGÉRIE 211
^. .Voyons, donc comment est organisé aujourd'hui ie» ^crédi^ dap^ nps colonies, comment il faut envisager l'avenir, eniin, les desiderata dont il convient de poursuivre . Jb, réalisation ,