LA SOCIÉTÉ ALGÉRIENNE
l'abri de toute perte, — consentît à ne réclamer à l'avenir qu'une commission extrêmement minime pour ces prêts. En même temps, il devrait laisser à l'établissement algérien plus d'initiative et de liberté qu'il n'en a maintenant daps la direction de ses opérations elles-mêmes *.
Le Foncier d'Algérie n'est pas, fort heureusement, le seul établissement de prêts fonciers qui soit à la disposition des agriculteurs de notre colonie. A côté de lui est la Société algérienne*. Celle-ci, en même temps qu'elle loue ou exploite son domaine et se livre à toutes les opérations de banque, fait des prêts à long terme sur hypothèque et surtout des « prêts de campagne » sur nantissement. Les uns et les autres représentaient, au 3o septembre 1899, près de 3 millions et demi.
I. Il convient de noter ici que, contrairement à ce que peut faire prévoir son titre, le Crédit foncier et agricole d'Algérie ii*est pas seulemeot un établissement de prêts fonciers, il fait aussi toutes les opérations de banque, notamment l'escompte, les. prêts sur titres. et connaissements de marchandises.
Nous rappellerons à cette occasion que la Banque et le Foncier ^ ne sont point les seuls établissements auxquels peuvent s'adresser lès négociants et les industriels : des succursales du Crédit Lyonnais établies dans les principales villes escomptent les efifets "commerciaux ; huit a magasins généraux » font le prêt sur marchandises.
3. La Société algérienne est aujourd'hui une société libre n*ayant aucune attache gouvernementale, mais on sait qu'elle est l'héritière de la « Société Générale algérienne » fondée en l865 avec le concours de l'Etat. C'est de cette dernière qu'elle tient son magnifique domaine de 100 000 hectares.
Nous avon& raconté l'histoire de la Société Générale algérienne dans notre Al féerie.
Mais il y a mieux : TAlgérie a un dernier prêteur, et qui n'est pas le moindre : ce sont les particuliers. Depuis quelques années, en efTet, de nombreux capitalistes métropolitains consentent, soit directement, soit par l'intermédiaire des notaires, des prêts importants sur les immeubles urbains et ruraux contre première hypothèque. A côté des prêteurs de France sont les prêteurs algériens, gros ou moyens capitalistes très disposés à employer leur argent dans des placements hypothécaires. Les uns et les autres font une sérieuse concurrence au Foncier d'Algérie, dont nous avons dit les conditions trop dures. Pour ces diverses raisons les capitaux sont aujourd'hui moins chers dans notre colonie qu'il y a une dizaine d'années. Nombre de prêts fonciers se font, dans les villes à 4 fr- 7 5 ou 5 pour 100, — dans les campagnes entre 5 francs, 5 fr. 5o et 6 francs. Ce sont là des taux raisonnables dans un pays neuf où les situations sont moins assises, les fortunes moins solides, les risques plus importants que dans la métropole. Au total, les dernières statistiques, — elles remontent à 1896, — évaluent que les prêts hypothécaires consentis aux seules propriétés rurales, soit par les sociétés, soit par les particuliers, représentent une somme de 45o millions. C'est un gros chiffre, lorsqu'on le compare à l'importance des propriétés des colons^ ; mais, s'il accuse pour l'Algérie une situa-
I . La superficie des propriétés rurales possédées par les Européens vers la même époque (en 1896) était de i 08a 000 hectares contre 6 755 000 possédés par les indigènes.
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lion assez lourde, il montre, d^autre part, que le crédit à la terre commence à y être assuré.
Il n'est pas douteux que dans l'avenir ce crédit s'affirmera davantage, à mesure que les propriétés algériennes se développeront, acquéreront une valeur plus certaine, offriront aux prêteurs des gages plus sûrs. Les formes de crédit se multiplieront et cela sans qu'il soit nécessaire, contrairement à ce que semblent croire les colons, de faire appel à l'intervention directe de l'Etat * .
M. Leroy-Beaulieu a très bien indiqué qu'en matière de prêt à long terme, on se trouverait bien de recourir à un procédé en usage chez les Anglo-Saxons : la com maudite agricole. C'est là un des modes naturels (lu concours que peuvent prêter les capitalistes métropolitains aux ])ropriétaires algériens*. D'autre part.
Quelques indigriios riches, présentant une surface certaine, obtiennent des sociétés de crédit des prêts hypothécaires, mais cela ne peut être retenu que comme une exception.