III. LES BANQUES COLONIALES ET LE CRÉDIT FONCIER
L'histoire des Banques coloniales de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion rappelle, par certains côtés, celle de la Banque de T Algérie. Il est vrai, qu'à la différence de cette dernière elles sont autorisées par leurs statuts à consentir des prêts agricoles; mais, comme la Banque de l'Algérie, les Banques coloniales, cédant à différentes considérations ainsi qu'à des influences extérieures, ont fait sans prudence et sans mesure le prêt à la terre de telle façon qu'elles ont gravement compromis leur situation. Enfin, le gouvernement est responsable de leur mauvaise gestion, comme il l'est pour les fautes de la Banque de l'Algérie*.
Les trois banques sucrières ont été instituées par les lois du 3o avril i849 ^t du ii juillet i85i, au moment où les planteurs traversaient la crise très / grave résultant de l'abolition de l'esclavage. Leur' privilège, inscrit dans la loi même ou dans les statuts annexés, est double : elles sont, d'une part, banques d'émission et d'escompte ; de l'autre, banques
I. Il y a cinq Banques coloniales, et non trois, car on ne doit point oublier les Banques de la Guyane et du Sénégal, fondées à la même époque et sur les mêmes bases. Mais ces deux établissements ne pratiquant pas le prêt à l'agriculture et se bornant aux opérations ordinaires des banques d'émission et d'escompte, il n'y a pas lieu d'en parler ici.
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agricoles. En cette dernière qualité, elles sont autoils é t'^ èr consentir des prêts sur marchandises d'exportation ou d'importation remises en nantissement, ainsi que des prêts à quatre mois sur récoltes pendantes données en gages. Des facilités spéciales leur sont assurées quant à la réalisation des gages au cas de non paiement des empiiinteurs * .
Les Banques coloniales, — il importe de le dire tout d'abord, — ont rendu les plus grands services : grâce à elles, la production de nos colonies est remontée en dix ans au-dessus des chiffres de i8/i8 ; grâce à elles également, les producteurs de sucre payent depuis 5o ans les capitaux dont ils ont besoin pour chaque campagne beaucoup moins cher qu'ils ne les payaient autrefois aux a commissionnaires » locaux ou aux négociants des ports métropolitains, qui étaient leurs prêteurs ordinaires. Il convient, en outre, d'ajouter pour excuser dans une certaine mesure les fautes commises, que les Banques ont rencontré, soit dans les conditions spéciales du milieu où elles opéraient, soit dans l'intensité et la prolongation de la crise économique qu'elles ont traversée des difficultés toutes spéciales. Le planteur, — et l'on ne saurait entrer ici dans les détails ou les nuances qui différencient chacune des trois îles, — est généralement entreprenant, audacieux en affaires jusqu'à la témérité;
I. Le privilège des Banques a été renouvelé en 1874. — L^^ capital de la Banque de la Martinique est de 3 millions ; celui de celle de la Guadeloupe d éorale somme ; celui de la Banque de la Réunion qui était de 4 millions a été réceniment réduit à 3.
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mais il n'a pas l'rsjiril d'économie, il met clans Tavenir une hop gmmlp <'unfiance, il possède rarement un fonda de roulmienl. Ce sont là les raisons pour Icsquplles en i850j aprrs une période très heureuse, la plupart des jintprirlés étaient lourdement hypothéfpiées, rcmnni^ ellrs le sont aujourd'hui après une longue jTérîiKh' <1<' dise.
D'oui ir |i[uU 1rs |jrn is bénéfices autrefois donnés par , laculliue (Ir la caïuio, autant que les primes accordées Ips luis niélinpulilaînes, — toujours rédigées,; deiniuincHK'oriiPJi I du siècle, dans le but de favoriser ilirin des sut ns coloniaux en France, — ont iséquenip de faire abandonner graduelletïU'iU la î!^^|MÎ(^sdti nées tropicales. Les propriétaires f ifd I i I ; if^^^^i 1 1 I i l'frligé de teni r compte des difféfrenli^s nalur* > tn^^l : ils ont planté des cannes dans >iivenaient pas ; ils ont oublié les dangers de la iinj^pulhire. Aussi ont-ils été atteints, aux Antilles m^^P a la Réunion, lorsque la baisse dos sucres vsj^Kiwnnv. Elle a été considérable : les lOD kiln^^^Wsuere blanc, qui valaient 77 fr. 78 en iSip. (( (^^^niu\i!i de Tannée) ont été cotés en [(S99, .il l^V)- La Laisse, ainsi qu'on le pense, n'a jm^^Éj^^^mjiupne ; il y a eu des reprises', des époausse. puis des effondrements : en 1876 prix sojil de 05 IV. O'j, — en 77 de 76 fr. 10, — en 82 de 64 fr. 08, — en 84 de 43 fi*- 90, — en
I . Chiffres établis par la Chambre syndicale du commerce des sucres.
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86 de 35 fr. 78, — en 89 de 4o fr. 99, — en 92 de 38 fr. 6/4, — en 95 de 28 fr. 62 ^.. Il est facile, en constatant de pareils écarts, — écarts que Ton pourrait presque relever entre les mois comme on les relève entre les années, — de juger les difficultés au milieu desquelles se débattaient les planteurs, les mécomptes auxquels ils étaient exposés. La canne met quinze ou dix-huit mois à mûrir; elle exige des engrais, des soins incessants, la présence d'un nombreux personnel, Fentretien d'un coûteux matériel, et pendant cette longue « campagne » les cours ne cessent d'osciller. Dans de semblables conditions comment un planteur, pris dans l'engrenage, peut-il établir à l'avance, sans de grandes difficultés, un budget sérieux ?
Mais si les différents aléas que nous rappelions ici expliquent les sollicitations auxquelles les banques devaient être en butte, ils disent non moins clairement la prudence avec laquelle ces mêmes banques auraient dû conduire leurs opérations agricoles et commerciales. Or elles ont malheureusement suivi la voie contraire. Aussi n'est-il pas douteux que c'est à leurs prêts et autres opérations anti-statuaires, — fautes que le gouvernement a connues et tolérées, — bien plus qu'à la crise sucrière elle-même, qu'il faut attribuer la déplorable situation qu'elles ont connue.
/ A la tête de chaque banque est un directeur que le
I ministre nomme et peut révoquer, que le gouverneur j a le droit de suspendre ; ce directeur a des pouvoirs I d'administration très étendus ; le trésorier payeur de