‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 81 sur 130 · LES FAUTES DES BANQUES · texte numérisé non relu

LES FAUTES DES BANQUES

la colonie, administrateur de droit, et un censeur / désigné par le ministre, sont à ses côtés ; d'autre part, aucune répartition de dividende ne saurait être faite sans l'approbation du gouverneur ; la Banque peut être vérifiée par des inspecteurs spécialement délégués par le ministre des Colonies; enfin, à Paris une Commission de surveillance peut provoquer de la part du gouvernement « telles mesures de vérification et de contrôle qui lui paraissent convenables. » Voici le droit tel qu'il est écrit dans la loi et les statuts. Mais, en fait, pendant de nombreuses années, — particulièrement depuis 1874 à la, Réunion et 1884 aux Antilles, — et jusqu'à ces derniers exercices, les ministres, les gouverneurs, les censeurs se *sont comme désintéressés de la gestion des Banques. / La crise sucrière et d'autres difficultés comman- \ daient la prudence et la fermeté ; ils en ont manqué. ! Dès lors, des influences locales, politiques et de j famille ont pu tout obtenir de la faiblesse et quelque- 1

fois de l'inexpérience des directeurs. i

Il est facile d'en juger. Les Banques sont autorisées, aux termes des actes en vigueur, a prêter le tiers de la valeur présumée de la récolte sur des cannes ayant douze à quatorze mois d'âge et qui doivent être coupées quatre mois plus tard * . Ainsi

I . Ces prêts ont été généralement consentis dans ces dernières années au taux de 5 pour 100. — Pour le taux de l'escompte du papier commercial, il est actuellement, — ce qui témoigne de la chèreté de Targent, — de 6 pour 100 à la Guadeloupe, 7 pour 100 à la Martinique, 8 pour 100 à la Réunion.

232 l'exploitation de >0TRE EMPIUE COLOMAL

elles ne doivent consentir d'avances que pour I20 jours, et ces avances ne sauraient dépasser le tiers des sommes espérées par Temprunteur. Si Ton songe que, d'un autre côté, les Banques acquièrent, du fait de leur prêt, un privilège sur la récolte entière, il semble que, dans de semblables conditions, elles ne sauraient être exposées à des pertes appréciables, même dans le cas d'un fléchissement immédiat et considérable des cours. Seulement, les choses ont été singulièrement modifiées dans la pratique. En premier lieu, pour légitimer les prêts exagérés que réclament souvent les planteurs, les experts des Banques ont évalué les récoltes pendantes bien au-dessus de leur valeur ; puis les directeurs, afin d'assurer un capital de roulement à des planteurs qui n'en avaient pas, ont pri& l'habitude d'autoriser le renouvellement des billets souscrits à quatre mois. Le crédit à quatre mois est ainsi devenu le crédit à huit mois. Ce n'est pas tout. Une irrégularité plus grande a été commise : on a vu les directeurs, à l'abri de considérations diverses, abandonner le gage certain sur lequel ces prêts à huit mois avaient été faits, libérer les sucres sur lesquels ils avaient privilège et consentir au transport de leur créance immédiatement exigible sur la récolte de l'année suivante, sans songer qu'un cyclone, une longue sécheresse ou une nouvelle baisse des cours pouvait compromettre la rentrée des sommes prêtées. Faut-il ajouter que cette « libération » n'était pas toujours la dernière faveur qu'obtenait le planteur ; que parfois, ù arrachait à la Banque un nouveau

Page 1