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IV. LA BANQUE DE l'iNDO-CHINE

Après les établissements privilégiés dont on vient d'étudier le fonctionnement, il en est un encore dont il convient de parler. Si la Caisse agricole de Tahiti, — très bizarrement constituée et qui n'a pas une véritable personnalité financière, — peut être négligée*, il n'est pas possible d'oublier la Banque de rindo-Chine. Le prêt à l'agriculture ne constitue pour elle, à la vérité, qu'une opération tout à fait secondaire, mais, — outre qu'elle rend de très appréciables services dans les colonies où elle est installée et qu'elle est la grande banque française d'Extrême Orient, — elle a été fondée et elle fonctionne dans des conditions particulières, fort heureuses, qui la différencient des autres établissements coloniaux de crédit et assurent sa bonne direction.

I . La Caisse agricole de Tahiti a été instituée par un arrêté de Tautorité locale du 3o juillet i863 dans le but d'acheter des terrains, de faciliter l'établissement des colons, d'encourager l'agriculture. Ses ressources ont été assurées par le budget local. Aujourd'hui cette Caisse, réorganisée en dernier lieu par deux arrêtés du Gouverneur en date du 2 1 décembre 1896 et du 18 septembre 1899 est un « établissement de crédit public dépendant du service local, fonctionnant sous sa surveillance et sa garantie. » Elle a le droit d'émettre des « bons de caisse », qui ont cours légal, et ses principales opérations sont les suivantes : acquisitions de terrains pour l'établissement des colons ; prêts sur récoltes données en nantissement et sur hypothèques, escompte des billets à ordre, etc..

Le fonctionnement de la Caisse agricole et son administration prêteraient, si on voulait s'y arrêter, à de très nombreuses critiques.

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La Banque de Tlndo-Chine, « banque d'émission, de prêt et d'escompte », tient ses privilèges des décrets des 21 janvier 1876 et 20 février 1888*. Elle a été fondée par trois des principaux établissements de crédit de Paris, le Comptoir d'Escompte, le Crédit Industriel et Commercial, la Banque de Paris et des Pays-Bas, auxquels la Société Générale et le Crédit Lyonnais se sont joints dans la suite. De ce fait, son conseil d'administration, qui siège à Paris, est composé non de fonctionnaires, mais de banquiers, hommes de « capacité spéciale », indépendants des préoccupations politiques et des influences locales. Cette indépendance ne soustrait d'ailleurs, en aucune façon, la Banque au contrôle gouvernemental. Les décrets et les statuts disposent que les directeurs, nommés par le conseil d'administration, sont soumis à l'agrément du ministre des Colonies ; que celui-ci désigne un commissaire du gouvernement et des censeurs; qu'aucune répartition de dividendes ne peut être faite sans son autorisation ; qu'il a le droit de faire procéder aux vérifications des registres, des caisses, des opérations; enfin, l'établissement est soumis au contrôle de la Commission de surveillance des Banques coloniales.

Le capital nominal de la Banque de l'Indo-Chine est de 12 millions; 3 seulement sont versés, qui constituent avec plus de 2 millions de réserves le

I. Ce dernier décret étend le rayon d'action de la Banque de rindo-Ghinc et proroge son privilège jusqu'en igoS.

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capital de garantie de sa circulation fiduciaire. Celleci dépasse 25 millions. La Banque a des succursales et des agences dans les quatre provinces de l'Union Indo-Chinoise, puis à Bangkok, à Hong-Kong, à Changhai, à Pondichéry, à Nouméa. Ses principales opérations sont l'escompte à 1 20 jours du papier commercial ; le prêt sur marchandises d'importation et d'exportation remises en nantissement, la création, la négociation, l'escompte ou l'achat de traites sur les colonies, la métropole, l'étranger*. Les prêts agricoles ne lui sont pas interdits. Elle est au contraire, expressément autorisée, comme les Banques coloniales, à prêter le tiers de la valeur présumée sur récoltes pendantes ; mais elle s'est toujours refusée aux opérations de cette nature. Cette réserve est compréhensible, car la Banque de l'Indo-Chine se trouve dans des conditions très diflerentes de celles des Banques des Antilles et de la Réunion. Ces dernières ont devant elles plusieurs milliers de propriétaires, poursuivant l'exploitation régulière de domaines dont le rendement est depuis longtemps connu, et dont les récoltes certaines offrent, malgré la variation des cours, un gage réel aux prêteurs, tandis que la Banque de l'Indo-Chine est seulement en présence de quelques dizaines de colons qui ont obtenu gratuitement une concession sur laquelle ils essayent des cultures nouvelles. La période des essais, des expé-

I. Elle a donné en 1898 un dividende de 25 francs par action.

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riences, des grands aléas est longue, et pendant cette période une banque ne saurait sagement consentir des opérations de prêts hypothécaires. Les colons ne peuvent donc compter, après leurs ressources personnelles, que sur Taide de parents, d'amis, d'associés leur faisant confiance et consentant à courir avec eux tous les risques inhérents à une entreprise nouvelle. Telle est aujourd'hui, notamment, la situation au Tonkin où l'on compte plus de colons qu'en Cochinchine*. Plus tard, lorsque les domaines en voie de création seront constitués et en plein rendement, lorsque le thé, le café indo-chinois auront sur le marché une valeur certaine, la Banque pourra sans imprudence faire le prêt sur récoltes pendantes. Elle se borne aujourd'hui, — fait qui semblerait bizarre, si on ne l'expliquait, — à faire aux indigènes « le crédit à la terre » qu'elle refuse aux colons. Ce n'est point, dans ce cas à l'individu qu'elle prête, mais au village, et sur la garantie de l'administration. Ce système qui a donné de très bons résultats en Cochinchine a été introduit il y a deux ans en Annam et au Tonkin. La Banque prête aux communes indigènes, représentant les propriétaires emprunteurs, les sommes nécessaires à ceux-ci pour assurer l'appropriation de leurs champs, la culture et la récolte du

I. Le gouvernement général a toutefois imaginé, — mais ceci n'est pas le « crédit », — d'accorder aux colons, planteurs ou éleveurs, des subventions ou encouragements non remboursables. Un crédit de 5oooo piastres est, à cet effet, inscrit chaque année au budget local du Tonkin.

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