‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 9 sur 130 · LE DEVOIR DU GOUVERNEMENT I · texte numérisé non relu

LE DEVOIR DU GOUVERNEMENT I

besoin, — des expressions que nous avons employées déjà et qui reviendront souvent sous notre plume : « il convient que le gouvernement ou Tadministration... », « la tâche du gouvernement est. . . », « le gouvernement aurait dû... ». Réclamer ainsi l'intervention fréiquente et répétée du gouvernement, de l'administration dans les affaires coloniales, n'est-ce pas le propre d'un « étatiste » qui n'aurait pas confiance dans l'initiative individuelle?

Nous croyons très fermement en l'initiative individuelle ; nous avons confiance dans l'effort personnel, dans la libre association des individus ; nous ne réclamons pas en France l'intervention de l'État dans les si nombreuses affaires, — agricoles, industrielles, commerciales, financières de tout ordre, — qui sont le domaine propre, exclusif des particuliers : partout ils doivent agir seuls, se suffire k eux-mêmes. Mais peut-on comparer un vieux et riche pays comme la France, héritier de l'expérience, du travail, des biens -accumulés de cent générations, avec des terres vierges et nues telles que les colonies ? Dans ces régions nouvelles, parfois inconnues et inexplorées, l'initiative individuelle, abandonnée à ses seules inspirations et à ses seules forces, sans secours ni aide, demeurerait impuissante.

Il suffit, d'ailleurs, pour en juger, de considérer comment le domaine colonial de la France a été acquis. Il est le fait de la conquête militaire et non de la conquête commerciale : nous ne devons pas^ l'Algérie, la Tunisie, le Gabon, le Congo, Madagas-

car, l'Indo-Chine, le Soudan, les archipels océaniens à TefTort de puissantes énergies individuelles, c'està-dire à des émigrants ou à des commerçants français, qui se seraient rendus librement dans ces pays,, y auraient fondé des établissements, et qui, ensuite, auraient convié la mère patrie à y planter son drapeau; nous les devons à l'initiative seule du gouvernement qui, obéissant à des coç^sidérations diverses a décidé leur conquête dans ses conseils et envoyé les forces nécessaires en vue de la réaliser. Pourquoi, dans de semblables conditions, le gouvernement se désintéresserait-il au lendemain de la prise de possession? Lui seul, on peut le dire, sait le chemin des terres nouvelles ! Quant aux fonctionnaires qu'il y enverra, — et il importe de ne pas négliger ce côté de la question, — ils seront toutpuissants! Ne sait-on pas que dans les colonies l'administration est omnipotente? Elle dispose des terres et de la main-d'œuvre; elle autorise ou interdit les exploitations ; elle exerce sur les groupes indigènes une influence décisive; elle peut les inciter aux échanges ou au contraire les leur interdire. . . Les gouvernements d'Angleterre, de Russie, d'Allemagne, ne croient pas avoir fait suflisamment, lorsqu'ils ont acquis par les armes une^ province extraeuropéenne; ils savent que la charge d'assurer sa mise en exploitation leur incombe; ils s'emploient donc également, — et par des moyens semblables quant au fond, — à diriger vers elle les hommes et les capitaux ; ils les recherchent, ils les encouragent ;

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