DES MINES FISCALES
L’immense domaine industriel formé par les houillères de la Sarre est administré par un comité de direction à la tète duquel se trouve un Président, ayant le titre de Geheimer Bergrath et ne relevant que du ministre du commerce.
Un Oberbergrath (conseiller supérieur des mines) lui est adjoint et le supplée en cas de besoin. La direction comprend en outre 6 autres membres : trois conseillers des mines dont l’un est chargé plus spécialement de la direction commerciale ; 2 architectes (Bauräthe) et un jurisconsulte, chef du service du contentieux.
De nombreux agents sont adjoints à la direction pour l'expédition des affaires courantes : 2 ou 3 ingénieurs des mines, À géomètre en chef, 1 inspecteur des chaudières, 40 secrétaires et comptables et une dizaine d'employés divers.
Les fonctions du comité de direction de Sarrebrück sont très semblables à celles du conseil d'administration d’une société particulière. Le comité, soit directement, soit par
l'intermédiaire d’un de ses membres auquel sont délégués
des pouvoirs spéciaux, s'occupe des affaires administratives et commerciales, et n'intervient dans les affaires techniques que pour donner une direction générale à l’exploitation. Le service actif des mines est confié à des ingénieurs ayant des pouvoirs très étendus, tout en restant soumis à l'autorité du comité de direction.
Le bassin houiller est divisé en 11 inspections territoriales formant pour ainsi dire autant de mines distinctes : leurs limites ont été déterminées de telle manière que chaque champ d'exploitation soit autonome et puisse être exploité sans dépendre des voisins.
Ces 11 inspections dont chacune a une importance com-
parable à celle d’une grande mine privée, sont les suivan-
tes :
Production de l'année Nombre d'ouvriers
Noms des inspections budgétaire 1899-1900. au 1°" avril 1900. KCODDIIOZ RES 608.293 2.515 Gerhard D 1.034.263 1.253 NON Tee TES 637.850 2.482 DÜUIWELTE 888.251 3.687 Sulzbach Altenwald. . . 843.532 3.131 Reden Itsenplitz. . . . 855.063 4.157 Heinitz Dechen . . . . 1.224.753 5.334 Kôünig Kohlwald. . . . 907.829 4,334 Friedrichsthal Maybach . 996.044 4.TT4 GOtelbOTT ER 398.703 1.545 Camphausen Kreuzgräben. 115.339 3.098
Total . . . 9.169.920 39.908
A côté de ces 11 inspections, et tout à fait indépendamment d'elles, fonctionnent deux autres inspections qui relèvent immédiatement du comité de direction :
Le magasin central de Sarrebrück (Bergfaktorei Kohlwaage) qui s'occupe de tous les achats de matériaux nécessaires à l'exploitation, bois, fers, graisses, machines etc.), et les bureaux du port de Malstatt (Hafenamt Malstatt) où est concentré, sous l'autorité du Bergrath délégué aux affaires commerciales, Le service des expéditions par eau.
À la tête de chaque inspection se trouve un directeur (Kôniglicher Bergwerksdirektor), généralement un Bergrath assisté de deux ou trois ingénieurs suivant l’importance des puits et de l'extraction.
Le directeur a, dans les limites qui lui sont assignées par le budget, tous pouvoirs pour tout ce qui concerne l'extraction et la direction du personnel; c’est un chef de service dans la plus large acception du mot, responsable devant le conseil de direction comme le directeur d’une mine privée l’est devant son conseil d'administration.
Les directeurs, ainsi que tout le haut personnel de l’administration des mines, sont nommés par le ministre du commerce ; quant aux employés secondaires, tels que Obersteiger (chefs porions),Steiger(porions), Werkmeister (chefs d'ateliers) et Marckscheider (géomètres), Buchhalter (comptables), ils sont nommés par le comité de direction et sont considérés comme des fonctionnaires d'Etat, jouis-
sant des privilèges et avantages attribués en général aux W. —3
fonctionnaires ; ils sont soumis aux règles générales sur l'avancement, et ont droit, à la fin de leur carrière à des pensions d'invalidité ou de vieillesse. Ils ne peuvent être révoqués que dans certains cas et dans les formes prévues par la loi.
Les autres employés secondaires, surveillants, stagiaires etc., sont engagés au mois par les directeurs des inspections et ne jouissent d'aucune des garanties accordées aux fonctionnaires. [ls peuvent être congédiés sans indemnité si leurs services ont cessé de plaire et n’ont droit à la fin de leur carrière, à aucune autre pension que celles prévues par les lois générales de l'Empire.
Au 1% avril 1900 on comptait pour les 11 inspections, le magasin central et le port de Malstatt, 12 directeurs, 18 inspecteurs, 18 géomètres, 12 comptables et secrétaires, b4 employés supérieurs de 1r° classe, 63 employés supérieurs de 2e classe, 525 employés moyens et 126 employés inférieurs,tous fonctionnaires payés sur des crédits prévus au budget : il y avait en plus 220 employés secondaires au mois.
Tout ce nombreux personnel, qui assure Le fonctionnement des services des mines royales, est recruté presque exclusivement dans le pays même parmi les éléments les plus instruits de la population minière. Contrairement à ce qui se passe le plus souvent en France et en Belgique, on exige de la part des contre-maîtres, une instruction technique relativement très développée ; les chefs
porions (Obersteiger,Fahrsteiger),les porions (Steiger),ont
tous été obligés de suivre les cours, et de subir avec succès les examens, soit de l'Ecole des Mines (Bergschule) de Sarrebrück, soit des écoles préparatoires (Bergvorschule) de Louisenthal, Sulzbach, ou Neunkirchen. Ce développement de l'instruction, qui est très général en Prusse, a pour effet d'élever le niveau intellectuel et moral du personnel, mais parait avoir quelquefois pour effet de détourner les contre-maitres des petits détails d'exploitation et d’en faire des « messieurs » un peu trop tentés de jouer au fonctionnaire.
La rémunération des agents de toute nature est assez large, sauf celle des directeurs dont les appointements ne sont pas en rapport avec la lourde responsabilité qui leur incombe.
En 1899 les traitements et appointements des divers fonctionnaires des mines royales, s’élevaient, non compris le logement et le chauffage fournis gratuitement, aux
chiffres suivants :
Traitements des fonctionnaires et agents des mines royales.
7. à : Architectes, ins- Inspecteurs Président de Directeurs Directeurs pecteurs FD Sénat
la direction 4e dl. 2 cl. des machines l'exploitation
9300 marks 4200 à 6000 3600 à 4200 3600 à 4800 3000 à 2600 2400 à 3600
HE 2 Commis Employés Employés Employés Secrétaires et employés aux écritures supérieurs moyens inférieurs 1650 à 3309 4500 à 2200 1800 à 2800 1800 à 2800 900 à 1500
Considérée dans son ensemble, l'administration des mines est dotée d’une forte organisation qui lui permet de
concourir dans le domaine industriel avec les entreprises
privées les mieux dirigées. Nous devons constater que, malgré les habitudes d'autorité inhérentes à la race, malgré ce qu'on appelle le caporalisme prussien, l'administration est très décentralisée ; Les responsabilités sont bien définies, une large initiative est laissée aux agents d’exécution.
Les directeurs des inspections, sont, sous l'autorité de la direction générale de Sarrebrück, les maitres absolus, mais responsables de leur inspection ; leur autonomie est infiniment plus grande que celle des ingénieurs en chefde bien des compagnies particulières. Le personnel qui Les seconde est discipliné, et profondément attaché à la mine.
C'est grâce à cette solide organisation que l'État prussien, gérant le plus grand domaine minier du monde, est arrivé à de brillants résultats, malgré les difficultés inhérentes à toute exploitation d'État.
Il est à remarquer d’ailleurs, que si la direction des mines ne relève que du ministre du commerce, elle n’en est pas moins soumise, comme les mines privées, à la surveillance des autorités minières, chargées du contrôle administratif de la région.
Règlements, enquêtes sur accidents, relations entre le fonds et le tréfonds sont assujettis aux règles appliquées aux industries privées ; aucune faveur n'est faite à l'Etat, qui doit se soumettre aux mêmes formalités que les particuliers. Le tout puissant président de la direction de Sarrebrück est obligé de se conformer aux injonctions de «L'Oberberghauptmann » de Bonn, tout comme un simple
petit exploitant.
Cette assimilation complète des exploitations fiscales aux industries privées, cette surveillance de l'Etat par l'Etat, a eu pour effet de pousser les directeurs des inspections dans la voie du progrès. Pendant longtemps les installations des mines étaient restées assez médiocres ; grâce au monopole de fait, la direction n'était pas obligée de soigner la qualité de son charbon pour lequel elle trouvait toujours preneur ; mais depuis une dizaine d'années, de grandes transformations ont été entreprises ; tous les perfectionnements de l’art des mines ont été appliqués, et les mines fiscales sont presque aussi bien outillées que les mines les mieux installées des districts voisins.
nous suffira de rappeler qu’en 1899, il y avait 18 sièges d'extraction comprenant 200 puits et exigeant pour
les travaux souterrains 156 machines de 30.466 chevaux ;
Pour les travaux du jour 82 » 6.662 »
Pourlafabrication ducoke20 » 1497 »
Pour des emplois divers 40 » 12.258 »
Au total, 298 machines d’une force de 50.513 chevaux. Quel chemin parcouru depuis le temps des comtes de Sarrebrück et les timides essais de l'administration des
domaines du gouvernement de Napoléon !
L'extraction de quantités si considérables de houille, exige une main-d'œuvre abondante.
À la fin de 1900, les mines royales employaient plus de 40.000 ouvriers, faisant vivre une population de plus de 150.000 personnes. Cette population ouvrière s’est formée peu à peu sans introduction d'éléments étrangers; les paysans de la région sont venus travailler aux mines où ils trouvaient des salaires plus rémunérateurs qu'aux champs. La direction les a attirés par des avantages de toute nature : maisons ouvrières, soins médicaux, caisses de retraite, caisses d'accidents, etc. Aujourd’hui encore, bien que Le personnel soit à peine suffisant pour faire face à l'augmentation tant réclamée de La production, la direction se refuse à recruter des ouvriers au loin et préfère retarder le développement de ses mines afin de se limiter aux ouvriers du pays.
Pour la direction de ce personnel considérable, les règles les plus simples ont été adoptées, et les méthodes de l’industrie privée strictement appliquées. Pas de commissionnement comme dans les grandes compagnies de
chemins de fer français, pas de nominations par le minis-
tre ou le préfet comme pour le personnel des travaux publics, ou de la ville de Paris.
Le chef de chaque inspection, Bergwerksdirektor, embauche ou congédie son personnel sans en référer à la direction de Sarrebrück. Comme dans les entreprises privées, les ouvriers mineurs travaillent à la tâche aussi
souvent que possible, et sans minimum de salaire.