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I 3 . — TRAM^^■AYS

L'exploitation des tramways a spécialement provoqué, pendant les dernières années, l'action des autorités locales ansriaises. Elle y a pris en vinçt-trois années, de 1882 à 190o, « un formidable essor ». En 190o, il y avait dans tout le Royaume-Uni 174 entreprises municipales, avec 1.39') milles de lignes, contre 141) compagnies privées, avec 721 milles; au 31 mars 1906, il y avait 195 réseaux municipaux, et seulement 140 réseaux privés, dont 1U4 en exploitation. En Angleterre seulement, de rapides progrès ont fait passer les entreprises publiques, entre 1894 et 1906, de 3 à 123 (2). Londres exploite depuis 1894 une partie de ses réseaux de tramways, ainsi que le service de la navigation sur la Tamise. Le i?roupe des tramways du sud de Londres, s'étendant sur llu kilomètres,

il) Ces deux décrets n'ont pas été promulgués, à ma connaissance du moins, au Journal officiel. Ils sont mentionnés dans le Bulletin municipal officiel de la ville de Paris.

i2) Enquête de la Xational citic fédération. — André Blsst, p. 172-173. — Le Municipal year book donne d'ailleurs les chiffres pour chaque année. — V. aussi, pour les années anté-

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est exploité directement par le Conseil du comté, auquel il appartient.

En dehors de l'Angleterre, la ville de Tunis a racheté ses tramways au cours d'une concession qui n'expirait que le 21 juin 1955. La ville a pris possession de tout le réseau le 31 décembre 1901 (1).

L'exploitation des tramways est ég^alement municipale dans au moins 10 villes suisses : Baie, Berne, Bienne, Genève, Lucerne (qui régit aussi, outre les tramways urbains, le tramway de Lucerne à Kriens), Lugano, qui exploite le chemin de fer funiculaire Luo'ano-Gare, Saint-Gall, Schaffhouse, Winterthur, Zurich (2).

En Allemagne, il existait, en 1908, 43 réseaux de tramways ou petits chemins de fer municipaux, notamment à Brème, Cologne, où la rémunération du capital est de 5 0/0, Francfort-sur-le-Mein, où elle atteint 9,47 0/0, Dresde, Dùsseldorf, Mayence, Metz, Munich, où le réseau est de 58 kilomètres,

rieures, Lucien Petit, p. 468; — L. Roger, p. 92; — Gau- CHERON, p. 177 et s.

(1) V. à cet ëi^ard deux arrêts de la Cour d'Alçer, 27 avril 4904 et 2 juillet 1906, Panel, franc, pér., d906, 2, 362, et Circulaire n.P 585 du Comité central de V Union des tramways de France (Paris, Jo, rue de Madrid).

(2) « Les tramways de Saint-Gall, dit ^L Emm. Kuhne, appartiennent à la ville, à laquelle ils ont coûté 1.093.000 fr., ceux de Zurich sont devenus propriété communale le l^^" janvier 189? pour le prix de 1.790.000 fr. ; enfin en 4899 un vote des électeurs de Berne a également municipalisé les tram\vays de cette localité. » — Cf. Edgard Milhaud, 1, p. 41. — André BussY, p. 295 et s. — Annuaire financier suisse, 4908, p. 138 et suiv. et 460.

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Nuremberof, Kunissberg-, où l'entreprise municipale de tramways est parmi les plus anciennes : elle remonte à 1895, etc. Dans lo de ces 43 villes allemandes, à côté des tramways municipaux, il existe des tramways exploités par des compagnies. Berlin n'a encore qu'un chemin de fer électrique municipal d'environ 11 kilomètres, mais la municipalité étudie actuellement l'établissement d'un réseau communal beaucoup plus développé. En attendant, les tramways électriques sont gérés par une société par actions dont les actions sont entre les mains de la ville (1).

A Vienne l'exploitation communale est entrée en vigueur sur tout le réseau de tramways de la ville et s'est même étendue aux omnibus viennois. On rencontre des entreprises municipales de tramways même en Russie, à Saint-Pétersbourg.

La plupart des tramways municipaux sont électriques, et quand la ville produit elle-même son élec-

(i) André Bussv, p. 232-233. L"auteur (ionoe la liste des 43 réseaux municipaux allemands, avec des détails sur la longueur des lignes, les associations des municipalités par l'exploitation, etc.

Voici d'ailleurs la liste des 43 villes allemandes exploitant des tramways en régie directe :

Allenstein, Augsbourg, Barmen, Berlin, Bielfeld, Bonn, Breslau, Carlsruhe, Chemnitz, Colmar, Cologne, Coepenick, Crefeld, Darmstadt, Dorlmund, Dresde, Dûssel^lorf, Flensbourg, Francfort-sur-le-Mein, Fribourtr en Brisçrau, Mùnich- Gladbach, Graudenz^ Hamm, Koenigsbero-, Ludwis^shafen-surle-Rhin, Lûbeck, Mayence, Mannheim, Metz, Mulheim-sur-le- Rhin, Munich, Xeunkirchen, Nuremberg, Oberhausen, Offenbach, Osnabruck, Pirmasens, Rheydt, Solingen, Trêves, Voelklingen (Sarre).

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tricilé, elle la fournit à ses tramways. Si elle construit en même temps des habitations à bon marché et aménage des jardins ouvriers dans des quartiers excentriques, on est alors en présence de trois entreprises municipales qui se tiennent par les liens les plus étroits. Il convient d'ajouter aussi que, si la législation positive du pays le permet, les communes sont souvent associées ou tout au moins concluent des ententes pour l'exploitation de tramways ou petits chemins de fer rayonnant sur le territoire de plusieurs d'entre elles.

Cependant il faut reconnaître que la gestion directe par les villes des transports en commun est moins pratiquée que la gestion directe des autres services publics dans les États de l'Europe continentale, et qu'elle n'existe pas du tout aux Etats-Unis d'Amérique. Même en Ans'leterre, le service des transports en commun a été le plus lent à se municipahser.

Les motifs de cette réserve sont d'abord les entraves qui peuvent provenir des législations positives ou de l'interprétation qu'on en donne. En France, le Conseil d'État interprète la loi de telle façon que la municipalisation des tramways est encore à faire. A part ceci, elle se heurte à des obstacles naturels ou économiques. Les villes peuvent hésiter devant la complication particulière d'une entreprise de ce genre, soit d'après sa nature même, soit d'après les circonstances : les pro2:rès techniques en matière de transports ont fait transformer la traction animale en traction à vapeur, ou électrique, ce qui a nécessité des études, des essais, des changements de matériel, et aussi des dépenses parfois considérables. Ensuite une affaire de

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transports en commun intéresse souvent plusieurs localités et n'a de raison d'être que si elle s'étend sur kurs territoires respectifs. Des ententes communales ont été réalisées en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, mais elles ne sont pas possibles d'après la loi belge par exemple, ce qui explique que la concession soit le seul régime en vigueur en Belgique (1 ). La ville de Liège seule est propriétaire d'une partie de ses lignes de tramways, mais elle ne les exploite pas en régie directe. La nécessité d'une action collective a donc pu retarder l'évolution pour cette catégorie de services publics. Dans les pays neufs, où la loi n'apporte aucune entrave, les autorités locales, de Xouvelle-Zélande par exemple, se signalent par leur initiative. Enfin les accaparements des trusts et syndicats financiers peut avoir une influence déterminante. AuxÉtals-L'nis,les services de tramways, monopolisés par des trusts financiers puissants, ne sont pas encore municipalisés à l'heure actuelle. On ne peut citer que des exceptions infimes (2).

(1) Ernest Brees, p, 286. On ne peut concevoir dans la pratique, dit cet auteur, une entreprise de tramways établie exclusivement sur le territoire d'une commune centrale et s'arrêtant aux confins de celle-ci. Il suffît de considérer, par exemple, l'extraordinaire enchevêtrement formé par les communes de l'aççlomération bruxelloise pour se convaincre qu'une pareille entreprise serait irréalisable.

(2) Le professeur Frank Parsons, commissaire de l'enquête américaine de la National civic fédération, cite quatre cas de municipalisation, dont deux temporaires : un tramway municipal à Monroe, fonctionnant depuis le l^raoùt 1906, et un autre petit réseau à Guelph, exploité à raison des réclamations du public et de la failure de la compagnie concession-

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I 4. — Autres entreprises diverses

Les villes qui ont pris la charge dopérations commerciales ou industrielles sont nombreuses et réparties sans distinction dans les divers pays civilisés. Il faut noter toutefois que la municipalisation est peu ou relativement peu développée en France et en Belo'ique, et d'autre part dans les pays arriérés. Il est regrettable d'avoir à classer notre pays, qui a été si souvent à la tête de la civilisation, et aussi la Belgique, dans la même catégorie que les nations les moins « évoluées ». Aux Etats-Unis d'Amérique, la municipalisation est retardée par une cause spéciale, l'esprit de corruption qui règne dans toutes les administrations. Les pays de l'Europe centrale et l'Angleterre donnent au contraire l'exemple de l'initiative communale la plus intense.

Il convient de remarquer aussi que les services faisant l'objet de la régie directe sont de la nature la plus diverse et se rapportent à toute sorte d'objets. Les municipalités qui les ont assumés n'ont obéi à

naire. — Un tramway sur le pont de Brooklyn a été exploité en commun pendant quelques temps par les cités de Ne\v- York et de Brooklyn, puis finalement affermé au chemin de fer aérien, pour que les voyageurs n'aient pas à changer de voiture après la traversée du pont. Enfin Toronto, .qui concède ses tramways sous la réserve d'un contrôle public très lari^e, a exploité le réseau d'une façon intérimaire entre deux concessions. Introduction générale à Vexamen des entreprises de tramways, dans la publication de l'Enquête américaine, t. I, p. 119, note 6.

aucun plan préconçu et se sont dirigées indilTéremment vers toutes les opérations dont l'exploitation leur semblait avantag-euse à différents points de vue. On peut donc passer en revue, sans classification rigoureuse, tous les cas de municipal trading. Le désordre apparent de l'énumération ci-dessous est rimase même de la réalité.

La construction de maisons ouvrières a fait Tobjet des préoccupations de nombreuses villes. La plupart des villes anglaises ont abordé <.< la lutte sociale contre le logis malsain ( 1 1 )^. Les grandes cités spécialement, Londres, Birmingham, Liverpool, Glasiî'ow, Edimbourir, Huddersfîeld, Aberdeen, etc., ont construit elles-mêmes et exploitent en régie des maisons ouvrières, des gavden-cities, des logements pour les classes pauvres. Birmingliam et Liverpool ont ainsi détruit un grand nombre de looements anti-hygiéniques. En 1901, Gl villes anglaises déjà avaient construit des logements ouvriers. Le Conseil de comté de Londres, avait, au début de 1906, affecté oOO.OOO^ ou 12. .500. 000 fr. à Tédification de 6.800 logements occupés par 36.000 personnes. A la fin de 1905, Glasgow était propriétaire de maisons ouvrières réparties en 40 sTOupes, contenant 1.990 logements et abritant 12.000 personnes (2).

En Allemagne, certaines villes ont construit elles-

(li Paul Pir., p. -4. — R. BovERAT, p. 286.

(2) Paul Pic, p. 5-6. A Glasgow des logements de deux pièces sont loués à des prix variant de 11 £ 11 à 13 ^ 10 par an ; des loiçements de trois pièces sont loués 19 i. 15. Ces prix sont d'ailleurs nets de toute taxe ou impOt.

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mêmes des maisons ouvrières, comme Strasbourg. D'autres encouragent les constructeurs par divers moyens, dégrèvements d'impôts, subventions ou prêts aux sociétés coopératives de construction, concessions de terrains, souscriptions d'actions ou obligations, cautionnements d'emprunts, etc. Francfort a souscrit 2.Û00 actions de 1.000 fr. émises par une coopérative; Diisseldorf, Hambourg, etc., ont employé des moyens similaires (1).

En Belgique, la ville de Gand a souscrit la majeure partie des actions d'une coopérative de construction. Saint-Gilles et Bruxelles exploitent en régie des habitations ouvrières, de même que Milan, en Italie, qui a voté en 1906 4 millions à cet effet. Venise avait construit en 1907 trente groupes de maisons abritant 1.700 personnes. En Suisse, en Danemark, en Xorvèo'e on trouve des faits analogues {2).

En France, la ville de Lyon régit des immeubles de rapport dans un quartier neuf, le quartier Grôlée. Le système d'exploitation est la régie intéressée. Il ne s'ai2;it pas de logements ouvriers, et l'entreprise n'a pas un caractère social ; c'est une entreprise « productive ».

Les assurances n'ont pas été laissées de côté, bien qu'elles aient moins tenté les villes que les grands services publics. Le service de l'assurance contre l'incendie est entrepris en Allemagne par de grandes villes comme : Berlin, Hambourg, Breslau, ou par des syndicats de communes. Certaines caisses publiques

(1) Pa\il Pic, p. 8. - Fochiek. p. 193.

(2) Paul Pic, p. 9-10.

d'assurances ont même un monopole il). En Suisse, un certain nombre de cantons possèdent leurs institutions d'assurances, et la ville de Genève a fait étudier d'une façon très approfondie un projet consistant à ajouter Tassurance-incendie aux services qu'elle régit déjà. Mais somme toute, les exemples à citer sont encore peu nombreux pour la branche assurances.

La municipalisation des services publics a reçu partout une extension vraiment surprenante. En Portugal, Lisbonne, en Espagne. Pampelune, ont des boulangeries municipales. En Italie, il existe des boucheries, des pharmacies, des blanchisseries municipales. Les boulangeries municipales y sont nombreuses ; on peut en signaler notamment à Crémone, Livourne, Mantoue, Palerme, Pise, Ravenne (2;. La ville de Gatane en a exploité une de 1904 à 1907, mais elle a du y renoncer, parce qu'elle en avait fait une œuvre non seulement socialiste, mais politique, perdant ainsi complètement de vue le caractère « productif » ou même social de l'entreprise (3). Ln grand nombre de cités italiennes ont municipalisé l'affichage, à la fois pour faire une bonne atfaire et pour sauvegarder les droits de l'art et aussi les intérêts des particuliers qui demandent des affiches. Les affiches ordinaires placardées par les agences étaient déplorablement exécutées, et il était reconnu que les

(1) Maurice Bourguin, Annexe viii.

(2) Maurice Bourguin. Annexe vm,

(3) Sur l'audacieuse initiative de Catane pour la fabrication du pain, V. Gaucherox, p. 104 et s., avec l'indication de la bibliographie italienne, et Pierre Maus, La boulangerie municipale de Catane, 1907.

affiches artistiques et chères n'étaient jamais toutes collées ou même qu'elles disparaissaient bientôt sous d'autres ; les clients des agences étaient, trompés sur le nombre et la durée des réclames. Bologne et Livourne ont donné l'exemple de la municipalisation, suivi par ^lilan, qui décida en juin 1907 le rachat du service d'affichage, et, par une trentaine d'autres villes, entre autres Rome, la capitale elle-même (1). La loi du 29 mars 1903 sur la municipalisation des services publics a incité les municipalités à agir : c'est le législateur lui-même qui les a poussées dans la voie de l'industrialisme. Non seulement il les a autorisées à aborder le commerce ou l'industrie et il a réglementé leurs opérations, mais il a en quelque sorte stimulé leur activité. Il convient toutefois de faire une réserve sur certaines dispositions restrictives de la loi et qui seront étudiées plus loin (2).

La Suisse à son tour s'est résolument engagée dans le même mouvement, avec une méthode, une volonté et une netteté de vues remarquables. Gomme on l'a constaté plus haut, une série de communes ont des tramways municipaux, et, presque toutes se sont approprié les entreprises d'eau, de gaz, d'électricité,

(1) Alessandro Schiavi, Za )'égie directe de l'affichage à Milan, dans les Annales de la i^égie directe^ i909, p. 90. Les villes italiennes qui ont municipalisé l'affichao-e sont: Ancône, Bellune, Biella, Bologne. Cagiiari, Chiavari, Chieti, Fermo, Fossano, Gènes, Imola, Lecco, Legnano, Livourne, Lucera, Mantoue, Milan, Modène, Parme, Pignerol, Rimini, Rome, Savone, Schio, Sienne, Terni, Trani, Trévise, V^arese, Vérone, Voghera.

(2) V. Troisième partie, chap. ii.

de forces motrices. A Zurich, la municipalisation a même iras^né l'exercice de la médecine. La ville fait depuis 1905 Texpérience d'un service médical municipalisé. Chaque habitant paie une taxe annuelle de 4 fr. oO, qui produit un fonds de oUO.OuO francs, avec lesquels on rétribue 40 médecins à 12.om0 francs pour soio'ner tout le monde e-ratuitement. <( Tous les Ziirichois sont dans la situation des membres d'une société de secours mutuels, qui consacrerait ses fonds à payer les frais de maladie de ses adliérents (1) ».

Genève rivalise avec Zurich et a accompli une œuvre municipalisatrice de premier ordre : la ville a créé elle-même, de toutes pièces, son service des eaux et des forces motrices électriques, et elle s'est substituée à des compagnies dans l'exploitation des services d'éclairage et de chauffage par le gaz et d'éclairage électrique (2). Le bâtiment des forces motrices municipales de Zurich compte .5.200. 8o0 mètres cubes d"eau et 9.470.248 mètres cubes d'eau de source par jour (3). La distribution d'énergie électrique pour l'éclairage et les besoins industriels est un ser\ice naturellement indiqué pour la municipalisation ; en France, la ville de Grenoble l'a pris en régie directe en 1905(4).

Les villes allemandes et certaines villes belles font preuve d'une éçrale activité, qui frappe même les

(1) André Mater, p. 591.

(2) Edçar Milh\ud. i, p. il. — Achard, p. 489 et s.

i3) Jean Sigg, Le travail dans les services industriels de la ville de Zurich, dans les Annales de la régie directe, 1909, p. 12. (4) H. Capitanï, p. 119 et s.

Les Régies municipales. 3

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littérateurs, les voyageurs, comme M. Jules Huiet, n'ayant pas pour objectif spécial les recherches d'économie politique ou sociale. (( A Cologne, dit M. Huret, comme dans toutes les villes ayant le souci de leurs habitants, l'eau, le gaz, l'électricité, les tramways, les bains sont exploités par la ville ellemême. Le prix de toutes ces choses utiles a énormément diminué depuis la mise en régie.. Et cependant on fait encore des bénéfices, et de gros. Les bains par exemple rapportent 23.000 francs au budget et les prix y sont d'un étonnant bon marché (1) ».

En Belgique, les entreprises municipalisées sont peu nombreuses, mais quelques villes, Bruxelles et Gand notamment, les ont adoptées d'une façon très large. Bruxelles a exploité pendant quelques années, à partir de 1846, une boulangerie communale. Plus tard elle a fait des prêts sur constructions et est devenue propriétaire d'un domaine immobilier important, composé de maisons de rapport, dont la valeur est d'environ 30.000.000 francs (2j.Elle exploite trois grandes régies, des eaux, du gaz et de l'électricité ; enfin, elle fournit de l'eau aux communes voisines. Bruxelles et les trois grandes villes suisses, Genève, Zurich et Baie, peuvent être comparées aux grandes villes anglaises comme centres de municipalisation.

La ville de Vienne, sans les égaler, a racheté les movens de communication, tramwavs et omnibus,

(j) Jales Huret, Rhin et Westphalie, p. 177.

(i) Ernest Brees, pp. 369-370. — Du même : L'orientation nouvelle des réf^ies communales, dans la Revue économique internationale, mars 1907,

ainsi que les moyens d'éclairaue, gaz pour certains quartiers et électricité. Elle a réalisé aussi d'autres réformes pour lesquelles n'existait aucun précédent : entreprise en rég'ie des inhumations, exploitation d'une brasserie municipale. Elle projette enfin la mise en régie directe de la fabrication du ciment dont elle a besoin pour divers grands travaux et la construction de chemins de fer souterrains municipaux (1). Elle deviendra ainsi dans l'avenir un centre important de municipalisation.

L'évolution a même eragné de très petites communes, tant en France qu'à l'étrang-er. Chez nous, on peut citer les entreprises communales de Yport (1.479 habitants), Villeneuve-la-Guyard (1.608 habitants), Hozoy-en-Brie (1.300 habitants), l'adduction et la distribution d'eau potable par quatre petites communes svndiquées du département de l'Ardèche, ne réunissant ensemble que 2.20U habitants : Darbres, Lussas, Laviiledieu et Saint-tiermain. La réussite de ces entreprises démontre que la municipalisation n'exige ni de grands capitaux, ni le milieu d'une agglomération importante.

Mais, c'est l'Angleterre qui tient toujours la tète dans cette évolution de la production. Toutes les grandes villes industrielles anglaises ont, depuis quarante ans et surtout depuis dix ans, résolument assumé la direction de leurs services publics, grâce à l'esprit libéral des pouvoirs publics et en particulier du Par-

di Les Annales de la régie directe, J909, p. 30. — Rodolphe Broda, Le socialisme municipal à Vienne, dans les Documents du Progrès. 1909, p. 551.

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lement qui leur a accordé toutes les facilités législatives. Elles se sont faites agriculteurs, menuisiers, imprimeurs ; elles fabriquent du savon, des fourneaux et autres appareils de chauffage, des briques, des vêtements, des dynamos; elles ont abordé l'industrie hôtelière; elles ont des régies pour les docks, pour les bains et lavoirs municipaux, œuvre d'intérêt de premier ordre tant au point de vue hygiénique qu'au point de vue financier et sur laquelle les renseignements abondent aujourd'hui (1). D'autres ont des parcs, des marchés, produisent des denrées alimentaires, l'huile, la glace artificielle ; quelques-unes cultivent des légumes, et même des fleurs comme Glasgow, ou élèvent des animaux domestiques qu'elles vendent comme de simples marchands. Colchester exploite des huitrières avec un profit annuel de 3.000 *. La municipalisation anglaise se glisse dans les branches les plus imprévues de la production : la direction de brasseries, l'exploitation des bains de mer, — comme à Douvres, — même la loca-

(1) R. BovERAT, p. 333 et s. L'auteur donne les renseignements les plus intéressants, recueillis à la suite d'une enquête personnelle, sur les bains et lavoirs publics exploités directement par les autorités locales anglaises. — V. aussi les documents officiels publiés annuellement par certaines^ cités, notamment : Report of ihe bath and wash-houses Comniittee de la ville de Manchester. La ville a de nombreux établissements de bains, dont le plus ancien est de 1856 et le plus récent de 1906; elle accorde de fortes réductions de prix ou même la gratuité aux élèves des écoles, aux pompiers, aux agents de police ; les établissements sont munis des derniers perfectionnements et agrémentés de dressing rooms^coffee-rooms, etc. Le Comité de direction y oro^anise le water-polo^ y donne des fêles, swimming galas, où des spectateurs sont admis, etc.

lion de magasins frigorifiques pour la viande, même l'utilisation des ordures ménag"ères et le commerce des sous-produits qui en sont extraits. Nelson a créé une usine pour l'incinération des immondices ; Leeds et Saint-Helens fabriquent du mortier et des pavés avec les résidus d'usines du même «enre (1). En Angleterre les cimetières sont considérés, à raison des revenus considérables qu'ils procurent aux corporations, comme rentrant dans les entreprises du municipal trading. Des laiteries municipales débitent du lait stérilisé, ce qui diminue le taux de la mortalité infantile, et peut arrêter le développement de la tuberculose (2). Brighton et Doncaster possèdent des champs de course qui leur rapportent annuellement' de 2.000 à 3.000 5. Brig^hton et Southborou^-hontdes théâtres municipaux (3>. D'autres ont municipalisé l'assurance mutuelle contre l'incendie, par exemple Brig'hton, Glasgow, Rochdale, Soutbampon, Walsall, ou la distribution de l'énergie hydraulique, ainsi Birming-ham, Glasg'ow, Manchester ; d'après la loi anglaise, les autorités locales ont le droit d'établir et d'exploiter des téléphones, et elles en usent, notam-

(1) Enquête parlementaire de 1900 sur la niunicipalisation des services publics en Angleterre ; Ernest Brees^ p. 421 et s., notamment p. 467 et p. 486.

i2) Le Municipal year book pour 1908 fait connaître les localités qui ont établi des dépôts municipaux de lait stérilisé, avec l'année de la fondation : Ashton-under-Lvne (1902), Battersea (1903). Bradford (1904), Burnley (1906), Dukinfield (de 1901 à 1903 seulementi, Lambeth (1903), Liverpool ^901), Saint-Helens (1900), Woohvich (1907).

(3) R. BovERAT, p. 383.

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ment Glaso;-ow, Gaeniesey, Portsmouth. Il faudrait des pa^es et des pages pour énumérer toutes les entreprises que les villes anglaises ont fait entrer dans leur domaine. Certaines deviennent ainsi des centres d'exploitation collective, «. faisant pénétrer plus de communauté dans nos sociétés individualistes et leur donnant une physionomie nouvelle (1) ». Manchester et Glasgow, les deux grandes Ailles industrielles, sont peut-être les plus curieux « laboratoires de municipalisation. » Glasgow possédait en 1903 des maisons municipales, 13 bains, 481 magasins municipaux, la régie du gaz, des eaux, des tramways, du téléphone, etc. Ce n'est pas seulement la ville la plus peuplée après Londres et la plus industrielle du Royaume- Uni : c'est un véritable champ d'expérience, a Une telle municipalité, a-t-on dit fort justement, devient une organisation économique plus qu'une administration politique ». — « C'est la cité modèle », a-t-on dit encore (2) .

I 5. — Associations de communes ; exploitation

DANS LES communes VOISINES, SOUSCRIPTIONS d'aC-

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