‹ L'exploration collective des services publicsChapitre 81 sur 108 · INFLUENCE POLITIOUE DU PERSONNEL · texte numérisé non relu

INFLUENCE POLITIOUE DU PERSONNEL

Des adversaires irréductibles de la municipalisation ont été jusqu'à réclamer la suppression du droit électoral pour les salariés communaux. Dans l'enquête parlementaire anslaise de 1903, M. Andrew Noble, président d'une grande société privée, proposait de leur enlever leurs droits de vote, afin de les empêcher d'influencer les élections (i).

L'examen de leur influence électorale a été fait avec le plus grand soin par la Com.mission d'enquête américaine de la yational civic fédération. Les conclusions auxquelles il a conduit ne sont pas aussi pessimistes qu'on a voulu le faire croire. Déjà, dans l'enquête anglaise de 1900, la Commission parlementaire avait abordé le problème, et les réponses les plus contradictoires lui avaient été faites. Certains témoins, Lord Avebury en tête, avaient dénoncé l'action des salariés des municipalités sur les élections locales, mais d'autres, occupant des fonctions municipales et au moins aussi nombreux, ont apporté des appréciations absolument opposées.

Ici encore il faut voir les faits. Or en fait on n'a jamais signalé aucun cas de pression électorale de la part des agents et employés des régies, sauf en Amérique. Il faut mettre complètement à part, dans cette discussion, les choses surprenantes qui se passent aux Etats-L'nis. Que les services publics y soient e-érés par les corporations locales ou par des concessionnaires, la situation est toujours la même. La politique domine tout. Elle inspire le personnel municipal et le personnel des compagnies, elle dirige les

(il Ernest Brees, pp. 362 et 503.

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chefs de services, les ouvriers et les employés. Tous sont membres d'organisations politiques, et, après les élections, les vainqueurs se partao-ent les dépouilles des vaincus. Les places dans les compagnies, qu'on le remarque, font partie des dépouilles tout aussi bien que les places dans les services municipaux. L'influence politique des travailleurs aux Etats-Unis est certaine, mais c'est l'influence des travailleurs en §-énéral, et non pas des travailleurs municipaux. L'existence ou la non-existence des rég-ies n'a rien à voir avec le régime. Comme le dit le professeur Cabiati, dans un pareil système l'étude de l'économie municipale en Amérique est bien simplifiée.

Si alors on table sur les données des pays d'Europe, on ne constate rien de semblable. A Birmingham, où il y a 3.000 salariés municipaux, à Glasgow, où il V en a 6.500 sur 132.000 électeurs, aucun scandale ne s'est jamais produit. En Belg^ique, les inconvénients ne se sont pas manifestés davantag-e. Nul fait caractérisé n'a été allégué ; ce sont toujours d'après des opinions et des hypothèses que l'on raisonne. Mais il ne suffît pas d'estimer, de croire ou de supposer : il faut prendre les faits tels qu'ils sont et construire des théories sur la réafîté, non sur l'imagination.

La proposition de supprimer le droit de vote aux employés des régies ne mérite donc pas la discussion. Elle est ridicule parce que logiquement elle devrait être étendue à une foule d'autres personnes payées sur le budi^ret des communes, et même sur le budget de l'Etat ; on ne voit plus où l'on s'arrêterait. Elle est dégradante pour l'individu et contraire moralement à

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