SYMBOLISME DES TABLEAUX
Telles sont, dans leur ensemble, les peintures décorant la cour et l’hyposlyle de ce temple de Ramsès II, si différentes de celles que nous montrent les tableaux thébains. Amon n’apparaît qu’une seule fois, et ce fait est d’autant plus extraordinaire, qu’à Thèbes et à Abydos, c’est lui qu’on retrouve partout et toujours. Par contre, tous les dieux du nord soudain rentrent en scène; Toum, Halhor, Iousàas sont qualifiés de seigneurs et de régentes de An, et ce qualificatifprend avec ces dernières la tournure Henti-
nou-An indiquée au début de cet essai.
Il n’y a donc pas à en douter, ce fait de la présence d’un temple antique, où se retrouvent les divinités d’Héliopolis, respectées en raison des considérations dogmatiques que l’on sait, dans l'enceinte de la ville commémorative d’Antinoë ne saurait être un pur hasard, et montre au contraire une intention évidente ; et quelle serait-elle, sinon ce désir de retrouver en les dieux et déesses de An, des protecteurs attitrés d’Antinoüs? On ne saurait trop le répéter, ce temple de Ramsès II est l’unique exemple d’un sanctuaire consacré aux divinités du Delta, à l’époque de la toute-puissance thébaine, le seul, où ce soit uniquement de Toum, de Phtah, de Sekhet, d’Hathor-Xehmat et d'Iousàas que Ramsès reçoive l’investiture divine et la délégation des pouvoirs stabiliteurs et rénovateurs.
L’on a vu plus haut l’importance qu’il convient d’attacher h la présence des scènes du souten don et du nouter rer hotep , se détachant au milieu des cérémonies du culte des morts, que souligne la présence des figures de Sokhar-Assar, seigneur du sarcophage ; d’Isis, d’Horus, de Thot, de Toum, d’Anhour et de Khépra. Au haut des tableaux, c’est toujours le disque habitant de Houd , le soleil de la région mystérieuse qui éclaire la scène; alors que dans les temples où les dieux de lumière tels que Horus et Horkhouti conservent leur rôle de dieux des vivants, c’est Xekheb qui plane sur la tête dupharaon, pour « mettre l’influence derrière lui». Enfin, il n’est pas jusqu’aux accessoires qui ne trahissent, eux aussi, cette destination funèbre. Les autels ont la forme de ceux que, dans les chapelles des hypogées, on retrouve à l’heure où l’office des morts est célébré; et les offrandes sont celles qu’on voit figurées sur la table servant au banquet du Ann. G. 7
Double , avec ie souhait « qu’il goûte en paix ! >.« souhait qui figure ici sur l’un des tableaux.
Ainsi s’établissent d une manière indéniable ces faits; le temple de Ramsès II, bâti dans le site où tant de siècles plus tard s’éleva Anlinoë, était un temple funéraire. Les dieux, pour des raisons toutes spéciales, étaient ceux de la Basse Égypte, et particulièrement de Ân — Ifeliopolis. — Le titre de régente d’Iléliopolis, Henti-nou-Ân , porté par les déesses prêtait à un jeu de mots, dont il est aisé de saisir les conséquences, et le soin apporté par les derniers souverains romains à l’embellir, prouve qu au cœur de la ville hadrienne, il n’avait pas un instant cessé d’être entouré d’une particulière vénération.
Contentons-nous pour l’instant de cette constatation qui, à elle seule, a son importance. Le temple où furent célébrés les mystères institués en 1 honneur d’Antinoüs ne fut autre qu’une basilique funéraire bâtie par Ramsès II, et en pleine période de la suprématie del’Amon thébain, dédiée aux divinités d’Héliopolis.