ESPÈCE BOVINE
L'espèce bovine indigène a été fort mal représentée *au concour». Il importait cependant aux cultivateurs de répondre à l'appel fait par la Société d'agriculture, et toute exhibition, môme passable, leur eût mérité des éloges.
On sait dans quel état de pauvreté, de misère et de décrépitude, la gent bovine s'est offerte aux courageux pionniers qui sont venus après nos soldats civiliser et rendre féconde cette terre, que de longs siècles de barbarie avaient rendue stérile et malsaine.
Né d'acoouplements de hasard, privé d'abris et souvent de nourriture, abandonné à toutes les influences contraires de l'atmosphère, le bœuf ne pouvait être que piètre travailleur. Mais qu'importait à l'Arabe, tous ses travaux de culture consistant à gratter la surface du sol, un auxiliaire plus puissant et plus habile ne l'eût pas mieux servi.
Quant à sa valeur alimentaire, si on se rappelle le fanatisme des champions de l'Islam, on comprendra
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qu'elle devait être nulle conformément aux préceptes ci-après : « Usez^ dit l'envoyé de Dieu, usez du lait et du beurre mais prenez garde de manger beaucoup de viande bovine. Le lait donne aliment, le beurre médicament, la chair donn6 maladie. » (*)
Tout était donc à refaire dans cette race, maison sait combien sont pénibles et difficiles les premiers travaux de défrichement ; il fallut donc tout d'abord s'occuper du sol et remettre à plus tard les améliorations.
A mesure que les cultures se sont perfeciionnées et que la population européenne a progressé, la nécessité . d'un bétail plus puissant et d'un rendement plus avantageux s'est fait sentir; malheureusement, Texemple est contagieux, et bon nombre de nos cultivateurs, oubliant que le bétail ne peut constituer une source sérieuse de revenusqu'à l'aide d'une alimentation abondante, de soins attentifs et par une surveillance sévère dans les accouplements, ont imité l'Arabe dans sa méthode dé production.
Les bœufs sont restés chez bon nombre de colons abandonnés aux seules ressources de la nature. Tout au plus leur a-t-on donné un abri ou parc destiné plutôt à les préserver de l'atteinte des voleurs que des intempéries des saisons.
Pour ceux-là, les améliorations ont été nulles, et si, malheureusement, dans ces dernières années, l'Algérie a dû puiser en France et au Maroc pour parfaire aux besoins de sa consommation, c'est uniquement à ce genre d'élevage qu'il faut rattribuer.
Cependant, notre Colonie possède tous les éléments de prospérité désirables. Malgré la négligence des Arabes, une famille est restée belle et pure, et peut, si on sait en prendre soin, donner bons travailleurs et bon rendement à la boucherie. Le bœuf de Guelma possède des aptitudes remarquables qui, favorisées par un appatronnement judicieux, nous permettraient de relever notre race algérienne. Produit dans le bassin de la Seybouse riche en plantes légumineuses, il y prend de bonne heure une vigoureuse puissance cor-
(*) Naceri. D' Perron.
"porelle et, à l'âge adulte, il se présente avec les caractères suivants : Taille l'"25à l^éO, squelette solidement charpenté sans être trop volumineux, poitrine profonde descendant près déterre ; garrot épais, région lombaire bien soutenue, le train de derrière assez riche et bien nourri. Il eSt rustique, bon travailleur et, sous Tinâuence de peu de soins, il prend facilement chair et
Quelques cultivateurs intelligents l'ont mis à l'épreuve et en ont retiré bon travail et sérieux bénéfices. Sa nature robuste le rend très résistant à la fatigue et, point capital à signaler, à toutes les causes morbifiques-
C'est donc sur cette famille que doivent se porter tous les efforts des colons qui veulent s'adonner à la production du bétail. Grâce à une sélection bien entendue, c'est-à-dire à un choix raisonné des géniteurs, ils pourront arriver, presque sans déboursés, à la production de -sujets de haut mérite, qui permettront à r Algérie nôn-sealement de suffire à sa consommation, mais encore de fournir à la France une partie du bétail qui lui manque et qu'elle est forcée d'aller prendre à l'étranger.
C'est là le vœu le plus cher que nous puissions for- • mer pour l'avenir de ce pa^s.
Les beaux types de race croisée qui ont figuré à l'Exposition ont déterminé la Commission des^ récompenses à sortir des limites fixées parle programme.
MM. Arlès-Dufour et Lescanne, notamment, ont prouvé ce que peuvent Tintelligence et des soins judicieux sur des sujets importés dans un paya oflrant des conditions climatériques bien différentes de celui pour lequel ils avaient été créés.
En parlant de Tespèce chevaline, nous avons dit que l'homme ne pouvait se mettre en lutte avec les iollaences de milieu ; s'il est impuissant à les détruire, il peut cependant, par la force de son intelligence, les affaiblir ou les faire tourner à son avantage.
Nous ferons remarquer, en outre, qu'il n'existe pas cde comparaison entre l'espèce chevaline et l'espèce
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t)ovine) parce que ce sontdes types distincts. Dans h première ce que l'on recherche, c'est la richesse du sang et la vigueur ; dans l'autre ce que l'on s'efforce de faire préàoîûiner c'est la lymphe et une heureuse disposition à prendre promptement chair et graisse.
Les considérations qui ont pousse bon nombre d'éleveurs à recourir au croisement, c'est, nous Tavons dit, l'abâtardissement de la -race bovine algérienne. La majeure partie ne sont arrivés qu'à des insuccès, parce qu'ils ont allié deux races trop opposées par leur na,ture ; que, de plus, ils n'ont pas secondé Tinfluence amélioratrice du père par un choix raisonné des mères, par une hygiène sévère et bien entendue et, enfin, parce qu'ils ont oublié que le métissage est une iBuvre de longue haleine qui exige une grande persévérance , et que ce n'est ni à la première ni à la deuxième génération que les produits mâles, quelque r^arquables qu'ils puissent paraître, obtiennent une valeur comme géniteurs ; ils ont oublié, ou peut-être même ignoré, qu'en dehors de l'hérédité, ïlysL l'atavisme qui ramène souvent après plusieurs générations le^ produit» au point de départ.
Le nombre de ceux qui ont persévéré dan^ le croisement est restreint ; et il est reconnu aujourd'hui qu'il ne saurait être mis en pratique par des débutants. Cette tâche est réservée à des hommes possédant à la fois des connaissances zootechniques très étendues et des exploitations rurales perfectionnées. C'est donc aux agriculteurs avancés qu'il appartient seulement de tenter semblable entreprise. Quoi qu'il en soit, on doit se féliciter dès heureux résultats obtenus par MM. Arlès-Dufour et Lescanne.
Ils ont réalisé en Algérie ce progrès, qui est celui que poursuivent aujourd'hui tous les pays avancés en agriculture ; produire en quelques mois un sumonum de développement que les races arriérées ne produisent que difficitement après plusieurs années.
Ainsi, M. Arlès-Dufour est parvenu à produire en 26 mois un sujet pesant 609 kilogrammes, et en 16 moi»
des sujets de 436, 387 et 370 kîl. grâce au croisement des Charolais avec la vache de Guelma, alors que par les soins les plus minutieux on peut à peine atteindre le poids de400 kil. à l'âge de 5'ou 6 ans avec le Guelma pur.
M. Arlès-Dufour élève à Tétable, c'est-à-dire en stabulation permanente, les sujets qu'il destine à la boucherie ; les génisses et les mères sont élevées à la stabulation mixte.
M. Leacanne, de regrettée mémoire, a procédé également par le croisement du Charolais avec le Guelma. Depuis une douzaine d'années, trois étalons introduits ont transformé la race du pays en très beaux sujets qui* vivent au dehors toute la journée et ne restent à Tétable que la nuit et durant les mauvaisjours. Quoique soumis à ce genre d'élevage, qu'on peut appeler mixte, les sujets ont acquis une grande valeur.
M. Herran, qui a dirigé les premières opérations de ces croisements, nous a assuré que la vache de Guelma reçoit l'impression du Charolais d'une façon remarquable et que, dès les premiers croisements, il a obtenu des sujets qui, à trois ans, ont atteint le poids de 380 et 400 kil. Ils sont également remarquables par leur rusticité.
Ces résultats sont bien faits pour tenter, car ils dépassent ce que nous pouvons espérer de notre race locale. Qu'on ne l'ignore^ pas- cependant, ce sont des opérations qui exigent beaucoup de savoir ; et de ce qu'elles ont réussi entre les mains de MM. Arlès-Dufour et Herran, deux agronomes distingjiés, il ne faut pas en inférer que pareille œuvre sera possible entre les mains de ceux qui n'ont pour tout avoir que la volonté de bien faire. Pour ceux-là, lé parti le plus sage^ et assurément celui qui offre le moins de déceptions, c'est l!appareillement judicieux die sujets de race de Guelma.