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ESPÈCE OVINE

î^'espèce ovine a fait complètement défaut, A vr^i

dire, elle est tout entière entre les mains des indigène?»^ Il est regrettable, vu le chiffre sans cesse croissant de nos exportations, que les Européens se désintéressent de cette production d'une manière aussi absolue.

Toutefois l'importance considérable de la population ovine, nous oblige à passer rapidement en revue son histoire et & dire quelques mots des améliorations dont elle est susceptible.

Au moment de la conquête, l'Algérie possédait une espèce ovine abâtardie par toutes les vicissitudes de la vie nomade. Comme de nos jours, les Arabes n'avaient ni les premières notions de l'hygiène, ni la connaissance des lois les plus élémentaires qui doivent présider à Télevage rationel du mouton.

Dans de pareilles conditions,, il était difficile dé retro.uver ici les traces de l'ancienne race mérmos qui,' d'après les traditions historiques, doit être originaire des côtes de l'Afrique septentrionale.

Les laines algériennes étaient alors absorbées par les besoins primitifs de la population arabe ; mais, depuis cette époque, les conditions économiques de la production et de la consommation se sont singulièrement modifiées. Lïndnstrie européenne est venue nous demander cette matière première et n'a trouvé ici que laines grossières, sèches, jarreuses, etc., impropres à la confection des draps, nouveautés, etc..

Cette matière première, toute grossière qu'elle était, a néanmoins été recherchée par certaines industries en raison du prix avili sous lequel elle s'est présentée sur nos marchés.

Alors, le besoin déplus en plus pressant de laines intermédiaires décida le Çrouvernement général à rechercher les moyens d'améliorer nos races indigènes pour les mettre en concordance avec les nécessités de l'industrie métropolitaine.

Le premier mode d'amélioration tenté dans le cercle deLagouath, en 1854, fut la sélection, c'est-à-dire l'amélioration de la race indigène par elle-même ; mais l'expérience démontra bientôt que ce mode d'amélioration, qui nécessite un choix raisonné des reproduc-

teurs, un graûd esprit de suite et d'observation était tout-à-fait impraticable chez la plupart des éleveurs européens et à plus forte raison chez les Arabes ; il fallut donc recourir au croisement ; deux ans plus tard, un premier lot de béliera mérinos nous arrivait de France-

Nous devons à l'obligeance de notre honorable collègue, M. Durand, la plupart des documents qui ont été écrits sur cette- intéressante question. De ces documents, il résulte que l'honnenr des premières tentatives d'amélioration revient à la Société d agriculture d'Alger et à l'un de ses présidents, M. Bernis, vétérinaire principal de T armée.

Or, l'expérience a pleinement confirmé toutes les données qui avaient été fournies par les sommités agricoles et ma^nufacturières, et l'on a pu se convaincre par les types présentés à TExposition que des sujets nés d'animaux importés depuis 15 à 20 ans n'ont perdu aucune de leurs qualités originelles^

Les bêtes métisses, née» et éleVées en pays- arabe, sont aussi sobres et aussi rustiques que les bêtes indigènes ; possèdent, et c'est là un fait capital, des qualités de lainage et de conformation qui nous donnent la mesure de ce que l'Algérie pourrait produire si ce genre d'amélioration y était généralisé.

Le» chiffres suivants, au reste, sont assez éloquents pour nous dispenser de tout commentaire. Une toison métisse-mérinos pèse, en moyenne, de 2 kil. à 2 kil. 500 grammes en suint, tandis que la toison arabe pèse , 1 kil. 50tt grammes. La laine métisse se vend 200 à 250 francs le quintal, quand la laine arabe vaut 140 àl50fr.

Malheureusement, cette question du métissage, quia pour l'Algérie une importance considérable, pêche par sa base. Ce n'est pas avec les moyens insignifiants mis en jeu jusqu'à ce jour que l'on peut prétendre à une amélioration de quelque importance ; ce n'est pas. non plus avec quelques toisons améliorées, par-ci par-là, que Ton peut espérer attirer le véritable commerce de Métropole.

ïl nous faudrait, pour faire un pas sérieux dans cet ordre d'idées, avoir au moins une bergerie par province , ou sinon , un établissement central pouvant mettre chaque année un millier de béliers étalons à la disposition des éleveurs, ainsi que l'avait proposé M. le Maréchal de Mac-Mahon dans son discours d ouverture du Conseil supérieur le P' octobre 1869.

En présence d'une population ovine aussi considérable que celle de l'Algérie, quel peut être le rôle d'une bergerie comme celle de Ben-Chicao, à qui Texiguité de ses ressources ne permet d'entretenir qu'un nombre excessivement limité de sujets ? Hélas ! .... le rôle d'une goutte d'eau douce dans l'Océan.

Cependant, en présence des appréciations élogieuses (rapport du 3 mai 1865 et du 25 juillet 1867) faites par la Société industrielle d'Elboeuf à la suite de plusieurs essais d'échantillons de toisons métisses, nous devons tormuler le désir de voir la Chambre de commerce d'Alger s'emparer de la question et solliciter du Gouvernement général la mise à exécution du vœu exprimé par M. le Maréchal de Mac-Mahon en 1869.

L'Etat entretient tous les ans à grands frais plus de 500 étalons pour la conservation et Tamélioration de notre espèce chevaline. Quels motifs s'opposent à ce quil fasse quelques sacrifices pour l'amélioration d'une espèce qui se chiffre -par millions et dont l'importancecommerciale s'accroîtrait considérablement si elle était en mesure de satisfaire les desiderata de nos villes^ manufacturières ?

ESPÈCE CAPRINE

De très beaux sujets de race maltaise ont figuré àt-. l'Exposition. Ces animaux donnent par jour de 3 à 4 litres de lait, utilisé pour la consommation de notre^ ville. Malgré leur abondante production laitière, leur état de santé est remarquable, preuve^ évidente queleur sécrétion lactée n'est pas surexcitée et que ces animaux reçoivent, en. oompensî^ioa de^ produits^

qsu'ils fournissent à notre population,., une alimentation suffisamment répa.ratrice .

La race maltaise appartient à la catégorie des chèvres communes ; elle est précieuse auprès des grands centres en raison de ses propriétésTSitières ; mais là se bornent ses avantages.

La race d'Angora était représentée par un troupeau provenant de la ferme de Ben-Chicao et par un très beau sujet mâle appartenant à M. St.-Albii^, propriétaire à Aïn-Sultan.

La quantité considérable de Sujets de race caprine commune, qui peuplent le désert et les, coteaux arides du Sud où nos grands run^nant» et le mouton lui-même; ne sauraient vivre, nous engage à envisager lesavantages que la France pourrait retirer delà transformation de la chèvre commune en chèvre d'Angora.

Et d'abord, cela est-il possible ? (iui^ car la chèvre d'Angora ne réclame pas plus de soins que la chèvre commune.

Parlant de son pays d'origine, M. Huard du Plessis nous dit : « La patrie des chèvres d'Angora est un pays aride et sec, à èt% chaud, à hiver très froid et avec une atmosphère toujours excessivement sèche ; l'hiver ne dure que trois ou q^uatre mois, durant lesquels le froid est assez vif pour descendre à 20** audessous de zéro ; ce n'est que lorsque le thermomètre descend à 10^ centigrades, qu'on rentre les chèvres h la bergerie; elles passent tout le reste de l'année dehors, au pâturage qui est très sec, parce qu'il ne tombe pendant Tété ni pluie, ni rosée.

» Les vents y sont aussi conununs que violents et causent de fréquentes maladies de poitrine aux chèvres qui y sont constamment exposées, parce qu'elles se tiennent toujours dé préférence sur les collines et qu'elles évitent avec le plus grand soin les plaines, les vallées, ainsi que le voisinage des forêts. »

On trouvera sans doute, qu'il y a un grand rapprochement entre ce climat et celui de notre région saharienne.

Relativement aux swjets qui ont figuré à TExposi-^

tion, M. Durand s'exprime ainsi : « Ces animaux se aont parfaitement acclimatés en Alg'érie, c'est un point qui ne laisse aucun doute; ils y vivent et ils y prospèrent tout aussi facilement que les bêtes indigènes, et nous pouvons affirmer qu'ils n'ont perdu aucune de leurs belles qualités depuis leur importation rjiu remonte à 15 ans.

Ce point étant résolu, envisageons la valeur des toisons. Celle de la chèvre commune est, on le sait, n ]teu près nulle ; celles des Angoras atteint le prix miiiimun de 3 à 5 francs.

Laissons encore une fois la plume à M. Huard du Plessis: « L'exportation annuelle des laines brutr^s d'Angora atteint un million de kilogrammes valant 5 iiùllions de francs, avec lesquels on produit seulement 500.000 kilogrammes de filés, parce qu'à la filature il y a 50 p. *»/o de déchet ; mais ces iîlés représentent ime valeurd'au moins 7 maillions de francs, puisque les pLu3 fins valent 21 francs le kilogramme, tandis qu'on lie paie que 7 francs les plus grossiers. De ces 500.000 kilogrammes défilés, il en faut la moitié pour Amiens, i[ui tisse avec eux 25.000 pièces de velours d'Utreclit ; le reste est employé à Houbaix, Eibœuf et ailleurs à hi confection de camelots et de diverses étoffes h la mode. »

Mais ce n'est pas tout: la consommation de la laine angora va en s'étendant sans cesse, tandis que sa production reste stationnaire ; aussi, il ne faut pat* r^ étonner, nous dit M. Huard du Plessis, si sa valeur ii augmenté en dix ans de 3 à 6 francs le kilogramme.

Il nous reste à considérer la valeur de la chair qui, on le sait, est précieuse pour les indigènes. Oi% ici taicore, l'avantage est à l'Angora, sa chair étant ]ï1us tiiie et plus abondante que celle de la chèvre commune.

La chèvre d'Angora est mauvaise laitière, c'est son cùté faible ; or le métissage, que seul on peut avoir eu Mie, pourrait peut-être pallier ce défaut.

Envisageons donc les résultats du croisement. Une

îatéressante lettre de M. Ûurand h M. Geoffroy Saint- Hilaire nous fournit les données suivantes :

« Le premier croisement donne une toison plus garnie, plus fourrée, et, d'une manière à peu près certaine, la couleur blanche de la race d'Angora, couleur avantageuse* pour les pays chauds.

» Au deuxième croisement, la toison se tasse, le poil arabe disparaît en grande partie, mais la mèche de l'Angora ne ff'est point encore formée. Ce deuxième métissage donne à l'animal un manteau protecteur de la plus grande utilité pour la saison d'hiver. -

» Après le troisième croisement, les caractères de la race d'Angora se dessinent entièrement ; il faut avoh' l'habitude de ces animaux pour ne pas confondre le métis avec là race pure. Il n'existe guère de la toison arabe qu'une ligne de poils blancs rudes sur le dos suivant la colonne vertébrale.

^) Le quatrième croisement ne laisse à peu près aucune trace de race indigène. »

Ainsi donc, la chèvre commune reçoit facilement l'impression de l'Angora et se transforme promptement sous cette influence ; d'un autre côté, la race amélioratrice se montre tout aussi rustique.

En présence de ces faits, n'est -on pas porté à concevoir de sérieuses espérances sur les conséquences de ces alliances?

Et n'y aurait-il pas lieu de faire quelques tentatives dan& le but de les voir se réaliser, mais des tentatives sérieuses à base plus large, plus étendue que celles tentées depuis 1859 et continuées jusqu'à nos jours?...

C'est à la Chambre de commerce que nous transmettons CCS réflexions. A elle de juger s'il ne vaut pas mieux solliciter du Gouvernement uneftbrt sérieux sur les résultats que lessiii tenté par le Maréchal Eandon permet de considérer comme concluants, ou bien s il est préférable de laisser la France solder annuellement à l'Angleterre les 7 à 10 millions qu'elle paie pour les filés d'Angora nécessaires à son industrie.

ESPÈCE POEOINE

Une des plus utiles conquêtes que l'homme ait j armais faites, est celle du sanglier, autrement dit du porc domestique, a avancé Toussenel.

Cette manière de voir, paraîtra peut-être exagérée ; et cependant, si Ton réfléchit à Tinportance que présentent, pour i'économie animale et l'alimentation de l'homme, la viande et la graisse de porc, on reconnaîtra qu'il y a, dans la domestication du sanglier, des avantages considérables, notamment pour les classes, agricoles.

Chacun sait la prohibition dont est frappée la chair du porc chez les .Israélites et les Arabes ; inutile donc d'avancer que tout ce qui a été fait pour cette espèce date de la conquête et que^ si le chiffre des importations en viandes salées et graisses tend tout les jours à diminuer, c'est uniquement à l'initiative des producteurs européens qu'il fkut Tattribu^r,

La Société d'agriculture était donc bien fondée en ouvrant les portes de son Exposition aux animaux de cette espèce.

Son but n*a pas été complètement atteint ; c'est probablement, comme nous le disions pour l'espèce bovine, parce que nous sommes encore dans la période des tâtonnements, peut-être prolongée par la rareté des concours.

Ne sont-ce pas, en effet, les concours régionaux qui ont fait faire les plus grands pas à la France agricole ?

Les sujets présentés appartenaient aux races anglochinoise, anglaise et française. Mais est-ce à Tînfluence du climat^ aux mauvais soins ou à la nature même des sujets qu'il faut l'attribuer ? aucun d'eux n'a présenté des caractère» assez méritants pour être récompensés.

Sans vouloir condamner les efforts ^d'importation et d'acclimatation qui ont été tentés,^nous croyons pouvoir avancer que nous ne comprenons pas la nécessité d'aller puiser dans l'Inde ou en Angleterre une race

^méUoratrice (toute de graisse), alors que nous avons à quelques lieues de notre frontière une race fort estimée, rustique et apte à l'engraissement.

La race noire de Malte ou napolitaine est très .répandue dans les îles de la Méditerranée ; ses caractères sotit les suivants : .

Crâne dolichocéphale ;*protubérance occipitale élevée ; front aplati, en losange ; physionomie sauvage; oreilles droites et pointues ; sœil petit et peu ouvert ; soies presque entièrement noires, quelquefois d'un toux foncé; col court, épais; corps ample et allongé ; membres fins, un peu élevés, surtout ceux du train ^postérieur.

Les éleveurs de l'Algérie auraient tout avantage à faire choix de cette race à Texelusion de toute autre. C'est elle qui alimente nos abattoirs, et nous pouvons avancer qu'elle donne une chair ferme et de boniie qualité. Tandis que les races anglaise et asiatique pochent par le manque de rusticité et la qualité infé- >Tieure deja chair et du lard.

L'anal3aème dont Moïse /et Mahomet ont frappé le

porc, sous rinculpation d'agent impur, provocateur

de la lèpre, pourTvait peut-être effrayer les habitant»

: de nos campagnes ; il nous appartient donc de dire un

mot de cette prohibition.

Qu'était-ce que la lèpre?

Une affection cutanée simple, ou bien une altération générale du sang avec répercussion sur la peau.

La question paraît toute tranchée, quand on lit les descriptions qui ont été faites de cette hideuse altération, et on est en droit d'avancer que les ulcères rongeants et les tumeurs carcinomateuses qui couvraient le corps des lépreux, étaient symptomatiques d'une altération générale du sang, résultant d'un défaut <;omplet d'hygiène, de la saleté, de l'indigence et des privations, peut-être aussi, de mœurs déréglées et dissolues et non le résultat pur et simple de l'ingestion de viande de porc.

L'histoire vient confirmer nos dires. Tandis que des

îneaures prohibitives, revêtant un caractère religieut, étaient édictées chez les Arabes et les juifs contre Tusage du cochon, les Gaulois, les Romains et les Grec» confectionnaient les plats les plus succulents à l'aide de sa chair: et cependant, jamais il n'a été fait mention de la lèpre chez ces différents peuples. Depuis ■ lors, Tusage s'est établi dans toute l'Europe et, mieux que toute dissertation, il résout cette question.

Mais si la chair de porc ae peut être considérée comme l'agent provocateur de la lèpre, il faut cependant reconnaître qu'elle peut donner lieu à deux maladies d'une certaine gravité i la Trichinose et le Tœnia. Il ne nous appartient pas de faire ici l'étud^ de ces deux affections, nous dirons seulement qu'on les prévient l°en surveillant la nourriture des sujets ; 2® en ne leur donnant jamais de substances animales suspectes ; 3<* en tenant toujours leurs étables dans un grand état d^ propreté.

Ceci dit, que la population agricole, imitant M. Julien Stevan (de la Bouzaréah), qui a présenté à la Commission un sujet de 15 mois pesant 209 kilogrammes, comprenne qu'elle peut tirer du porc un rendement avantageux ; et le chiffre des importations en viandes salées qui, de 1,120,819 kilogrammes qu'il était en 1840, est descendu à 532,922 kilogrammes en 1875, pourra bientôt se réduire à néant ; de plus, la population y gagnera une alimentation riche, substantielle et variée.

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