‹ L'exposition d'Alger, 1876Chapitre 18 sur 64 · LAPINS · texte numérisé non relu

LAPINS

Deux types distincts ont figuré à notre Exposition.

Un producteur de viande, de fort belle apparence sans doute, mais sur lequel nous ne pouvons rien dire, parce que le lapin est de tous les animaux domestiques <;elui dont la chair se ressent le plus des influences de milieu. Bien nourri et logé dans de vastes clapiers secs, sa chair acquiert une saveur agréable ; nourri de détritus et de mauvaises plantes, elle devient fade et prend souvent mauvaise odeur.

L'autre, dit lapin riche ou argenté, producteur de fourrure d'une grande valeur commerciale, que les pelletiers recherchent en raison de sa ressemblance avec le petit-gris^ écureuil assez rare des régions septentrionales.

Cette dernière variété» été présentée par M. Rattier, qui nous a communiqué à son sujet les données suivantes :

Le lapin ric/i<? ou argr^nfé serait, d'après Bréhen et M. Gerbe, originaire des montagnes de l'Asie, et surtout des monts Himalaya ; ces auteurs en font une race distincte de la race russe.

» Le lapin argenté, disent-ils, est plus grand que le lapin ordinaire, et d'un gris bleu à reflets foncés ou argentés, avec le bout du museau, les oreilles, les extrémités des pattes et la queue d'un noir argenté assez foncé.

» Cette belle espèce se reproduit assez bien en captivité, et Ton pourrait tenter sa multiplication dans les parcs si Ton avait le soin de détruire les lapins ordinaires qui s'y trouvent, ou seulement de n'en laisser qu'un très petit nombre, afin de diminuer les chances de croisement.

» Est-ce bien cette race sauvage qui, par la domestication, aurait produit celle de nos basses -cours portant le môme nom ? Tout le fait CToire, car la race domestique porte la môme robe, qui est fort recherchée à la sortie de Thiver par les pelletiers qui s'en servent pour imiter le petit-gris, fourrure de haut prix.

» La chair du lapin riche est exactement celle des autres races, bonne ou mauvaise suivant le régime ,qui.ra produite.

» Mais ce qui doit le Êdre rechercher de préférence à la race commune, c'est que sa peau s'évalue à un prix moyen de 1 fr. à 1 fr. 50 c., suivant la taille, la couleur et le sexe, alors que la peau du lapin ordinaire varie entre 5 et 15 centimes en été, automne et printemps, et entre 30 et 45 centimes à la fin de l'hiver.

» La France, en dehors de sa production personnelle, importe annuellement environ trente millions de peau?:, produisant 900,000 kilogrammes de poils. »

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet. Ce que nous venons de dire suffit pour faire comprendre que la production des animaux de basse-cour peut offrir à des personnes en quête d'un négoce facile une source certainede revenus, parce qu'en dehors des .produits précieux (plumes et poils) qu'ils fournissent au commerce, leur chair cop^tueun aliment recher:ché de digestion facile, et pouvant gubir les accomodements les plus variés que les Vatels de tous les temps ont inventés.

La gent coricocodante est la plus précieuse par ses œufs et ses poulets ; son importance est tellement grande en France, que certains industriels, dans le but de satisfaire à une consommation chaque jour plus considérable, ont inventé des couveuses artificielles., c'est-à-dire des appareils qui permettent d'arriver en 21 jours à l'éclosion des poussins sans Tinterventiou d'une poule.

Les poussins nés de cette incubation artificielle sont eaaùite placés en chambre, c'est-à-dire dans un appa-

reil en forme de cage vitrée, où les petits complètent leurdéveloppementjusqu'aujouroùils peuvent, sans danger, subjir l'influence du grand air.

Enfin, après avoir déterminé artificiellement les naissances, on pousse à l'engraissement rapide par des procédés qui augmentent considérablement la valeur des sujets dans un temps relativement court.

Les Algériens n'ont sans doute pas à se préoccuper de ces procédés artificiels de production et d'élevage, qui nécessitent de grands débouchés, mais il peuvent en inférer qu'il y a dans la production des animaux et oiseaux de basse-cour, des avantages considérables qui méritent un peu d'attention.

En terminant cette revue du monde animal auxiliaire de l'agriculture, disons que si nous n'avons pas fait le panégyrique de l'Algérie, malgré les grands progrès réalisés depuis 40 ans sur ce sol de barbarie, c'est parce que le rôle de la France étant de marcher en avant, il nous a paru plus profitable de mentionner ce qui nous reste à faire que d'exalter ce quia été fait.

CHiPITRË Y

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