CHARRUES
Ladeuxièmesection de la 4® diviâion comprend toutes les charrues; il y en avait 171 modèles différents. Il semble pourtant que cet outil, dont l'origine se perd, on peut le dire, dans les profondeurs du passé, devrait avoir depuis longtemps subi tous les perfectionnements qu'une longue expérience peut et doit produire ; îl u'en est pas ainsi, paraît-il, si on en juge par le nombre et la variété des systèmes mis en concurrence. Il est vrai que chaque nature de terrain demande un travail particulier, que chaque culture spéciale a ses exigences, que les forces dont disposent les cultivateurs varient suivant leurs moyens pécuniers, le pays où ils travaillent, les animaux qu'ils ont à leur service, et enfin, disons-le, suivant que le degré de leur intelligence les éloigne de la routine et les rapproche du progrès.
Tout en admirant les instruments perfectionnés apportés à ^Exposition par plusieurs constructeurs, . nous ne pouvons * nous empêcher de donner une opinion émise par des hommes compétents et pratiques, opinion que nous partagions déjà, et qui nous a été confirmée par Texamen comparé des divers genres de charrues : — c'est qu'entre le vieil outil à âge en bois et à soc en fer encore en usage p,ujourd'hui dans beaucoup de contrées en retard, et la charrue à roues, à levier, à âge tournant, la charrue, nous ne ^dirons pas trop perfectionnée, mais trop compliquée, se trouve une moyenne pratique au-delà de laquelle il n'existe plus que fantaisie.
Plus on multiplie les fonctions d'une machine, plus on complique ses organes, plus on lui donne de fragilité. La charrue soumise aux accidents du sol, aux eff'orts ■ irréguliers et souvent brusques des bêtes de trait, a surtout besoin d'une grande solidité. Plus elle est simple, plus elle est soliide, et plus aussi elle est facile à réparer à la campagne, loin des ouvriers spéciaux. — Il y a des charrues qu'on trouve dans
toutes les fermes de la Beauce ou de la Brie et d'autres qu'on ne trouve absolument que dans les Expositions : — nous préférons les premières.
Plusieurs constructeurs algériens ont compris la véritable construction de la charrue, et ont exposé des échantillons présentant toutes les garanties de solidité désirables ; nous citerons :
M. Dolive, de Beni-Méred (Alger), pour ses charrues araires et vigneronnes à âge en bois ou en fer.
M. François, de Beni-Méred également, pour sa charrue fixe à soc coupe-racines, sa vigneronne araire et sa vigneronne limonière. Les ateliers d'où sorten^t ces instruments simples, solides, bien compris, devaient naître au milieu de cette riche plaine de la Mitidja où ils rendent de grands services, et où ils sont appelés à prendre un important développement.
Nous mentionnerons, encore parmi les Algériens exposant dans cette section : M. Aldiguier, constructeur à rAgha.( Alger), charrue modèle Grignon avec avaîit-train et plusieurs modèles de défonceuses et fouilleuses, charrues fixes ou à bisoc ; M. Buzutil, de TAgha (Alger), qui a tenu à faire voir qu'il ne se contentait pas de faire des norias et qui a exposé aussi quelques bons échantillons de charrues de sa fabrication. *
La collection la plus complète de l'Exposition venait d.e France^ où depuis longtemps les vieilles maisons de construction ont en quelque sorte condensé tous les progrès accomplis par la science aidée de l'expérience, progrès dont la somme est. immense depuis quelques années. Telle machine construite par un seul individu effectue, en un jour, un travail équivalent à celui de trente hommes, soitenmoisson, en labour ou en battage. Cette rapidité de travail, qui permet de choisir son temps pour telle ou telle opération, est d'une grande importance en agriculture, mais elle n'est pas à la portée de tous les cultivateurs.
Les grands propriétaires, se trouvant dans des conditions convenables comme surface de sol apprécient les avantages offerts par les charrues à vapeur,
les défricheuses, les moissonneuses, les faucheuses, les batteuses, etc.
En est-il de môme pour certains petits colons français, espagnols ou maltais et surtout pour les indigènes ? — Tout en admirant les résultats obtenus, nous ne dirons pas par les machines, mais par les puissantes charrues nouvelles qui creusent la terre à une profondeur qui les étonne, ils ne renonceront pas facilement à la charrue primitive dont se servaient leurs aïeux aux temps bibliques et qui leur semble produii'e des résultats suffisants à leur courte vue. Pour qu'ils s'en détachent, il faut du temps d'abord, il faut ensuite qu'ils se rendent bien compte que, possédant moins de terre aujourd'hui qu'autrefois, ih seront forcés de la traiter plus énergiquement pour obtenir les mêmes rendements sur une plus petite surface. L'expérience lesy amène, beaucoup l'ont déjà compris, mais leur bonne volonté est souvent paralysée par le manque de ressources, ils ne peuvent pas se procurer des instruments d'un prix relativement élevé qui pourraient compenser, par un travail mieux exécuté, la réduction subie par les superficies arables.
Ils ont pu voir à l'Exposition plusieurs modèles de charrues qui rappellent celle dont ils font usage, un entre autres, présenté par MM. Billard et Chabre, d'Alger ; elle est en fer forgé, fort légère, se conduit d'une main et deux bœufs ordinaires suffisent pour produire un bon travail, grâce à la disposition des pièces qui ne laissent aucune force perdue.
Cet instrument, construit avec le plus grand soiii sur les indications d'un agronome pratique qui l'emploie et en obtient les meilleurs résultats, remplit toutes les conditions qui peuvent fixer l'attention des colons peu aisés et des indigènes. Elle est un premier pas vers le perfectionnement, c'est le premier degré de l'échelle du progrès qui, de leur chârriîe en bois, bonne tout au plus à gratter la terre, s'élève jusqu'à la charrue à vapeur. Ce premier degré leur manquait, il existe maintenant et fera entrer les petits cultivateurs dans la voie nouvelle qu3 leur offre l'industrie agricole.
byGoogk
La charrue gasconne simple, légère et peu cotUeuse, était déjà un pas important fait dans ce sens ; ses dé^ fauts Tout fait abandonner presque partout. Celle que nous signalons a Tî^vantage d'être plus solide, d,*être composée d'mi petit nombre de pièces facilement réparables par Touvrier le moins expérimenté, de permettre plus de travail en moins de temps, et enfin, considération dernière, de coûter très bon marché. C'est la charrue système Lagier.
Puisque nous avons iiommé MM. Julien Billard et G}iabre, qui avaient groupé dans une galerie spéciale tous les instruments et ou|ils des nombreuses maisons qu'ils représentent en Algérie, nous citerons pour les charrues un de leurs commettants: M. Meugniot, de Dijon (Côte-d'Or).
Le Jury, après une étude théorique du grand nombre de charrues exposées, décida qu'il serait fait des expériences afin de juger les instruments qui remplissaient le mieux toutes les conditions nécessaires pour faire un bon travail.
. Ce concours a en li^u le P' mai à la Maison-Blanche sur des terrains que des cultivateurs avaient mis gracieusement à la disposition du Jury . Le premier exposant classé a été M. Meugniot pour son ensemble de charrues. Ce résultat était prévu.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des 34 modèles dus à ce fabriquant, et répondant à toutes les conditions de bonne construction et d'usage ; nous dirons seulement que tous les instruments qui sortent de ses ateliers sont des types comme pertection de travail et comme logique au point de vue de rapplication des forces.
La maison Meixmoronde Dpmbasle, de Nancy, avait exposé 31 types de charrues ; elle porte un nom qui oblige et dont elle est digne, du reste. Nous ne pourrions que répéter à son âujet ce que nous avons dit ci-dessus, car l'ensemble de la ^ section de la 4* division était fort remarquable, non-seulement comme qu^,ntité,■ mais surtout par la qualité des charrues exiiibéçs^
Citons «neore M. Bruel, de Moulins CAllier), M. Cazot, de Mugron (Landes), M. Poitevin, de Mâcon >(SaOne-et-Loire), dont les charrues ont été fort remar- <[uées.
MM, LimozinetCie et Philibert, d'Alger, exposaient aussi quelques types de charrues dans de bonnes conditions de construction.
Nous terminerons en citant encore deux maisons de i^'rance fort redommaudables : celle de M. Renault Oouin, à St-Maur (Indre-et-Loire), et celle de M. Vernette, à Béziers. Enfin, une maison américaine, dont la succursale est au Havre, avait envoyé aussi ses produits à Alger où ils rivalisaient avec les meilleurs : ■c'est celle de MM, Waite, Burnell, Huggens et Cie.
HOUES, HEBSES ET SBMOIBS.
La 3° section comprend les herses. Ce qui nous a le plus frappé, c'est Tesprit peu pratique qui préside à ce que Ton appelle le perfectionnement dans cet outil.
La vieille herse en bois à dents de fer est encore reatée oe qu'il y a de meilleur et de plus pratique en ce genre; son effet est plus sur ; sa construction peut se faire partout et on peut la réparer sans la sortir de la cour de la ferme, tandis que toutes les hersçs à maillons sont d'un transport difficile, d'une mise en train assez longue pour peu que les chaînons s'embarrassent dans les dents par le fait d'ouvriers peu soigneux, et enfin difficiles à réparer sans le secours du forgeron.
Les herses à bâti rigide en fer nous paraissent également inférieures à celles en bois ; le» dents, quelque bien rivées qu'elles soient, se déchaussent bien plus facilement que lorsqu'elles sont tenues dans le bois sur une longueur de 0^08 à 0,10 centimètres;
Parmi les fabricants de France qui avaient exposé différents modèles de herses, «oit à bâti rigide en fer ou «n bois, soit à chaînons, nous citerons MM. Meugniot Jje Dijon ; Pilter, de Paris, représentés par MM. Julien
Billard et Cliabre ; M. Meixmofon de Dombasle, M. Bodin.
Les herses de fabrication algérienne étaient présentées par MM. Aldiguier, Buzutil, de TAgha, et François, de Beni-Méred.
Citons une herse système Howard, à bâti rigidtî, eu fer, qui faisait partie de l'Exposition de Mil. Billard et Chabre.
Nous ne dirons, rien des houes, scarilicateurs et rouleaux, la plupart des fabricants que nous venons de nommer en ont exposé des modèles dans lesquels no'is n'avons trouvé que des modifications légères à des systèmes déjà connus, mais rien de nouveau qui méritât une attention particulière.
Les semoirs sont des instruments nouveaux très contestés. Peuvent-ils remplacer le coup-d'œil, la main du semeur bien exercé? Nous pensons qu'un semoir bien conduit, sur une terre bien préparée, doit répandre la semence avec une plus grande régularité que la main de Thomme et que dans les grandes cultures cet instrument doit procurer une forte économie de maind'œuvre.
MM. Billard et Chabre avaient sous leur galerie un semoir à la volée de Pilter, qui nous a paru construit dans des conditions parfaitement raisonnées de distribution. M Magneau, d'Aix (Bouches-du-Rhône), exposait le semoir provençal, appareil très bon marché qui s'adapte sur toutes les charrues et qui en suit le travail.