TABACS
Trop- longtemps les planteurs algériens s*étaient laissé entraîner à produire beaucoup sans se préoccu^ per de la qualité de leurs tabacs qui, communs ou de variétés bâtardes, manquaient souvent de finesse, de légèreté et surtout des propriétés combustibles iudispensables pour les tabacs et les cigares à fumer. La dégénérescence des produits algériens était même arrivée à un point tel, qu'en 1860 l'Administration métropolitaine avait di\ réduire considérablement ses achats annuels en Algérie, et abandonner, après avoir lutté en vain contre la production de feuilles dépourvues d'arôme et de combustibilité, les errements administratifs suivis jusqu'à la date ci-dessus indiquée.
Heureusement une réaction, salutaire s'est produite depuis, et M. Rolland, membre de l'Institut des sciences et Directeur général des manufactures de l'Etat,» s'est empressé de reconnaître les améliorations obtenues. Dans une lettre du 24 février dernier,adressée à M. le Gouverneur général civil, il annonçait officiellement au représentant du Pouvoir exécutif en Algérie^ que les derniers résultats obtenus, et les dispositions actuelles des planteurs, autorisaient l'Administration à sortir de sa réserve antérieure et à tenter de nouveaux efforts pour améliorer la situation.
Cette lettre, précieux témoignage de sympathie envers les colons algériens, était accompagnée d'un
exemplaire de la circulaire coiitenant les instructions adressées par M. le Directeur général à ses agents en Algérie, en vue d'obtenir, à l'aide des améliorations indiquées par Texpérience dans les procédés de culture, le choix des plaut.s et les méthodes de dessication et d'emballage des produits dignes d'entrer en nombre plus considérable dans la fabrication française et étrangère.
Une décirtion antérieure du Ministre des finances, en date du 8 décembre 1815, avait d'ailleurs fixé à trois millions de kilogrammes la quantité de tabac que l'Administration était autorisée k acheter en Algérie sur la récolte de 1876, et arrêté comme suit les prix afférents à chaque qualité :
. Tabacs en feuilles, P® qualité, 150 fr, le quint&l; 2* qualité, 120 fr,; 3® qualité, 90 fr.; non marchands mais combustibles, de60 à 30 fr. ; une allocation de 10 fr- par quintal est, en outre, allouée aux tabacs surchoix.
Nous avons trouvé d'assez nombreux échantillons de tabacs en feuilles exposés par les planteurs du département. Nous mentionnerons lets feuilles Havane cultivées par M. Firmin Dufourc ; les feuilles Havane et Maryland récoltées par M. Roussel, colon à Souk^ el-Haâd, Texhibition de M. le comte de Richement, qui nous révèle le fait, h la fois singulier et regrettable, que des feuilles de la récolte de 1875, dont les agents de l'Administration des tabacs fixaient la valeur à 30 fr. le quintal, ont été vendues 65 fr. au commerce étranger, et les résultats d'intéressants essais de culture dus à M, Mares, Mais l'exhibition la plus complète est, à coup sur, celle de M. Bosson, fabricant de tabacs à Alger, qui expose, bruts et fabriqués sous toutes les formes, des spécimens multiples des récoltes qu'il obtient sur sa propriété sise aux portes d'Alger, sur le territoire de la commune de Boudzaréa, au point culminant de la montagne.
Sur les 13 hectares que comporte cette propriété, 3 hectares 1/2 sont consacrés à la culture du tabac ; l'espèce adoptée par M. Bosson est le Chebli^ qualité ipdj^ène, qui donne à l'hectare un rendement moyen
de 2,500 kil. de feuilles sèches, un produit brut de de 2,000 fr. et un produit net de 1 ,200 fr. Les feuilles exposées sont remarquables par leur taille, leur belle couleur brune ou blonde et leur parfum. Quant aux produits fabriqués spécialement en vue de l'Exposition, et dans la composition desquels n'entre que le tabac récolté par M. Bosson, ils en démontrent péremptoirement les qualités combustibles, en môme temps qu'ils fournissent la preuve que les feuilles de choix sont susceptibles d'être utilisées pour la cape, fait encore contesté par quelques fabricants.
M. Bosson, dont la réputation est faite depuis longtemps, n'a pas cru devoir exposer les excellents eigares qu'il obtient en mélangeant les tabacs algériens avec des tabacs importés. Cette lacune dans la fabrication locale a été du reste comblée de la façon la plus complète par deux autres fabricants d'Alger, MM. Bakri et Mélia.
Bien de plus pittoresque que l'étalage imaginé par le premier qui, après avoir emprunté tous les matériaux de sa devaptute et de son enseigne à ses importantes usines, avait su marier de la façon la plus heureuse les paquets multicolores de cigarettes et de cigares, de manière à en composer une sorte de petit sanctuaire dédié aux fumeurs.
Quanta M.Mélia, c'est sous l'œil môme du public qu'il a voulu faire fabriquer les cigares et cigarettes vendus au profit du dépôt de mendicité. Excellente idée, car le public paraissait fort satisfait d'ôtre initié au travail que subit la feuille de tabac en quittant les mains du colon sous forme de manoque, et avant d'arriver à son nez sous forme de poudre excitante, ou à son palais sous forme de fumée odorante en cigares ou en cigarettes, voire même en carottes ; — il en faut, pour tous les goûts, tous les palais et tous les nez.
Comme MM. Bosson et Bakri et autres grands fabricants d'Alger, M. Mélia fait entrer les tabacs algériens pour une certaine proportion dans les cigares et cigarettes qu'il fabrique ; mais comme eux aussi il mélange des qualités étrangères, Java^ Palatinai,
Havane, . dont la savante combinaison permet aux manufactures algériennes de satisfaire les fumeurs le3 plus dijficiles. Les procédés matériels ont, du reste, acquis une telle perfection, que tous les cigaresexposés, bouts coupés, tordus, londrès^etc, etc., défient comme forme et comme saveur la critiquées justifient l'éloge décerné à la fabrication algérienne par les Commissaires de l'Exposition générale de Vienne, lorsqu'ils ont déclaré que l'art de préparer les tabacs était arrivé en Algérie à une perfection telle, que nulle part ailleurs on ne fabri{][uait mieux et à meilleur marché.
PRODUITS DE l'olivier é
Les fruits conservés de l'olivier, l'arbre algérien par excellence, ont fait défaut. Pas une ménagère n'a efu l'idée d'exhiber une partie des conserves qui se fçnt cependant chaque année dans la plupart des ménages et entraînent, après la cueillette., une importante arrivée, sur le marché d'Alger, des fruits de la Kabylie. Par contre^ les échantillons d'iuile sont nombreux et témoignent de progrès sérieux réalisés par les exposants dans la fabrication de ce produit, qui deviendra la source d'un commerce important d'exportation le jbur où l'excellent exemple que donnent déjà plusieurs producteurs sera gwivi par la 'masse des propriétaires d'oliviers. Bien préparées, les huiles d'olive algériennes ne le cèdent en rien aux plus renommées du midi de la France ; elles en possèdent le goût exquis et les qualités qui les font rechercher. On a pu se convaincre, en dégustant les excellents produits exposés notamment par MM. Favre et Violât, de Tizi-Ouzou ; Dumont, de Guelma ; Bernard et Martin, de Cherchell ; Tournier, d'El-Kantour ; Modeste Garro, d'Alger, etc.\ que nous ne nous livrons à aucune exagération. 11 suffirait d'un changement d'étiquette sur les flacons qui contiennent certaines de ces huiles, pour qu'on puisse les présenter comme originaires d'Aix.
Une des grandes questions est la généralisation des procédés de clarification. M. Sémont, de St-Eugène,
a exposé des échantillons d'huile clarifiée en 24 heures qui lai avaient valu une médaille d'or à la dernière Exposition d'Orau. La méthode d'ailleurs très simple qu'il emploie, paraît mériter un examen sérieux. Sans aucun doute, pénétrant, comme elle le fait chaque jour dans la Kabylie, la civilisation aura une influence sérieuse sur les procédés grossiers encore en usage chez les Kabyles ; ces derniers paraissent comprendre déjà les avantiftges que leufr assureront l'amélioration de leur outillage et un soin plus grand apporté dans la cueillette du fruit, qu^ils se contentaient naguère de gauler alors que, pour éviter les meurtrissures, il demande à être cueilli à la main,