‹ L'exposition d'Alger, 1876Chapitre 37 sur 64 · PRODUITS DE L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

PRODUITS DE L'INDUSTRIE

Commlflirton

MM. Bertrand, président; Filliaux-Dorbao, AlphandérV, Brissonnet, Jaillàrd, Monnet, Rifp, Foorrikr Jean.

AiLFky BAMIB9 CBIN Y^aÉTAL

[. le Général Chanzy ayant à parler des progrès isés par Texploitation de Talfa pendant Tannée

réalisés par Texploitation de Talfa pendant 1875, s^exprimait dé la manière suivante devant le Conseil supérieur, à l'ouverture de la dernière session (17 novembre 1875) :

« Je vous ai exposé, au mois de janvier dernier, les avantages que l'Algérie pourrait, dans un avenir prochain, retirer de Vexploitation de l'alfa qui couvre les hauts plateaux. Ces prévisions sont justifiées par

raccroissement de Texportationd-es alfas dont te chiffre, qui était de 45,000 tonnes en 1873, s'est élevé à 58,000 tonnes en 1874, et dépassera, vraisemblablement, 60,000 tonnes pour l'année courante. Les chemins àe fer projetés entre les hauts plateaux et les ports du littoral, en diminuant considérablement les frais de production et de transport, permettront aux exploitants de fournir ce textile en plus grande quantité et d'une meilleure qualité, et concourront ainsi au développement des industries qui emploient l'alfa comme matière première. »

Rien de moins exagéré que ce tableau ; rien de plus légitime que les espérances que permettent de concevoir les applications, tous les jours nouvelles, faites par l'industrie», de ce précieux textile qui croît spontanément en Algérie sur une superficie évaluée h, plus de quatre millions d'hectares.

Il suffit d'ailleurs, pour se rendre un compte exact de l'importance des débouchés assurés à cette matière première, de -constater, »d'après les statistiques commerciales anglaises,' 1° que l'Angleterre qui, déjà en 1868, consommait annuellement 95,000 tonnes d'alfa, en consomme aujourd'hui environ 125,000 tonnes ; 2^ que l'Espagne qui, en 1868, entrait pour 92,000 tonnes dans le chiffre de la consommation anglaise, n'y participe plus que pour 56,000 tonnes en moyenne ; 3** que r Algérie est le seul pays en situation de remédier à l'insuffisance de la production Ibérienue,

Parmi les alfas à l'état naturel, figurant à l'Exposition, nous avons surtout remarqué, tant à raison de la beauté des brins qu'à cause de leur contrée d'origine, ceux envoyés par M. Pérès, de Batna; nous croyons qu'il est difficile de trouver des alfas plus beaux que ceux dont les échantillons, mesurant 1°35, 1"30 et 1"20, étaient indiqués comme ayant été récoltés dans les environs d'El-Kantour, à une distance de 50 à 70 kilomètres de Batna, où ils recouvreraient une surface de 125,000 hectares encore inexploités.

Une mention aussi à ceux recueillis dans les 6eni-«

— ns ^

Ferra, à 40 kilomètres de Batna, et occupant une surface de 70,000 hectares , ainsi qu'à une autre plante de la môme famille, le drin^ mesurant 1°50 de hauteur, provenant de la tribu de Sidi-Lakdar et qui, suivant M. Pérès, se prêterait mieux serait plus facile que Palfa au dégommage.

Mais le grand intérêt de la section des alfas était, il toua les poiuts de vue, l'exhibition de M. Jus, ingénieur civil à Batna.

Bien que cet habile expérimentateur, à qui la conduite des'forages entjjeprig dans la province de Cocstantine a fiadt un nom connu de tout le nïonde savant, ne soit pas encore entré, à proprement parler, dans la période de l'exploitation industrielle, son exhibition a fourni la preuve que le problè^pie de la transformation sur place de Talfa en pâte à papier, est complètement résolu.

Or, étant donnés d'une part, lesi»es^oins sans cesse -croissants du monde industriel, -de l'autre le prix des transports, il est inutile -d'insister sur les avantages que l'Algérie retirerait de ^implantation de cette industrie nouvelle. Les écjiantillons 4e pâte exposés étaient de oute beauté, et on comprend, en essayant leur résistance, en se rendant compte de leur densité, les emplois si >yariée que TAiigleterre et l'Amérique font 4u papier.

Les in^eatîgatioos et les travaux de M. Jus n'ont . ►pas d'ailleurs porté uniquement sur l'alfa, et à côté de ia pâte tirée de cette plante^ il présentait des échantillons fournis.par la phipart des textiles produits naturellement, 0*1 par la culture, et dont la plupart sont inutilisés en AJgérie, diss, palmier-nain y déchets du lin, pailles de céréales^ etc.

Montée sur une échelle importante, l'usine projetée par M. Jus sera en état de fournir des quantités presque incommensurables de pâtes à papier propres à tous les usages.

M. Jus s'est également préoccupé, avec succès, des petits emplois dont l'alfa est susceptible. Nous ayons .trouvé dans sa vitrine des brosses de qualité supéjrieure, des i^e^rs jxtificielles, des objets en vannerie^

etc., d'un usage journalier et qui pourrai^it être livrés en gros à des prix permettant au commerce de détail de réaliser de sérieux bénéfices.

Par»un procédé qui lui est particulier, M. Jus est, en effet, arrivé à teindre en toutes nuances, d'une façon ûudtérable, les brins d'alfa et ces élégantes graminées que Tart du fleuriste ne saurait imiter*

Ajoutons qu'un peu de cendre d'alfa mêlée h quelques gouttes d'huile constitue un onguent souverain contre les brûlures, et.peut servir de base à une poudre dentifrice bien supérieure à celles que fournissent les charbons de bois. C'est sans doute là un moyen peu connu d'utiliser^ lorsqu'elles sont hors de service, les remarquables nattes que confectionnent les indigènes avec l'alfa, et qui ont valu à plusieurs des récompenses méritées.

Une autre plante croissant naturellement, et qui, pendant de longues années, a fait le désespoir des défricheurs, est le palmier nain, transforméaujourd'hui en un poduit industriel, dont la richesse peut se mesurer à l'importance sans cesse croissante prise par l'exportation du crin végétal d'Algérie.

En 1874, il a été exporté 4,534,440 kilogrammes de ce textile et 4,376 kilogrammes de feuilleis de palmier ; et encore, les marchés européens étaient-ils, durant cette période, quelque peu encombrés par suite des envois effectués pendant les années précédentes et qui avaient, en 1872, dépassé 9* millions de kilogrammes pour le crin végétal seulemeat.

Les principaux produits exposés sortaient des usi- . ne» Aversing, d'El-Affroun ; de l'usine S*^-Marguerite, à la Chiffa; de celle de Duperré, de la maison Valette, dé Douera, etc., etc.

C'est aussi avec cette feuille,, rude, filamenteuse^ et qui devient blanche comme la fibre du panama, que les indigènes font ces nattes qui garnissent leurs demeures, ces corbeilles, ces b&ta, ces éventails que l'on est heureux de trouver à si bon marché lorsqu'arrivent les chaleurs ; des spécimens de toute cettd ingénieuse vannerie figuraient dan^les galeries^

Quant h la ramîe, plante textile nouveHement importée en Algérie, où elle est peut-être encore peu connue dans ses emplois divers, elle est appelée à révolutionner la fabrication des tissus. — Les Anglais l'ont bien compris, et comme ils ne sont pas enfoncés dans la routine aussi profondément que les industriels français, il y. a longtemps déjàrqu*ils leur font concurreiïce avec des tissus dans lesquels la ramie entre pour une grande part.

Au moment de la guerre d'Amérique, alors que le manque de coton mettait en chômage la plupart de nos grandes usines, un inventeur français avait trouvé le moyen dedécortiqaer le cAimï-^ra55 ouramie, et d'en faire presqu-e de la soie par une suite d'opérations chimiques ; ilavait son usine à Gémenos, entre Marseille et Toulon, près d'Aubague. — Il avait fait filer ce textile, et des fabricants de Nîmes et de Rouen en avaient fait une étofife très belle que nous avons eue : alors entre les mains. Après de nombreuses démarches, <etlacrisecotonnière s'acceatuant de plus en plus, il .obtint du gouvernement impérial Tautorisation d'aller en Cochinchine faire couper par réquisitions deux millions de kilogrammes de c/ima-g^rass et de les faire ivenir en France par les bâtiments de l'Etat.

Mais, ce qui faisait la ruine de nombreux ouvriers et fabricants, faisait les affaires de quelques-uns, et un ministre d'alors, grand industriel normand, réputé fort économiste, qui avait probablement un stock considérable de coton à écouler avec une forte hausse, se mit en travers: l'affaire n'eut pas de snite, et l'inventeur, qui avait épuisé ses ressources, fait de» .dettes, succomba. — Il est depmis resté dans la misère.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas d'aller chercher au loin, et à grands frais, une matière inconnue, l'acclimatation de la ramie en Algérie est un fait accompli ; la culture de cette plante est facile, peu coûteuse ; sa multiplication est rapide, et son produit peut aller jusqu'à 700 fr. par hectate.

M, de Bray, infatigable propagateur de la ramie en Algérie, exposait un jeune plant dans un vase. Bien

des curieux, qui avaient entendu parler du précieux textile, 5e sont arrêtés là pour faire sa connaissance,

Un hectare contient 10,000 plants de ramie ; chaque pied, dès la deuxième année, donne en moyenne 30 tiges, soit300,O00 tiges par hectare et par coupe. Gr, ce n'est pas seulement une coupe, mais trois coupes que Ton peut faire en moyenne par année ; dans de certains terrains privilégiés on peut aller jusqu'à 4 et S coupes ; toutefois c'est là une exception sur laquelle on ne peu?t pas compter. Les tiges effeuillées, lorscju'eUes ont atteint de 1" à 1"10 de hauteur, moment oà il faut les^^ai^pe?^ pèsent en moyenue 70 grainmès ; elles atteignent ce développement en huit ou neuf semaines selon le «ol, les soins d'arrosage et de culture>

Il a été reconnu que la ramie perdait de sa *quaiité au rouissage. Elle doit être décortiquée, ce qui peut se faire grossièrement à la main> Dans ce cas, elle se vend de 750 à 800 fr. la tontie de 1.016 kilogrammes sur le marché de Londres. Décortiquée par de bonnes machines, elle se vend suria même place jusqu'à 1.200 * et 1.500 fr. la tonne^ suivant la qualité et la perfection du travail.

Colon avant tout, M. de Bray avait rejeté de son compartiment tout oe qui ne pouvait que satisfaire une vaine curiosité ; il s'était contenté d'exposer ce que l'agri-culteur algérien peut produire : après la plante, les fibres. ^— Les unes, comme celles venant de Bougie, extraites à la main ; d'autres, provenant de la décortiqueuse franco-américaine de MM. Berthet -et I>aberie, qui travaille la ramie sur le champ même de production, recevant la tige fraîchement coupée avec toutes ses feuilles, et la rendant à l'état de filasse.

Les quatre sortes de fibres produites par la machine Roland nous ont paru fort remarquables. Cette décortiqueuse traite à volonté les tiges vertes ou séchées, ce qui constitue un grand avantage pour le colon qui peut faire ce travail dans ses moments perdus ou pendant la mauvaise saison.

Une Société est en formation à Paris ; elle se propose 40yeçir en Algérie ay^ de grands capitaux: exploité^*

tous les textiles que notre belle Colonie peut produire, et Dieu sait si le nombre en est grand. — Que les colons ne se hâtent donc pas de couper leur lin au tiers de sa hauteur, ni de le faire battre par les pieds d«s chevaux; qu'ils soignent au contraire leur paille, elle leur four^ nira sans peine un surcroît de bénéfice important.

Quant au parti que Tindustrie peut tirer de laramie, il suffirait, pour s'en convaincre^ de voir les produits collectionnés et exposés par M. Numa' Bothier.

Les tissus fabriqués avec cette plante prennent admirablement la teinture : ce sont des batistes, des •espèces d'alpagas, et enfin cette jolie étoife lustrée que les Anglais nous vendent sous le nom de foulard de Chine,

Les tiges les plus grossières, celles qui sont un peu plus dures, peuvent être transformées enpâta à papier, les feuilles employées comme fourrage.

Nous ne saurions trop appeler l'attention des cultivateurs et du public sur les résultats ^obtepus par M. Bothier, qui offre d'acheter autant de toanes de ramie qu'on voudra lui en fournir, et qui «n propage la culture avec la conviction de Texpérienceetla certitude du succès.

Il y a là un grand avenir pour l'Algérie, qui peut, dans quelques années, alimenter les filatures et les fabriques de tissus de la métropole, lorsque les industriels français, lassés par la concurremce anglaise, se demanderont enfin d'où proviennent les matières avec lesquelles ces derniers font ces belles étoffes qu'ils répandent à bon marché sur toutes les places commerciales du monde, lorsque leurs intérêts, parlant plus haut que la routine, les feront entrer malgré eux dans la voie du progrès.

Si toutes les richesses minéralogiques de l'Algérie avaient ,été repré3.entées à FjExposition, ses galeries tout entières n'auraient pu y suffi!re, Malheureusement, les échantillons présentés étaient peu nombreux, et

nous avons regretté de ne pas y voir figurer une riche et complète collection comme celle que possède le Musée de TExposition permanente.

La Société métallurgique du Périgord avait envoyé une collection de ses tuyaux, dans la composition desquels entrent les minerais de fer oxydulé de Mokta, mélangés à ceux du Périgord. Les mines de Mokta sont actuellement les plus abondantes de TAlgérie et le» mieux exploitées: leurs minerais sont très riches {62**/o); ils donnent lieu à une exportation très active qui s'étendra certainement encore dans un avenir prochaki.

Des échantillons de minerais accompagnaient ces produits.

MM. Abadie et Chemin, de Batna, exposaient de forts beaux échantillons de divers minerais très riche» en métaux : — des cuivres gris, des cuivres argentifères, du plomb argentifère, du cinabre mêlé de zinc, du zinc, du plomb et du zinc mélangés. Tous ces minerais proviennent des environs de Batna, contrée excessive-' ment riche en mines qui n'attendent que des voies de communication faciles pour donner essor à une immense exploitation.

MM. Joly et C^® d'Alger, exposaient des minerais de fer oligiste et magnétique des mines de Dra-El- Kheddach et de Blad-Guitoun.

Les pierres à bâtir n'offraient que trois spécimens, très beaux du reste ; M. Crémonini exposait un échantillon d'une très belle pierre fort connue à Alger et provenant des carrières de S )umah.

Prèâ de l'entrée de l'Exposition, on se heurtait à trois blocs de pierre taillés, bouchardes, ciselés sur les arrêtes, qu'on aurait pris pour des aérolithes tombés malencontreusement du ciel; c'étaient des échantillons de pierres des environs d'Alger, et de fort belle qualité ; celle de Kaddous à le grain nu peu grossier, celle du Ruisseau est plus fine. MM. Daudet et Cie auraient dû exposer un échantillon de ces pierres dans toute la hauteur de leur banc de carrière ; on se serait mieux rendu compte des ressources que peut offrir leur emploi.

^mî V^® Giuilly et fils, plâtriers à Alger, avaiçot exposé des échantillons de plâtre de leur usine de Chatterbach, Nous avons remarqué des briques en plâtre, que nous recommandons aux constructeurs. Dans beaucoup de pays du nord de la France, et à Paris surtout, on fait avec ces carreaux de plâtre des galandages ou cloisons séparatives très solides et bien plus légères sur un plancher que celles en briques de terre de cuite. La pose en est plus rapide, elles, sont fort économiques.

L'exhibition de M. H. Martel, d'Alger, comprenait diverses fournitures de maçonnerie ; il avait aussi de forts, beaux échantillons de plâtre de provenance algérienne, de belles cheminées de marbre de très bon style, et enfin de nombreux modèles de carrelage venant de France. Nous les avons remarqués seulement pour les dessins qui sont fort heureux;, quant à la matière intitulée : granit calcaire hydrofuge, nous ne nous y arrêterons pas,, car plusieurs échantillons similaires sont exposés par d'autres fabricants, entre autres par M. Mersizzi et par M. Conston, d'Orangée. La base en est toujours du ciment mélangé avec du sable ; M. Conston dit : du silice soumis à une forte pression. Ce qui ressort pour nous de ces divers produits, qui ont entre eux une analogie frappante, etquinediflFèren't guète que par l'étiquette, c'est qu'ils sont appelés à remplacer avec avantage la faïence tiont on se sert pour le carrelage des maisons ou des édifices publics et dont l'émail est sujet à de rapides altérations.

Si les faïences sont toujours préférables à cauee de leur reflet bfillant pour les revêtements verticaux, nous pensons que les ciments, sous toutes leurs formes, sont .à recommander dans les habitations, comme carrelage, pour remplacer avec élégance d'abord, comme durée ensuite, toutes les faïences, tomettes ou pans carrés en usage en Algérie ; les prix en sont, du reste, très abordables, ce qui est avant tout une condition de sucçèp.

Citons aussi les briques de MM. Pélizari père et

fils, destinées à donner plus de cohésion h là ûiaçoli-* nerîe, en évitant les grandes épaisseurs; ces *bri- (jues se relient par des nervures sur les joints horizontaux et par des tenons et naoxtaises sur les extrémités ; dans les puits et les réseryaips^ elles peuvent être très utilement employées comme parement inté^ rieur. Suffisamment appuyé, cerclé par les terres, un seul rang de briques à plat, doit, croyons-nous, offrir une grande résistance à la poussée et mieux supporter les tassements de sol c[ui aliènent des cre- ,vassds dans tes murailles.

M* Bozzoli, $culpteur,,exposait4esoncôté:q.uel9ue» oeuvres donnant un échantillop de ce que l'on peut faire en céramique s^vec les terres d^El-Affroun. Le grain en est très tin, la cuisson très régulière et sans k moindre gerçure ; elles peuvent; se prêter à toutes les fantai^es de Tart et de la fabrication. Le vase.for^ mant le motif principal avait été malencontreusement soumis au?: inlS^uençes cristallisantes des eaux du Hamma, ce qui, au soleil, lui donnait un peu Tair d'un vase en sucre. Quant aux statuiettes»de mfl-rbre, réductions de la Madeleine de Canova,, et de Vénus de la Renaissance, elles pouvaient avantageusement lutter avec toutes celles qui, en Itialie, font les. délices des Anglais et des Américains. Leur exécution ne laissait rien à désirer au point de .vue du praticien marbrier.

C'est, croyons-nous aussi^ M. BozzoK qui avait , exposé les six colonnes et la vasque en marbre blanc qui décoraient la grande avenue d'entrée. Le travail en était fortlbeau; on y reconnaissait la ma;in habile des ouvriers italiens. Il est à regretter que l'Algérie soit tributaire de Tltalie pour les marbres qui entrent» dans la décoration de ses inonuments, quand elle en possède une immense variété, et qu'elle devrait au contraire en exporter dans le monde* entier. Il ne faut pas oublier ^ue la plupart des colonnes des-temples et des palais de l'ancienne Rome sont sorties des carrières marmoréennes de la Mauritanie. Il ne dépend que de nous

de les rouvrir àil profit de nos commerçants et de noar oruvriers.

La Compagnie des asphaltes de France (Paris) avait envoyé des échantillons de ses produits pour Carrelages et dallages. Ils sont consacrés depuis longtemps par Tusage en Europe, mais nous doutons fort qu'ils puissent donner d'aussi bons résultats sous Je prillant" soleil d'Afrique. Cependant, nous en conseillerions remploi dans les dépendances de l'intérieur, ^surtout dans leà sous-sols, les caves, les cellier», les magasii;is«

Les tray.auxen cinlent occupaient une large place à rExposition dans la partie réservée à M. Merazzi, d'Hussein-Dey.

Le spécin^en de fj^çi^dej édifié par M. Merazzi ,^ appellait l'attention îes constructeur^. Il est souvent difficile, et il serait surtout fort coi^teux pour un propriétaire demieiirant en détords des centres, de se faire construire une habitation ayant au dehors un peu d'aspect architectural. Avec le ciment comprimé, on peut s*offrir le luxe d'une ornementation aussi riche q;u'onla désire à un prix relativement bon marché. Les chambranles de fenôti:es, de portes, les entabler ments, l'es .balustrades, peuvent se faire sur. profils et dessin» déterminés, et, mis en place, remplacer la pierre non seulement comme aspect, puisqu'on peut donner aux parements le grenu que la bouchardp donne ,à la pierre/ mais aussi comme solidité .

Ces matériaux n'ont pas été,. il est vrai) soumis aiix expériences de l'écrasement ; mais ijôus connaissons des constructions extrêmement importantes faites depuis quinze ans avec des produits analogues, et dont la surface s'est conservée sous le clinjat du nord de l'Europe aussi bien ^que la pierre la plus fine et la plu* dure.

La fabrication de M. Merazzi occupe une place importante dans l'industrie algérienne ; ses «.teliers créés depuis peu isont très bien agencée et conduits avec une intelligence qui doit leur assurer le succès,

MEUBLES EN BOIS DU PAYS, GLACES, OBJETS d'aRT ET DIVERS NON CLASSÉS.

Les meubles exposés n'offraient que les rudiments les plus élémentaires de ce que cette febrication doit devenir un jour en Algérie, en raison de la qualité, de la variété et de la beauté des bois que son sol peut livrer à bon compte h Tébénisterie locale. Nous ne nous arrêterons pas au dessin, c'est une affaire de goût qui laissait un peu à désirer, et qui s'épurera à mesure que cette industrie naissante prendra de Timportance, que les fabricants auront plus d'intérêt à S'inspirer des modèles de la métropole et que les demandes des acheteurs les forceront à puiser des formes plus nettes dans la vieille école française» parisienne ' surtout, la première du monde en ce genre.

M. Brun, d'Alger, exposait une coquette table à ouvrage style Louis XV, démonstration du parti qu'on peut tirer du platane pour la construction des mejibles.

M. Still, de Blida, exhibait une riche étagère de petits meubles, de coupes, de vases, admirablement tournés dans des blocs de bois de thuya. Certaines coupes, par leur diamètre, prouvent que ces bois que l'on trouve à profusion dans beaucoup de forêts de l'Algérie, peuvent fournir à l'industrie des équarissages suffisants pour que l'ébénisterie trouve avantage à venir s'approvisionner dans nos forêts et non à demander à l'Amérique un bois que son prii^ élevé empêche d'entrer dans la fabrication courante des grands meubles de luxe.

MM. Viezet Boyoud, d'Alger, exposaient des chaises en eucalyptus, bois qui se prête admirablement aux exigences particulières de solidité et de travail que réclament ces meubles si essentiellement fragiles par destination. Le crin végétal d'Algérie remplaçait la paille et le rotin pour la garniture ; c'est une tentative heureuse que nous ne pouvons qu'encourager, comme

^atea les iaBavations qui tendant à raffranchissement commercial et industriel de la .Colonie.

M. Grinda, d'Alger, avc^t exhibé un tombeau arabe, pastiche très réussi de la vieille menuiserie indigène et de son original coloris

Un peu plus loin, souâ la galerie qui s'étendait vers le sud, M. Gibert exposait une collection de bibelots vraiment algériens qui faisaient honneur au bon goût de leur auteur. — Les carapaces de tortues y jouaient un grand rôle : • ici, elles étaient transformées en corbeilles à ouvrage dont la place est indiquée , dans les coquets boudoirs de nos élégantes mondaines; là, elles devenaient la caisse sonore d'une originale gaitare rivalisant avec la plus gracieuse et la plus caressée des guzlas espagnoles ; l'atroce araignée de mer prêtait sa carapace rugueuse et épineuse à trois pieds ^e bambous qui en faisaient un fort joli vide-poche.

Nous ne pouvons citer toutes les fantaisies auxquelles se prêtent les bambous dans l'atelier de M. <}îbert; nous dirons, pour terminer avec lui, que ses écrans en soie, brodésaux vives couleurs et de dessins tout-à-fait artistiques, ne rappelaient en rien la vulgaire fabrique de ces sortes d'objets. Il y avait là aussi un assortiment de jardinières, de corbeilles, de lanternes, capables de donner bien des tentations à la bourse.

M. Lenué, d'Alger, avait exposé des meubles d'un travail irréprochable, mais qui auraient aussi besoin de plus de correction dans le style.

Nous avons gardé un bon souvenir de TExposition de M. Inserra, d'Alger ; ses cadres de glaces peuvent rivaliser avec ceux des maisons les plus renommées de Paris et de Florence.

Près de là, une vitrine devant laquelle s'arrêtaient toutes les dames, a dû faire naître dans leur esprit beaucoup de convoitises i C'était celle de M. Bavai, préparateur de corailàLaCalle. — EUecontenait non seulement des échantillons de coraux bruts, mais, et c'était le grand attrait, des bijoux en corail d'un

goût parfait 9 montés suivant les meilleures traditions de la vieille bijouterie française.

La pêche du corail donne lieu à un grand mouvement sur la côte aux environs de La CaUe et de Bône ; malheureusement, par suite de règlements internationaux, dont il serait difficile de déterminer la raison, ce mouvement profite surtout aux pêcheurs et au commerce italiens.

En 1864, une Commission italienne-française ^ fixé à 400 fr, la patente dQS bates^ux italiens arméj^ pour la pêche du corail ; de plus^ ils entrent en franchise tout ce qui est nécessaire à la uouxriture des hommeiS et à 1 armement du bateau.

Le contrôle étant illusoire, ces navires apportent ]eur chargement presque complet de marchandise» qu'ils débarquent sous le couvert de leurs imjnunité» et qui constituant un premier et fort rjespectable bénéfice. Ils chargent de même un grande quantité d'objets pour le retour, car le corail n'entre que pour une faible partie dans leur tonnage^

Les bateaux français de plus de sept tonneaux, au contraire, paient 800 francs de patente et les frais de douane comme tous les autres navires. Il est vrai que les bateaux conôtruits en Algérie ne paient que, six francs, plus la redevance aux Invalides de la marine.

Mais s'il est avec le ciel des accommodements, il en est aussi avec la loi. Les Italiens trouvent le ïnoyen d'apporter à La Calle des bateaux tout débitée, tdtit taillés, et d'amener même avec eux des ouvriers pour les monter. Il n'y a plus qu'à assembler les pièces, à lancer le batpau et A le déolarjer ^construit dans un port algérien.

Il résulte de cet état de choses que trois millions environ de corail péché annuellement sur nos côtes profitent aux habitants de la rive italienne chez lesquels les marchands français vont s'approvisionner.

C'est encore un des nombreux cas où la liberté complète vaudrait beaucoup mieux pour nos intérêt» nationaux que la protection.

M. Raval emploie pour le travail du corail des pro-

cédés mécaniques qui lui permettent d'arriver à produire à meilleur marché avec plus de vitesse^ plus de précision, et moins de déchets dans la taille^ la perforation et le polissage, ^

Le taraudage se fait aussi par des moyens spéciaux ; la monture par des vis et non à la laque comme en Italie et surtout à Torre-del-Grecco.

Ces procédés, dans leur ensemble^ occupent de 25 à 30 ouvriers ; il en faudrait dix fois autant pour faire le même travailpar les anciens moyens encore eu usage dans les pays où cette industrie fait vivre une partie de la population.

La valeur brute du corail qui passe annuellement dans les ateliers de M. Raval, s'élève & 40,000 francs environ. Ces ateliers pourraient prendre une bien plus grande importance sans les difficultés de toutes sortes qui entravent leur développement ; nous dirons seulement, que pour faire contrôler ses bijoux, M. Bavai est obligé de les envoyer à Bône, c'esi-èu-dire à 86 kilomètres de son atelier.

Avec un peu plus de liberté, cette industrie pourrait laisser en Algérie au moins les deux tiers des trois millions qu'elle abandonne forcément à l'Etranger.

Nous devons une mention à M. Hamida ben Hadj. d'Alger, dont les roseaux artistement travaillés et colorés sur l'écorce, avec une patience de Chinois, sont vraiment fort curieux : paysages fantastiques, villes avec des amoncellements de palais, de dômes, de minarets, ports, navires, tout cela est très nettement découpé en proportions microscopiques, dans* les traditions de l'art primitif de l'extrême Orient.

Nous trouvons encore dans cette section,, qui contenait les objets les plus hétéroclites, les sommiers élastiques, tout en fer, de M. Laurent, de Lyon.

C'est îine importation utile en Afrique où les insectes incommodes se multiplent avec une rare rapidité en dépit de tous les soins des ménagères. Le sommie Laurent est tout en fer ; aucune parcelle de bois n'en tre dans sa fabrication, et le plus petit des parasites uocturnes n^ pourrait trouver à y faire son nid.

Bewcoup de personnes en demandaient le prk, et quand on leur rép(mdaît que le }ît et le sommier cotl-< tent 40 fi*, le grand modèle^ elles répétaient leur question croyant avoir mal entendu.

Les hôpitaux, les pensionnats, 1^ hôtels, ne sauraient trouver des sonunieors dans de meilleures con-^ dilions d'hygiène et de propreté-

Nous terminerons cette longue nomenclature, par quelques mots sur les vitrines des bijoutiers d'Alger et les quelques belles photographies, dont la plupart étaient malheureusement fort mal éclairées, les galeries n'étant pas construites pour ce genre d'exhibition, ui ne pouvait venir que très incidemment dans une

xposition essentiellement agricole.

M. Grieseenger, d'Alger, exposait une très jolie collectioa de bracelets en or gravé, d'un grand fini et de très bon goût;

La maison Ott, d'Alger, avait une très belle vitrine devant laquelle on revenait souvent avec plaisir ; elle contenait de beaux spécimens du grand art qui a eu pour maîtres Benvenuto-Cellini, au temps de la Renaissance italienne, et, presque de nos jours, le dernier des grands artistes qui en avait continué les traditions, Froment-Meurice. .

Statuettes, coupes, coffrets, cachets et cent autfèvS menus objets de fantaisie, ciselés, fouillés dans le meilleur style, étaient entassés dans cette vitrine qu'on eût dit empruntée à un musée.

MM. Guérin et Léon présentaient, entre des échantillons de gravures »ur métaux qui dénotent une main habile et un savoir artistique exercé, une petite coupe en or, repercée, gravée et ciselée, véritable merveille de travail. — Dans les grands centres comme Paris, Londi es. Vienne, le reperçage se fait par desspécialistes et avec des machines. Alger n'offre pas les mêmes ressources ; cette coupe a donc dû être re-^ percée au burin, complétée ensuite par la ciselure et la gravure ; elle fait le plus légitime honneur au savoirprofessionnel et artistique de l'habile graveur et cise-^ leur de grande école qui l'a produite.

/ En tète de» pîi(Hogi?tt{A.e9 qne ûona avons à citer, i^ouR placerons M. Poiftier, dont tout le monde connaît la ricne coHecti^n de vues algériennes ; elles se recommandent non seulement par le choix des sujets, mais surtout par la perfection de rexécution, dans laquelle on chercherait on taiii la moindre négligence.

M. Gdser, M. Leroux, exposaient également de très belles épreuves de portraits et de vues. Tous ces noms sont du reste^ connus du public algérien et des nombreux étrangers qui emportent Timage des sites et des monuments qu'ils ont visités.

M. de Bray , de Niée, avait envoyé une collection de Vues des environs de Nice, de plantes et de fleurs ; nous y avons remarqué une très jolie épreuve représentant le Monte-Carlo, dont les tons dégagés et tondus faisaient un véritable tableau et rendaient admirablement l'atmosphère si pure qui baigne ce beau site, qu'il nous semblait revoir.

Les reliures artistiques de M. Monclar, d'Alger, méiûtent aussi une mention en raison de leur élégance qui ne nuit en rien à la solidité, de mfeme que la remarquable exhibition de M. Lavagne, dont* la vitrine offrait un assortiment de coutellerie, d'instruments de chirurgie et de timbres de tous genres.... frappés au coin du goût le plus parfait.

. EFFETS 'd'habillement ET M CAMPEMENT

Cette section, la dernière que nous ayons à visiter, ne manque pas non plus d'intérêt ; et si TAlgérie est encore tributaire de la métropole pour les étoffes et les cuirs préparés, FExposition de confections pour dames du Magasin lyonnais et de tiges préparées pour chaussures de toutes sortes de MM. Colas, Chiche et Cie, d'Alger, place ses couturières et «es ouvriers cordonniers au même niveau que les plus habiles confectionneuses et ouvriers de la capitale.

La même observatioii s'applique *à là chapellerie, avec cette différence cependant, que la matière première est préparée sur place et y subit toutes les transformations voulues. r- i

Un industriel algérien a prouvé que la profession de coupeur de poils de lapin a fait son temps. M. Vidal/ d'Alger, trouvant que cette occupation n'étajit pas digne d'un travailleur sérieux^ra confiée à' une machine. — Dans la peau d'un lapin, ce qui eat précieux, c'est le poil ; mais c'est si fin, si léger ! — Ce qui n'empêche que le poil coupé, cardé, vient en couches infiniment volatiles se masser sur un cylindre où il forme un feutre très solide, très souple, très soyeux, que quelques préparations successives transforment en chapeau léger, plié à tous les caprices de la mode.

Pauvre et inoffensif rongeur ! les gloires de la traditionnelle gibelotte te suffisaient, et le bon Lafontaine, quand il t'appelait Jean Lapin, ne se doutait guère du rôle que ton poil était appelé à jouer dans la chapellerie du XIX* siècle.

A côté de M. Vidal, M. Abensour, également d'Alger, présentait un nouveau modèle de casque en paille de Manille, dont le succès a été aussi complet qne possible à en juger par le nombre de têtes qui ont définitivement adopté cette coiffure. On doit aussi à M. Abensour d'avoir inauguré à Alger la préparation des plumes d'autruche.

Non loin de M. Abensour, nous trouvons la vitrine de M. A. Lyon, d'Alger, qui expose pour la première fois Içs résultats obtenus par ses découvertes pour la

TRANSFORMATION SANS TEINTURE dcS nuaUCeS doS

étoffes de soie connues sous le nom de failles, et le dépiquage des gants.

On ne saurait trop appeler l'attention du monde industriel sur ces procédés aujourd'hui brevetésr Le premier rend aux étoffes piquées, frappées d'air, coulées ou démodées, une valeur marchande au moins égale à celle qu'elles avaient en sortant de la fabrique. Il est d'ailleurs d'une application très simple, et consiste à faire passer, soit les pièces, soit les objets confectionnés, d'un bain composé suivant la formule de l'inventeur dans un bain d'eau bouillante. C'est dans le premier bain que la transformation s'opère, et nous avons vu nous-même des échantillons de couleurs

Sifférentes plongés simultanément dans le môme bain, prendre des nuances nouvelles, en môme temps que disparaissaient toutes les altérations subies par les étoifes expérimentées. Les nuances ainsi obtenues sont toutes très franches, et ont Tavantage d'être imfiniment plus résistantes à toutes les causes de détérioration, eau, soleil, air, poussière. De plus, il est à remarquer que le grain de la soie ne snbit aucune altération ; que même la qualité du tissu s'améliore et que les lisières blanches des pièces ne sont en rien modifiées. Si Ton défile une étoffe ainsi transformée, on reconnaît que chaque brin de soie possède la même teinte que i'étoffe vue dans son ensemble. ^

* Le second procédé restitue aux gants piqués, et par suite inutilisables, leur fraîcheur premier^.

Nous nous rendons facilement compte des nombreuses ouvertures qui ont été faites à M. Lyon en vue d acquérir le droit d'exploiter son brevet à l'Etranger.

tritons encore, et ce seront les derniers, M. Timmermann, d'Alger, pour ses tentes de campement de quatre modèles différents, également soignées comme exécution, solidité, et abritant tout le matériel nécessaire à un campement; et M. Lafon, d'Alger, qui exposait, non loin de ces tentes, un fort élégant petit parasol de jardin, garantissant, contre les ardeurs du soleil, une table solide, quoique d'une pose facile, et que, comme J'abri, on peut transporter et monter là où on se plaît.

CHiPITRE M

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