HISTOIRE
L'histoire était moins bien représentée que la géographie. Quelques maîtres avaient cependant envoyé des manuels d'histoire de France manuscrits et quelques tableaux chronologiques Les manuels que nous n'avons pu que feuilleter, il est vrai, témoignent d'un certain travail personnel mais n^offrent rien de bien nouveau. Nous pouvons en dire autant des tableaux que nous avons vus.
Il y a lieu cependant de faire une réserve en faveur de l'histoire de l'Algérie, de M. Moliner. L'auteur résume, entrente leçons, dans un style vif et concis, l'histoire de notre patrie d'adoption, et intercale dans le texte des cartes bien réussies qui permettent de aui^Te avec fruit la suite des événements dont l'Algérie a été le théâtre.
M. Sabathier donne aussi des notes manuscrites sur l'histoire du nord de l'Airique, Bien que la lecture des premiers chapitres — l'ouvrage est encore incomplet, — soit intéressante, nous attendrons, pour émettre une opinion, que ce travail soit achevé et publié.
PBDAGOaiE
Il est profondément regrettable qu'aucun traité de pédagogie ne figure à l'Exposition. Nous sommes donc obligé de nous en tenir aux programmes d'enseignement et aux journaux de classe d'un trop petit «ombre de maîtres.
Ces derniers sont généralement bien tenus, mais les programmes laissent, par contre, à désirer : ils sont ou trop élevés ou pas assez. Toutefois, nous signalons les programmes envoyés par MM. les Directeurs des écoles de Boufarik, de Médéa, de Dellys et d'Alger.
Consacrons quelques lignes à la direction pédagogique et au programme d enseignement du directeur de l'école de la place Randon.
Les instructions préliminaires comprennent des indications générales, des renseignements sur les caisses d'épargne scolaires, des modèles de leçons, etc.
La deuxième partie, la plus importante assurément, indique la manière d'enseigner chaque branche d'étude au point de vue pratique.
La troisième partie, enfin, comprend des tableaux de l'emploi du temps, un modèle de journal de classe et un catalogue des livres et journaux pédagogiques utiles à lire ou à consulter.
Constatons une lacune que l'auteur ferait bien de combler : il devrait consacrer quelques pages à l'instituteur pris comme homme, comme fonctionnaire public et comme éducateur, et ajouter .à son travail, sous forme d'appendice, les lois et règlements qui concernent l'instruction primaire.
En somme, et nous le disons franchement, au risque de blesser la modestie de M. Sabathier, nous reconnaissons que cet ouvrage est fait par un homme rompu à l'enseignement. C'est à ce titre que nous le recommandons aux jeunes instituteurs, comme aux institutrices. Les uns et les autres auront là nu bon gujde qui ne leur permettra ^uère de s'égarer.
CAHIERS DBS ÉLÈVES
C'est aux cahiers des élèves, sans doute, que MM. de la Commission ont dû principalement s'attacher ; c'est en les parcourant qu'ils ont pu se rendre un compte exact de laphyiionomie de chaque école et de la marche sûre ou chancelante de son enseignement; c'est là certainement qu'ils ont cherché et trouvé l'âme, la vie de l'école.
Ah ! que de bonnes et excellentes choses à recueillir, à signaler !... que de procédés surtout à vulgariser. Nous avons vu bon nombre d'instituteurs suivre une marche sûre et rationnelle. Ces maîtres n'emploient guère que deux cahiers : écriture et devoirs. — Les premiers portent des traces nombreuses de correction ; les seconds présentent des dictées d'orthographe, développées, de nombreux comptes-rendus d'his=toire, de géographie, de lecture, etc.
Mais, à côté, nous avons aussi rencontré de ce» cahiers impossibles, créés et mis au monde pour l'Exposition : des filets grecs et des arabesques de l'autre monde encadrant des pages d'écriture qui fourmillent àe fautes : — Sardoise, pour Sardoine ; lire pour lyre, etc. ^ .
D'autres cahiers renferment des analyses dites logiques ou grammaticales, qui prennent plusieurs pages-; des divisions de vingt chiffres au dividende ; des équations de second degré ; la théorie des forces, ou soi-disant, enseignée à des élèves de 10 ans !....
Nous demandons la permission de taire les noms des écoles qui ont produit ces cahiers.
Tel est le résumé de nos impressions, résumé certainement incomplet, mais qu'il était fort difficile de présenter d'une manière plus développée vu l'impossibilité matérielle de tout voir et de tout examiner. Notre tâche ne serait pas cependant complète, si, avant de déposer la plume, nous ne faisions pas une part,, si modeste soit-elle, aux travaux à l'aiguille exposés par les écoles de jeunes personnes» Quelle que
soitûotre incompétence en pareille matière, nouôavoni du moins constaté une grande abondance et une grande variété de petits travaux de toutes Sortes, broderie, lingerie, tapisserie, couture, tricot, guipures, qui prouvent que les doigts des jeunes filles algériennes ne restent pas inactifs.
Les travaux de couture ont surtout fixé notre attention, car ils promettent, pour l'avenir, des ménagères expérimentées. Aussi, avouons-nous franchement leur avoir donné la préférence sur tous les autres.
Nous nous exposerions à cammettre de graves injustices en signalant une institution, une école, plutôt qu'une autre, et ce motif nous décide à nous abstenir ; toutefois, une mention spéciale revient de droit à rouvroir des jeunes indigènes dirigé par M"*® Prague ; on attribuerait volontiers à des fées les élégantes arabesques dues aux doigts des enfants que forme M"® Prague.
Une mention spéciale est due aussi à TEcole des sœurs de Batna, pour l'excellent exemple que ces institutrices ont donné en introduisant les leçons de choses dans les études de leurs élèves ; et nous profitons de la circonstance qui se présente pour compléter, par la description du tableau que ces dames exposaient sous ie titre de : Histoire d'une botte d*alfa, la notice par trop sommaire, faute de renseignements suffisants au moment où nous l'écrivions; que nous avons consacrée dans la Septième division à l'exhibition de M. Jus, dont un tableau semblable, mais de plus larges dimensions, faisait aussi partie.
Ce tableau, qui a valu à son auteur, en 1875, la plus haute récompense dont pouvaient disposer les organisateurs de l'Exposition du Palais de l'Industrie, fait assister le public à toutes les transformations succès^ siVe9 dont l'alfa efst susceptible, depuis le moment 6ù il est arïaché de terre jusqu'à celui où il est transformé en produit industriel.
La reproduction de la légende qui raccompc^gne rend inutile tout commentaire :
1, Alfa récolté en octobre 1875. — 2, alfa dégommé et réduit en filaments (bruts et coloriés). — 3, pâte d'alfa brut sans collage. — 4-5, pâtes blanchies par le chlore ; transformation des pâtes. — 6, pâte brune, première préparation. — 7, pâte brune lavée, seconde transformation, — 8 à 14, pâtes blanches obtenues par divers procès dés dans lesquels le chlore est un des principaux agents, troisième transformation. — 15-16, pâtes coloriées avant d'être compressées, quatrième transformation, -^ 17, pâte flexible collée par une solution de résine calcinée.
— 18 à 34, pâtes flexibles sans collage, préparées pour 1^ fabrication des étuis cylindriques, cartouches, etc. — 35 à 40, pâtes préparées pour écussons. — 41-42, pour caisses.
— 43, pour jetons de jeu. — 44, filaments préparés pour plumeaux de salon. — 45, pour balais de cuisine. — 46, pour pinceaux de peintre [rem2:ilaçant avec avantage les pinccaux de soie de porc). — 47, pour ficelles nnes.^-— 48, pour brosses. — 49 à 51, fils d'alfa de divers âges. — 52, cordes de commerce. — 53, filasse (étoupe) provenant du teillage. — 54, crin végétal. — 55, alfa préparé pour la literie (insecticide). — 56, pour faux cheveux. — 57, alfa tricoté pour toiles d'emballage. — 58, veilleuses en alfa. 59-60, fleurs fabriquées avec de l'alfa brut, et en filaments.
— 61, alfa préparé pour la vannerie (blanchi et colorié). — 62, corbeille en alfa. — 63, store-pliant. — 64, The algérian Sparto Jus Peck cleanere). — 65, gomme extraite de l'alfa pour la conservation des fleurs des graminées (les fleurs des graminées, qui ont été plongées pendant un certain temps dans le résidu provenant du dégomia,age d^ l'alfa, se conservent et deviennent aptes à prendre toutes les couleurs). — 66, fleurs cousery^es par ce procédé. — 67, The algerian sparto Jus Peck Pecker. -^ 68, alfa préparé pour la fabrication des allumettes. — - 69, poudre dentifrice. (Cette poudre onctueuse est tirée de la tige d'alfa qui sort de la racine et qui est impropre à la fabrication do la pâte à papier.) — 70, charbon végétal d'alfa (mêma provenance que le N" 69, applications médicales). -^ 71 à 79, pâtes préparées pour la reliure des livres.
Nous ne saurions également passer sous silence, ni la remarquable collection de préparations anatomiques exposée par l'Ecole de médecine d'Alger, ni les enyois de Tunis, témoignage public du développement
(fue riftastre premier ministre du Bej^, le général Kereddine, imprime à Tinstruction publique.
Conçus avec un grand sentiment pratique des besoins d'une bonne éducation, les plans du Collège Sadiki, fondé par le général Kereddine, étaient dignes de figurer à coté de ceux du Lycée d* Alger ; et c'est avec un juste sentiment de fierté nationale que nous avons constaté Timportance prise par l'enseignement de la langue française dans le programme des cours qui y sont professés.
L'Ecole des frères de Tunis avait pris aussi une part brillante à l'Exposition d'Alger, justifiant ainsi les témoignages de satisfaction que M"** Chanzy lui avait accordés, il y a un an environ, lorsqu'elle avait visité
la Régence.
• Quant à V école de jeunes filles, fondée par la Ligue de l'enseignement (Cerele d'Alger), si nous l'avons gardée pour la fin, c'est que nous tenion» à consacrer quelques lignes toutes spéciales à cette institution due à l'initiative privée et à des «acrifioes personnels et dont les heureux résultats ont été publiquement constatés, par M. l'inspecteur Boissière, lors de la visite du général Chanzy. Nous ne saurions mieux en faire l'éloge qu'en rapportant les paroles prononcées par ce juge compétent dans cette solennelle circonstance :
« Grâce au zèle de sa directrice, M"* Roux, Técole. de la Ligue est une des plus remarquables d'Alger. »
Une petite brochure publiée à l'occasion de l'Exposition apprend que la réserve en caisse assure seulement l'existence de cette école modèle, dans laquelle 120 jeunes filles reçoivent une éducation solide, pour Tannée cour^^nte et l'année scolaire 1876-77. Que ses fondateurs n'hésitent pas, lorsque le moment sera venu, à faire un appel au bon sens public : il ne saurait leur faire défaut lorsqu'il s'agit d'une œuvre aussi profitable aux intérêts généraux.
Et maintenant, comme conclusion, noua.formulerjona.
le vœu que toutes les personnes appelées par leurs: fonctions à s'occuper de rEcole, se souviennent qu'au-» cun terrain n'est, par sa nature, plus.essentiellemeût préparé aux progrès de tous genres, mais qu'en même temps aucun ne demande une étude plus approfondie des conditions d'exécution, si l'on veut que les progrès ne se réduisent pas, dans la plupart des cas, èv, de dangereuses expériences.