‹ L'Exposition de ChicagoChapitre 3 sur 7 · K. LEVASSE UR · texte numérisé non relu

K. LEVASSE UR

mmnl railioad » ; ce chemin de fer inlérieur, suspendu sur piliers à la hauteur d'un premier étage, faisait le tour de l'ex-r position et était à deux voies sur lesquelles circulaient sans cesse, dans les deux sens, des trains mus par Télectricité. Les générateurs de celte électricité étaient une des curiosités de la (( World's fair ».

A rentrée de l'exposition, faisant face à Midway plaisance, était le « Woman's building le palais de la Femme^ qui occupait une place d'honneur. Quand on connaît les mœurs américaines, on comprend qu'une telle place lui eût été assignée. C'était une déclaration solennelle des droits d'un sexe qui, aux États-Unis, ne le cède pas à l'autre en instruction et qui se croit apte à exercer en beaucoup de cas les mêmes fonctions sociales que lui. La corporation avait institué un (( lioard of ladies managers », Bureau des dames directrices, qui était présidé par ]M'"'' Potter Palmer, femme d'une haute distinction, descendant par son père d'une famille française, et qui était chargé d'organiser les expositions, congrès et conférences faits par les femmes. C'est une femme, M^^^ Sophie Hayden, diplômée de l'École d'architecture de l'Institut de technologie du Massachusetts^ qui avait été Tarchitecte du palais; ce sont des femmes qui avaient décoré ce palais de sculptures et de peintures; ce sont des travaux de femmes qu'il abritait. Ce palais, avec son portique central et ses deux ailes couronnées de terrasses, produisait un heureux effet. En regardant la façade ou l'intérieur de la grande salle ce;itrale, on voyait au premier coup d'œil où l'artiste avait cherché son inspiration : c'était dans la Renaissance italienne. Mais elle avait su choisir de bons modèles classiques et elle les avait ingénieusement adaptés.

On retrouvait dans presque tous les bâtiments le style classique sous les formes diverses de l'antiquité, grecque ou romaine, et de la Renaissance italienne^ française ou espagnole ; on se serait cru volontiers dans une école des beauxarts ou devant un concours pour le prix de Rome. Ce n'était pas le fait du hasard. Les directeurs auraient pu demander aux architectes de faire du nouveau dont le résultat aurait dépendu du talent et du bonheur de chaque artiste; mais il n'y aurait pas eu un grand enseignement. Ils ont préféré

CO( P n OEïL u'eNSEMBLE sur l'kXPOSITIOX de CHICAGO. 9

adopter uniformément le slyle classique et la couleur blanche qui lui convient, comme ils avaient fixé la hauteur des entablements, et chaque architecte a dû conformer son plan particulier a celte loi générale. Les directeurs avaient pensé qu'il y avait là une occasion unique de montrer les modèles de l'art au peuple américain, surtout aux gens du centre et de l'ouest parmi lesquels une infime minorité connaissait l'Europe et ses monuments, de mettre sous ses yeux une grande leçon de choses qui l'initierait aux formes les plus incontestées du beau et contribuerait à épurer son goût.

Dans les campagnes américaines, où presque toutes les constructions sont en bois, on voit des cottages coquets et très confortables 5 l'intérieur, mais on ne voit guère de spécimens d'un style classique, quoique dans le sud on aime les péristyles et les colonnades. Dans les villes, les maisons ne présentent d'ordinaire qu'une plate fLiçade en briques, quelquefois en grès rouge ou en pierre grise; dans certaines rues bordées d'hôtels, Toriginalité de l'architecte s'accuse davantage, mais le roman fournil la plupart des motifs d'une décoration trop souvent massive. Ce n'est pas qu'on ne remarque parfois des combinaisons heureuses et surtout des tentatives hardies dans les façades capricieuses de ces hôtels. Quand on examine attentivement la a Commonwealth avenue » ou a Beacon street » à Boston, quelques parties de Philadeli)liie ou de New York, la a Summit avenue » de Saint-Paul, certaine rue particulière à Saint-Louis, plusieurs belles allées ombragées d'arbres de Washington ; ou des monuments comme deux églises de New York, comme (( Trinily churcli » à Boston, ou Tintérieur de (( Drexel institute » à Philadelphie, on se convainc que de ces efforts il se dégagera un style et que, dans un temps qui n'est pas éloigné, les Américains, qui ont fait depuis l'exposition de 1876 de sensibles progrès dans tous les arts du dessin, posséderont une architecture américaine. Mais ce ne sera pas l'architecture classique et ils ont aujourd'hui beaucoup à gagner en étudiant les modèles de cet art que caractérisent la pureté et la simplicité des lignes et qui a été depuis plus de deux mille ans, avec l'art ogival, l'inspirateur do l archilecture européenne.

lO

Li: v.\ssi:i R.

La (( WInle cily », Cilé blanclie, ainsi qu'on a surnommé l'exposition à cause de sa couleur qui Irancliail sur la teinte brique de la ville, leur en a mis devant les yeux un grand nombre, d'un dessin varié et de proportions très amples. La répétition des n)emes lignes, arcades ou colonnes sur une grande surface augmente relîet en prolongeant la perspective; sous ce rapport, les vastes bâtiments du « World's fair » donnaient entière satisfaction.

Leurs blanches murailles se détacliaienl bien sur la verdure des pelouses et les eaux habilement ménagées qui les encadraient leur prêtaient une certaine majesté. Au fond, le lac Michigan dont la nappe bleue s'étendait jusqu'à Thorizon et que sillonnait cà et là la fumée d'un bateau à vapeur; de tous cotés, des bassins et des canaux que traversaient des ponts élégants.

La photographie du « Lagoon », — c'est le grand bassin qui avait 79.0'" de longueur, — avec son île boisée, deux de ses ponts et les palais qui le bordent, vous montrera mieux qu'une description reflet produit par cet ensemble ( Ag'- l^^s gondoles vénitiennes et de petits bateaux électriques, promenant les visiteurs, contribuaient, avec les oiseaux aquatiques, à animer le ])aysage. On regrettait seulement que les ponts ne fussent pas plus nombreux. La visite étant fatigante à cause de la grandeur même de l'exposition, les longs détours qu'il fallait faire pour se rendre de tel bâtiment à tel autre, la rendaient plus fatigante encore.

Nous n'avons pas ici cet inconvénient et nous pouvons reprendre tranquillement notre promenade. Au delà du Palais de la Femme, un des bâtiments qui attirait le plus les regards était le (( Fisheries building », bâtiment des pêcheries, un de ceux assurément qui font le plus honneur à leur auteur par l'originalité de la conception. Le modèle n'était cette fois pas le classique, mais le roman du sud de la France ou du nord de l'Espagne. Sa tour centrale, ses clochetons, ses longues rangées d'arcades, les deux pavillons qui le ilanquaient et dont l'un contenait un bel aquarium, les motifs de rornementation empruntés au nionde aquati(|ue, tout avait son cachet. La j)hotographie que je vous montre n'en donne qu'une idée incomplète (/fg'. >). l'ne bizarrerie à noter : rornementation des

cot p i>'<)i:iL I) j:NSi:]\jnLi: suu l exposition di: cnicvcio. i i

colonnes s'ai rôlail à peu près à la hauleur de la baliisli ade, la

Fig. 2. — I^c grand lac {Lagoofi).

Fig. 3. — Palais des pcclicrics {Fisheries building).

piU'iio inlerieure restant nue; on m'a raconté que rarchiteclo^

12 K. LEVASSKL'R.

pour épargner le temps, avait ainsi fait son dessin et que l'entrepreneur, ayant traité d'après le dessin, n'avait donné juste que le travail dont il était convenu pour le prix déterminé. Je ne garantis pas d'ailleurs l'authenticité de l'anecdote.

Le Palais des beaux-arts, a Art galleries », qui s'élevait majestueusement devant un bassin, ce Nortli pond», nous reporte à la belle époque de Tart grec {ftg. 4)- Les colonnes sont d'ordre ionique, calquées sur celles de l'Érechtéon. Un portique de quatre colonnes, placées entre deux piliers et sup-

Fig. i.

Palais des beaux-arLs {Art galleries).

portant le fronton, forme avant-corps et sert d'entrée principale; au milieu des marches se dresse la statue de Minerve. De chaque côté du portique, une rangée de douze colonnes surmontées d'un attique. Le dessin est correct et l'agencement bien approprié ; on comprend que ce bâtiment abrite des chefsd'œuvre de peinture et de sculpture. Je signale ce mérite parce qu'il n'était pas celui de tous les bâtiments, dont la forme extérieure n'était pas toujours en harmonie avec la destination.

La blancheur des teintes simulait la pierre et le marbre. C'était en effet en pierre et en marbre que la Grèce bâtissait pour honorer ses dieux et immortaliser ses œuvres. Mais les temples de Chicago n'étaient faits que pour durer cinq mois et ils se seraient effondrés sous les neiges d'hiver si le serrurier ne les avait pas démontés auparavant. Les colonnes étaient

covv d'œil d'knskmbliî sur L'i:\i»osrn()N ui: ciiicAcio.

de slaff à la surface recouvrant une mince carcasse de fer. Les Américains, qui dressent des maisons d'acier de quatorze et même de vingt étages habillées de revêtements en terre cuite, en briques et en tablettes de marbre, sont de très habiles constructeurs en ce genre; ils avaient déployé toute leur ingéniosité à c( Jackson park ». Néanmoins, le contraste entre la structure intérieure, prosaïque et toute moderne, et l'apparence antique du monument dont on pouvait dire qu'il n'avait que la peau sur les os produisait, quand on y réfléchissait, un singulier effet sur l'esprit de l'observateur. Vous trouverez d'ailleurs dans un ouvrage en cours de publication, dont j'ai en ce moment sous la main les deux premiers volumes, la Revue technique de C Exposition universelle de Chicago en 1893 ( ^ ) , par MM- Grille et Falconnet, tous les dessins relatifs aux bâtiments en fer de l'exposilion et vous pourrez juger par vousmêmes de l'intra-structure et de la couverte de ces bâtiments dont un de mes collègues vous expliquera la construction.

Hâtons-nous et allons droit au Palais de l'administration : il y a plus d'un kilomètre de route. Un mot cependant du palais du (iouvernement, ((Government building », devant lequel nous passons et qui faisait face au Palais des pêcheries. C'était un grand bâtiment rectangulaire (g6'" sur 1^6"^), surmonté d'un dôme qui mesurait du sol au sommet de la lanterne 8:2'", 5o et formant, avec les dômes des palais de l'illinois et de l'administration, les trois points culminants de la perspective dans le (( Columbian ground ». Il contenait de fort intéressantes expositions devant lesquelles je regrette de n'avoir pas le temps de vous arrêter : celle du Ministère de la Guerre, celle du Bureau de l'éducation et celle du Service topographique et géologique qui, entre autres curiosités, avait représenté de grandeur naturelle la rencontre de Greeley et de Lockwood au milieu d'un paysage de glaces polaires au moment où ce dernier revenait du point le plus voisin du pôle que les hommes aient atteint jusqu'ici; celle du (( Smithsonian institute » qui avait envoyé

(') IJîî volume de texte et un vohniic de planches, édités par E. Bernard et ; iS,)^,.

i4 i:. li:nassi:i K.

une graiido partie de sa belle collection de txpos indiens et d(* ses reproductions depueblos; celle du a Patent office )>, administration des brevets d'invention dont les modèles me rappelaient le musée du Conservatoire des Arts et Métiers ; celles du Ministère du Trésor, du Département de l'Intérieur, y compris le (( General land office », etc.

Le Palais de l'administration a Administration building ))^ que les Américains proclamaient u the gem and crown of the

1 ig. 5.

Palais de radininistration {Administration building) .

wlîole Exposition », la perle fine et la couronne de toute l'exposition, est dù à M. Ilunt, arcbitecte de New York ( . 5). C'est un dôme, rien qu'un dôme, de forme octogone, ayant en hauteur environ 83"', un peu plus que le Panthéon à Paris, et rappelant les Invalides par son ornementation, terminé brusquement au sommet par une couronne sans lanterne. Il est llanqué de quatre pavillons d'angle qui servent de base et dont les deux piliers sont surmontés d'autant de groupes de statues. Le second étage est formé de colonnades d'ordre ionique disposées sur quatre faces avec des (( loggias » en pan coupé aux quatre angles; il porte aussi des groupes de statues d'un mouvement très animé, mais d'un modèle qui m'a semblé un

COI p i)\)i:iL i)*ENSi:.>JHLi: SUR i/i:x.Posn lox de cmcvcu). i >

peu négligé. Ce bàliment était tout pour la montre; quand on pénétrait dans l'intérieur par une de ses quatre portes^ on ne voyait que le vide, une grande voûte dont la clé était à Sy"^ du sol et que recouvrait une ))einture murale peu visible d'en bas, avec une galerie, le tout ressemblant à la voûte du Panthéon. Dans une église, la hauteur représente en quelque sorte l'aspiration de l'homme vers la grandeur infinie de Dieu; dans le Palais de l'administration, elle ne répondait à rien et ne servait à rien; les bureaux étaient relégués dans les pavillons d'angle. (( Ce dôme existe pour lui-même, disait un guide semi-ofliciel, inspiré évidemment par l'architecte même du monument; il est fait pour abriter les foules à mesure qu'elles arrivent et pour annoncer par ses lignes élancées l'existence et la splendeur de l'exposition. Le dôme est le monument même, ce qu'on ne saurait dire dans le même sens d'aucun autre grand dôme construit jusqu'ici. Il est, je pense, un des plus beaux dômes qui aient jamais été construits. Quand nous nous rappelons qu'il est la pièce capitale de notre exposition, tandis qu'à Paris la pièce capitale était la tour Eilfel, une merveille seulement de la science, nous comprenons de quel esprit véritablement artistique se sont inspirés nos architectes dans leur œuvre ( * ) ».

Derrière ce palais, un grand bâtiment, le u Terminal station » ou (( Central railroad dépôt » ne servait à rien non plus; mais c'est parce que la foule qu'on avait pensé devoir aflUier en ce point par chemin de fer arrivait par d'auti^es entrées.

Le Palais de l'administration occupait la fond de la cour d'honneur, (( Court of honor », qui était en quelque sorte le morceau capital de l'œuvre décorative de la « World's fair ». Je vous demande la permission de vous citer encore un passage du guide A week at tlie Fair pour vous faire bien comprendre le sentiment des Américains, qui ne se piquent pas de modestie, surtout à Chicago, a the city of wind ».

c( La manière dont nos architectes ont ouvert devant les deux entrées de la cour d'honneur leurs perspectives les plus

(') -1 week at the Fair. p.

É. LEVASSEl R.

spl(Midides et plus liormonieuses est cei laincnicnl un fait qui aitcsic leur supériorité sur les architectes de toutes les expositions antérieures. Celte partie semble avoir été construite pour réjouir la vue d'un potentat ami du beau, ayant le pouvoir d'employer tous les talents à une seule œuvre. Je ne crains pas de dire que rien de semblable n'a été vu depuis le temps où la Rome impériale était debout, intacte, avec ses palais de marbre, ses terrasses, ses ponts, ses temples, sous le ciel d'Italie qui n'est pas plus bleu que le nôtre. Vous vous imaginerez que ce sont les Romains d'Auguste qui ont construit quelque part une Venise et que vous vivez il y a quelque deux mille ans pour contempler celte merveille » (^).

Je vais vous en montrer la photographie ( fig. G). C'est là, en eflfet, que le dessin général et la perspective avaient cette unité qui ne pouvait se trouver dans Tensemble d'une exposition disséminée sur un aussi vaste terrain; c'est là aussi que l'architecture avait le plus de magnificence. Devant le Palais de l'administration, qui ne figure pas sur cette photographie, était une large esplanade se terminant à la Fontaine colombienne et au Grand bassin que vous voyez sur la photographie (-). Ce bassin, long de ^rto^"^ et large de 90*", encadré d'une balustrade de pierre, terminé à une de ses extrémités par la Fontaine colombienne et à l'autre par le grand portique, séparé du canal transversal par deux ponts élégants, bordé au nord par les arcades du Palais des manufactures et au sud par la façade du Palais de l'agriculture, séparé de ces bâtiments par des lapis de gazon qui tranchaient sur la blancheur des murailles, les lignes d'arête se détachant nettement sur le ciel quand le soleil brillait, le lac formant le fond du décor avec ses eaux qui miroitaient entre les colonnes du grand portique, tout cela présentait un ensemble véritable-

{'^ ) A week at the Fair, p. ^/\,

(^) La photographie du Palais de l'administralion i/ig-^) laisse voir en raccourci l'esplanade, à gauclie la Fontaine colombienne et, au premier plan, le commencement du Grand bassin. La photographie de la Cour d honneur {,fig. 0) montre au premier plan un des trois mats de Tesplanade.

COUP l)\)i:iL I) liNSEiMlJLi: SLK l'kVPOSITIOX \)E CIIK.AGO. 17

menl arlisliqiie et imposant ; on pouvait, comme dit le guide, se croire transporté dans une cité telle qu'auraient pu Timaginer les artistes du siècle des Antonins. L'efîet était peut-être plus merveilleux encore le soir, quand des cordons de lumière électrique (on avait prodif^ué 1 éclairage par Télectricilé ) des-

Fig. G,

Grand bassin et Palais des manufactures {Great basin et Manufactures and libéral arts building).

sinaient les grands traits de l'architecture et se reflétaient dans le bassin.

En regardant de près, il y avait à louer et quelquefois à critiquer. On voyait des statues trop sommairement traitées, particulièrement celles qui formaient galerie au haut du grand portique ; on restait plus étonné que satisfait devant les formes scrupuleusement archaïques de la statue colossale de la République; on admirait, au contraire, Tallure franche et naturelle de la plupart des animaux, ours, bœufs, chevaux^ etc., qui bordaient les canaux. La Fontaine colombienne était une des pièces maîtresses de cette décoration; le jeune architecte

^8 K. Li: vASsi: i u.

qui Ta exécutée a beaucoup travaillé à Paris et s'est inspiré de la fontaine du Champ de Mars qui représente le vaisseau symbolique de la ville de Paris, et, paraît-il, de la fontaine de la fédération, àToulon. Quoique le guide américain proclame que la Fontaine colombienne est la plus belle et la plus artistique création de toute Tc^xposition et qu'elle est inliniment supérieure à la fontaine de Toulon, — comparaison que je ne puis pas faire

l'Onlaiiic (oioiiilMOinii' C ol u mhict fi fountain ).

moi-même, n'ayant pas encore vu ce monument, — je regrette de trouver la composition de M. Mac Mounies, malgré le talent qu'elle dénote et la valeur de chaque morceau prisa part, un peu grêle et niéme gauche avec ses rames qui ne rament pas, et son personnage principal qui remplit mal son fauteuil. Vous pouvez vous faire une idée, imparfaite il est vrai, de cette (Buvre parla photographie que je mets sous vos yeux

Le grand portitiue du fond, ouvrant entre ses colonnes^, comme je l'ai dit, une perspective sur le lac, était d'une inspiration vraiment classique et harmonieusement combinée en vue de l'effet général, avec sa porte triomphale au milieu, que surmontait le quadrige de (Colomb, ses quatre rangées de belles

COUP 1)\>KIL DKNSKMBLE SIJU Ll':\ POSITION DK CIllCAliO. M)

colonnes corinthiennes, sa galerie de statues représentant les États et Territoires, quoique ces statues fussent monotones, ei les bâtiments qui flanquaient les ailes.

Un des côtés du Grand bassin était bordé par le Palais de l'agriculture. Je ne veux pas vous fatiguer par la description de chaque bâtiment; j'attirerai seulement un instant votre attention sur les deux groupes de femmes qui représentaient

les parties du monde portant la sphère {fig. 8). 11 ne vous est pas difficile, à vous, habitants de Paris, de dire où est le modèle ; vous l'avez vu à l'extrémité du jardin du Luxembourg, et vous connaissez l'auteur, qui est Carpeaux. Le modèle est assurément digne d'être imité, bien que Taslrononie Le Verrier reprochât à l'artiste d'avoir fait tourner la Terre à l'envers, en face de l'Observatoire! J'aurais voulu que l'artiste américain fît savoir à ses concitoyens, qui sans doute l'ignoraient, où il avait pris son inspiration.

Je ne dirai qu'un mot des bâtiments qui bordaient au nord et au sud l'esplanade de la Cour d'honneur : au nord, le Palais de l'électricité dont la statue de Franklin gardait l'entrée, palais tout étincelant de lumière le soir, et le Palais des mines,

K Li":vAssi:rR.

dont les iDembrures métalliques étaient à articulaliun libre, disposition ingénieuse imaginée, dit-on, par un Français et appliquée en grand pour la première fois à Chicago; au sud, le Palais des machines, dont la façade, empruntée à la Renaissar)ce espagnole, annonçait plutôt une église qu'une usine.

En réalité, comme la plupart des autres palais, ce dernier consistait en une imnjense serre en fer vitrée dont les quatre faces étaient masquées extérieurement par un décor badigeonné en blanc. Si je laisse aux conférenciers qui me succéderont le soin de vous dire ce qu'il renfermait^ je vous signalerai au moins le sous-sol dans lequel se trouvaient alignés, sur toute la longueur du bâtiment, 37 générateurs chauffés au pétrole; pas un grain de charbon ni de poussière ; le pétrole arrivait directement de la mine par une tuyauterie souterraine ; la propreté de cette longue galerie faisait plaisir à voir.

Le Palais des manufactures a Manufactures and libéral Arts building », était le plus grand de l'Exposition. Il mesurait 5i5"' sur a.'jo'", et avait une superficie de 12 hectares |. C'est un des petits côtés du rectangle que vous avez vu sur la photographie du Grand bassin. Le revêtement extérieur était simple : quatre portiques aux angles, quatre portes monumentales au milieu, la muraille ayant la hauteur réglementaire de 18'", ^29, toute percée d'arcades, 60 sur chacun des grands côtés et -2^^ sur les petits; ces arcades, coupées à mi-hauteur par un plancher, formaient tout autour du bâtiment une galerie extérieure, long promenoir garni de tables de café et de restaurants, et produisaient un grand effet architectural par leur répétition ; 1 impression me remémorait les aqueducs de la campagne romaine; mais le brouhaha d'une exposition remplaçait désavantageusement la solitude de la campagne romaine et il manquait au tableau les teintes du soleil couchant sur les monts Albains et la majesté des ruines et la patine du temps.

La cage que ce classique parallélogramme enveloppait était la reproduction de la galerie des machines du Champ de Mars, avec le même système de fermes, toutefois dans des dimensions un peu plus grandes. Chicago avait voulu avoir le droit de faire dire à ses panégyristes : a C'est le plus grand bâtiment du monde; c'est la plus vaste construction couverte d'un toit

COUP d'oeil d'ensemble sur l'exposition de CHICAGO. -21

qui ait jamais élé faite, c'est la merveille archilecturale du monde », Comme preuve, ces panégyristes ajoutaient qu'on avait employé pour la construction 17 millions de pieds cubes de bois, 1 2 millions de livres d'acier, 2 millions de livres de fer, qu'on avait dépensé 1 700000 dollars; que le palais était trois fois grand comme Saint-Pierre de Rome, quatre fois comme le Colisée, qu'on pourrait y dresser la colonne Vendôme de Paris sur un piédestal de 74 pieds sans toucher le faîte, y coucher la tour EiHel, y faire manœuvrer toute l'armée russe ou — comparaison tout américaine — y installer six jeux de balle, (( base bail ». En y comprenant le couronnement de la galerie, la construction avait une élévation totale de 74'"-

A Tinlérieur, sur les quatre côtés, régnait un étage qui avait I inconvénient d'obscurcir par son plancher les galeries du rez-de-chaussée et d'y nécessiter en plein jour l'emploi de la lumière électri(]ue. C'est au rez-de chaussée qu'étaient les expositions qui attiraient le plus la foule; chaque Etat y avait sa place et chacun, suivant son goût et ses ressources, avait construit en quelque sorte son palais particulier dans le palais commun et donné à l'arrangement de ses produils son cachet national. Je voudrais pouvoir m'arréter devant l'exposition française qui se distinguait surtout par la délicatesse du goût, devant l'exposition allemande qui était riche, ample et remarquable, devant l'exposition américaine qui m'a paru, après les visites que j'avais faites clans les manufactures mêmes, ne donner qu'une idée imparfaite de la pui.^sance mécanique et de l'importance de la production du peuple américain, devant les expositions de l'éducation qui occu|)aient une grande parlie de la galerie supérieure. Mais le temps nous presse et il faut continuer notre roule en nous contentant de regarder les dehors .

Sortons donc du plus grand bâtiment de ce monde et passons devant le « I.agoon » pour gagner le a Transportation building », Palais des transporis. Le style tranche sur ceux que nous avons déjà vus; le blanc et le classique ont cédé ici la place à la décoration polychrome et au genre oriental, mogol ou bysantin. J'avotie que j'ai été surpris du changemeiit sans en être pleinemcMU satisfait. Cependant ce Initiment

alleslnit un effort d'originalité dont il est juste de savoir gré à Tartiste. Pour que vous lassiez vous-mêmes la part de Téloge et de la critique, je vous représente la porte principale, « Golden doorvvay » (//g'. 9). L'entrée même est écrasée sous la série des arcs concentriques qui Tencadrent; mais les arabesques dorées et argentées de ces arcs sont riches, les lanternes qui les llanquent sont d'un bon décor et les bas-

PorLc d'ur du Palais des Lransporls {^Transportation building - Golden doorway).

reliefs représentant les moyens de transport d'autrefois et d'aujourd'hui dont vous ne pouvez pas bien apercevoir le détail, sont bien appropriés.

11 nous faut maintenant traverser toute"; l'expositon de l'ouest à Test pour nous rendre dans une île au bord du lac et jeter un coup d'œil sur la reproduction du couvent de la Kabida {f(g\ 10). 11 n'y a là aucun mérite architectural, mais un intéressant souvenir historique: c'est le couvent où Christophe Colomb, pauvre et découragé, rencontra le prieur qui lui procura la protection de la reine Isabelle. Près de ce couvent, qui contenait de précieuses reliques, étaient amarrés trois bâtiments, reproduction aussi lîdèle que possible de la petite Hotte de Colomb. Les Scandinaves qui ont

COLP d'oeil d'i:NSEMBLE SLR l'exposition de CHICAGO. 23

foulé la terre d'Amérique, le a Vinland », avant les Espagnols, n'avaient pas voulu laisser oublier leurs litres, — d'autant qu'il y a aujourd'hui beaucoup de colons Scandinaves aux États- Unis, — et ils avaient amené des côtes de Norvège une barque semblable à celle des pirates normands du ix^ siècle. Ce n'é« laient pas les seules curiosités archéologiques ou ethnographiques de l'exposition; mais je ne vous conduirai pas, pour

Couvent de la l^ahida.

les apprécier, devant les cabanes ou tentes des Indiens, leurs armes et leurs outils, et je ne vous dirai rien des monuments et souvenirs que renfermait l'exposition, très bien organisée, de Tanthropologie.

Je n'ai pas le temps non plus de vous promener dans la grande avenue où chaque État et Territoire des États-Unis avait élevé son palais particulier dont il avait fait un musée de ses produits ou simplement un salon de conversation. Chaque Etat, rivalisant avec ses frères et se piquant d'amour-propre, avait tenu à se distinguer par l'originalité ou le luxe de la construction. On remarquait surtout le Palais de l'illinois, qui, étant chez lui (Chicago est une ville de l'illinois), avait voulu construire un bâtiment plus grand que tous les autres et l'avait surmonté d'un dome un peu étriqué et trop jaune, mais égalant

ai É. LICVASSKIR,

à peu près en hauteur ceux du gouvernemeiil el de Fadminislralion, le Palais de l'Élat de TSew York, soinplueux édifice qui rappelait Versailles par certains traits et dans la décoration duquel il m'a semblé reconnaître une touche française, le Palais du Massachusetts, heureuse imitation de la maison qu'a habitée John Hankock, le Palais du Vermont, petit bijou pompéien, et, non loin de là, la maison de Washington à Mount Vernon^ exactement reproduite; à l'autre extrémité de l'avenue, le Palais de la Californie, vaste bâtiment emprunté à l'archilectur(3 des Jésuites, le rustique Palais de bois du Washington.

Au bout de cette avenue, près du lac, étaient les pavillons des commissariats de plusieurs pays étrangers, celui de l'Empire allemand, bâti dans le style d'un hôtel gothique, celui de la France, dont une salle, imitée d'une galerie de Versailles et contenant des reliques de Lafayette et de A\'ashington, attirail chaque jour une foule nombreuse, celui du Canada que signalait de loin sa tour ronde. Les Américains admiraient dans ce dernier une belle collection de bois indigènes; je remarquais en outre, que ce pavillon et celui de la France formaient les deux extrémités d'une même ligne bordant le lac, et ce rapprochement réveillait en moi des souvenirs qui me sont chers. Le pavillon de la Suède, ayant l'aspect d'un vieil édifice Scandinave, avait été construit dans le pays même, démonté, puis remonté à Jackson park, il se trouvait en arrière, à quelque distance du lac.

On conseillait de passer une semaine à Chicago pour visiter l'exposition, A week at tlie Fair. Nous venons d'y passer à peine une heure et denne. Aussi ne vous en ai-je montré que les dehors et je suis loin de vous les avoir fait tous voir. Nous n'avons pas eu besoin de nous reposer dans le bâtiment du (( Public comfort », où l'on trouvait des chaises et des fauteuils à bascule dans lesquels les Américains aiment à se balancer, des cabinets de toilette et tous les renseignements qu'un visiteur novice pouvait désirer, ni de nous désaltérer aux nombreuses buvettes payantes ou aux 12000 robinets gratuits d'eau stérilisée par le procédé Pasteur, ainsi que le disait l'afliclie; nous n'avons pas joui de l'éclairage électrique que produisaient 12000 chevaux-vapeur, ni vu tous les bassins, la forèl de

COUP d'oeil d'eNSKMBLE sur l'exposition de CllICVGO. 25

moulins à ven! qui occiipoil rextrémilé méridionale de l'exposition, la grande serre du Palais de riiorlicullure et son rocher central tout tapissé de plantes exotiques. Aux collègues qui parleront après moi, il appartiendra de vous faire connaître, chacun dans sa spécialité, ce que contenait l'exposition de Chicago. Ma tâche se borne à vous donner une idée de l'ensemble.

Un mot encore avant de sortir de l'enceinte de ia a Grande foire colombienne ». Je Fai étudiée dans ses diverses parties, en vue de connaître, pour ma propre instruction, avec les pièces justificatives sous les yeux, la diversité des richesses agricoles et industrielles des Etats-Unis et l'état de civihsation économique de la grande république américaine. J'y ai trouvé une masse énorme de renseignements, (tétait un immense musée où^ sur un espace de s**^"*"!^, avaient été rassemblés les produits en tout genre d'une contrée de 7 millions^ de kilomètres carrés et les monuments de Thistoire et de la vie sociale d'un peuple de 66 miliions d'âmes; agriculture, mines, manufactures, outillage, transports, arts, archéologie, éducation, mœurs et coutumes, passé et présent, s'y étaient donné rendezvous; ce n'étaient pas seulement des particuliers, mais c'était chaque État de la république qui avait fait ellort pour se parer de tous ses avantages; les brochures descriptives, toujours très laudatives, abondaient; les journaux locaux ou spéciaux étaient sur les tables dans les palais des Étals; les agents donnaient volontiers des éclaircissenients, surtout ceux des États nouveaux et des Territoires qui faisaient de la réclame pour séduire des immigrants.

Sans doute, l'exposition américaine n'était pas complète. Il s'était produit des dissidences, il y avait eu des amours-propres froissés et l'on signalait certaines abstentions notoires et regrettées. Sans doute aussi, la visite était pénible parce que l'espace était extrêmement vaste et que certains objets, exposés dans plusieurs bâtiments, se trouvaient en double et même en triple exemplaire. Les spécialistes lui ont reproché de ne pas avoir manifesté, même pour l'électricité et les machines où les Américains excellent, d'inventions faisant époque. Ne peut-on pas leur répondre qu'il en est ainsi aujourd'hui de la plupart des expositions universelles parce

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