‹ L'Exposition de ChicagoChapitre 4 sur 7 · K. LEVASSEUR · texte numérisé non relu

K. LEVASSEUR

qu'elles se renouvellenl beaucoup trop souvent? Ces grandes solennités sont elles-mêmes une invention très louable de notre civilisation moderne ; mais on en abuse. J'ai eu plus d'une fois l'occasion de dire qu'on leur enlève ainsi une partie de leur intérêt sérieux el qu'on est amené par là à les faire dégénérer en foire pour attirer le public. Il n'est pas étonnant qu'entre i88c) et 1898 il ne se soit pas produit de révolution dans l'industrie; toutefois les perfectionnements de détail, les procédés ingénieux et les résultats dignes d'attention abondaient dans l'exposition d'un peuple qui est essentiellement inventeur.

Sortons maintenant ; vous rentrerez dimanche prochain dans l'exposition avec un autre guide. Mais, avant de nous séparer, donnons un coup d'oeil à la cité qui a osé tenter cette gigantesque entreprise.

Chicago est née au bord d'une petite rivière qui se jette à l'extrémité sud-ouest du lac Michigan, et dont le lit est tout voisin d'un affluent du Mississipi. Les Indiens transportaient à dos leurs canots d'une rivière à l'autre, établissant ainsi une voie commerciale entre les grands lacs et le grand lleuve : c'était le Portage de Chicago. Des Français l'avaient découvert au xvii^ siècle. Cependant, en 1828, il n'y avait encore qu'un fortin de bois à l'embouchure de cette rivière, et Tofficier qui le commandait écrivait au secrétaire d'État de la guerre à Washington pour l'engager à a abandonner un poste situé dans une contrée où il était impossible de faire vivre une population suffisante pour justifier la dépense. » En effet, en i83o,il n'y avait que 70 habitants groupés dans des cabanes autour de ce fort. En 1890, on a recensé 1099000 habitants sur le territoire de la ville de Chicago et il y en avait plus d'un million et demi en 1893. Chicago, quoique placée à i5oo^'"' de l'Océan, est aujourd'hui le premier port des États-Unis après New York; 9.5 chemins de fer y convergent, de nombreux tramways mis en mouvement par des chevaux, par des câbles souterrains ou par l'électricité, rendent la circulation commode sur un territoire qui est un peu plus grand que le département de la Seine, mais qui est loin d'être encore partout couvert de maisons.

Pour vous faire juger de l'activité qui y règne, je mets sous

COUP d'œIL d'ensemble sur l'exposition IIE CHICAGO. 27

VOS yeux la photographie d'une de ses rues à l'heure du marché {fig> II). C'est a Haymarket square au coin de Ilandolph et de Desplaines street. Vous y voyez le monunient élevé par souscription à la police, en mémoire de rémeute de mai 1886 où des agents ont été tués en cherchant à maintenir l'ordre et à la suite de laquelle quatre anarchistes ont été <c lynchés » dans leur prison par la population. Je ne

Fig. II.

Marché à Chicago (Haymarket street).

décrirai pas Chicago. Mes collègues vous parleront sans doute de quelques maisons colossales, comme le a Masonic temple », la plus haute du monde, je ne dis pas la plus gracieuse, ayant 21 étages auxquels on accède par 17 ascenseurs, ou comme l'c( Auditorium », qui n'a que i3 élévateurs, mais qui contient un théâtre aménagé poiu^ ^000 spectateurs assis et ^000 spectateurs debout^ une salle à manger de 120 pieds de long et qu'éclairent 12 000 lampes électriques- Ils vous montreront les c( Stockyards » et les « Packing houses » où l'on tue plus de porcs en une année que n'en possède la France et où une seule maison, — la plus importante, il est vrai, — a abattu et débité en viande fraîche ou en conserves plus d'animaux, bœufs, moutons, cochons, en 189^., qu il n'en est entré dans

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