‹ L'exposition de Saint-ÉtienneChapitre 13 sur 49 · S'-ÉTIENNE · texte numérisé non relu

S'-ÉTIENNE

ARMURE DE FRANÇOIS Ie

(Musée de Smyit-Elicnnej

Théolier cl C", imprimcurs-éiliteurs

Texte par M. Mari us Vachon.

Pliototypie Chéri-Rousseau et fils.

L'Armurerie

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'Armurerie stéphanoise n'est pas sans analogie de conditions économiques et industrielles avec la Rubanerie. Mais, pour des causes dont la responsabilité ne lui incombe pas tout entière, elle est loin d'en avoir eu la brillante fortune, un développement constant de perfectionnements techniques et de progrès artistique, une prospérité commerciale toujours ascendante. Comme la Rubanerie, elle compte de nombreux quartiers de noblesse; elle date du xve siècle. Saint- Etienne" n'était encore qu'une bourgade de quelques centaines d'habitants, qu'il avait déjà conquis une certaine réputation par ses armes, tant de guerre que de luxe. En 1 5 16, François Ier y établissait une fabrique royale d'arquebuses à rouet, dont il confia la direction à l'ingénieur languedocien Georges Virgile, et qui a été l'aïeule de la colossale Manufacture nationale d'armes. Un chroniqueur mentionne une arquebuse, fabriquée sous le règne de Henri II, qui était une véritable merveille, par la complication des ressorts, le fini du canon taillé à pans et cannelé, la beauté des incrustations d'argent, d'ivoire et de nacre, qui rehaussaient la patine du bois. Le Musée municipal d'Art et d'Industrie possède des armes de cette époque, qui sont fort remarquables, des « pétrinals » des canons à main à serpentin, des arquebuses à crochet, des fourquines, des arquebuses à rouet, des mousquets à tonnerres, de diverses formes et de

tous calibres. L'organisation économique de l'institution nouvelle fut, pendant de longues années, un sérieux obstacle à son extension. L'Etat traitait simplement avec l'industrie privée, pour une livraison d'armes à une époque déterminée. Sous Louis XIV, la fabrication des armes à Saint-Etienne est relativement assez prospère. Le (5 février 1670, une ordonnance royale introduit le fusil dans l'infanterie. Quatre soldats par compagnie furent, au début, munis de la nouvelle arme. En 1687, le nombre de fusiliers était porté à 6 et, en 1692, à 21. Entre temps, certains corps privilégiés, les grenadiers et les bombardiers, avaient reçu aussi le fusil. En 1703, sur le conseil de Vauban, le roi supprimait définitivement les piques dans l'armée. On donna à toute l'infanterie le fusil, qui, grâce à l'invention de la bayonnette, put servir désormais d'arme de tir et de hast. Vauban apporta lui-même à l'arme officielle un perfectionnement important : Le fusil devint à double feu, d'après le modèle de l'arquebuse à serpentin et à rouet ; dans le cas où la batterie ratait, un serpentin à mèche mettait le feu à la poudre.

Sous Louis XV, l'armurerie subit des phases diverses. Dans les Mémoires du marquis d'Argenson, se trouve, à la date de 1755, un passage relatif à la Manufacture d'armes de Saint- Etienne : « Mais pendant que le roi a répandu tant de libéralités pour encourager cette Manufacture (Sèvres), on abandonne celles de Charleville et de Saint-Etienne pour la fabrication des armes, qui nous sont bien autrement utiles, puisqu'il s'agit de la défense du royaume et que les trois quarts des ouvriers passent à l'étranger. » Le système adopté dans l'organisation et le fonctionnement de la ?vlanufacture était devenu si compromettant pour son existence, que le roi résolut, en 1764, d'envoyer à Saint-Etienne M. de Montbéliard, inspecteur de la Manufacture de Charleville, pour étudier les réformes à apporter à l'institution. Tout au moins ce fut là le prétexte public de la transformation qu'elle allait subir. La mode était, pendant cette période, à la constitution de sociétés privées pour l'exploitation de la plupart des services de l'Etat, sociétés formées invariablement par les fermiers généraux, les Blondel, les Bouret, les Papillon, les de Verdun, etc., et dans lesquelles la maîtresse du roi, Mmc de Pompadour, et ses familiers, recevaient des parts importantes pour leur intervention dans l'octroi des lettres patentes de concession. M. de Montbéliard déclara que tout le mal dont souffrait la Manufacture provenait de l'éparpillement des ouvriers et du mode de commande à l'industrie privée. Sur sa proposition, il fut formé une société à laquelle le roi accorda le privilège exclusif de fournir toutes les armes de guerre. La société fit construire à ses frais, place Chavanelle, un bâtiment très vaste, où tous les services furent concentrés. Un arrêt royal exempta de la milice les ouvriers qu'elle employait. La production annuelle qui s'élevait à peine à 3. 000 fusils fut portée à 20.000. L'industrie privée était néanmoins appelée à concourir à l'armement des troupes du roi; on lui commandait les pièces détachées, qu'exécutaient les nombreux ouvriers disséminés dans Saint- Etienne et dans les communes environnantes. La Manufacture royale montait et finissait les armes. De 1786 à 1790, la Manufacture compte 35o ouvriers et l'industrie privée, 2.85o. La situation de l'armurerie est très prospère ; elle travaille pour l'Italie, l'Allemagne, la Pologne, la Russie, l'Espagne, le Portugal et les colonies de l'Amérique. Le Levant, par la voie de Marseille, tire de Saint-Etienne toutes les armes de grand luxe. Les ouvriers reçoivent des salaires si élevés que la plupart quittent la Manufacture royale pour travailler dans l'arme de luxe et de commerce. En 1789, la production de Saint-Etienne, de ce chef, est de 70. ibo armes à feu et 91.000 armes blanches. La Manufacture fabrique seulement 12.000 fusils. Les guerres contre la coalition européenne nécessitent un armement considérable et rapide ; on adopte un modèle moins compliqué que celui de 1777 et d'une exécution plus facile. Tous les jeunes

ouvriers armuriers delà région sont réquisitionnés et placés en régie. Un état officiel témoigne que, du 3o août 1794 au 19 mai 1796, il fut expédié de la Manufacture nationale d'armes de Saint-Etienne aux armées 170.858 fusils, 13.219 paires de pistolets et plus de 10.000 sabres. En 1799, le régime de l'entreprise est rétabli. Les guerres de l'Empire ruinent l'industrie privée en supprimant tout commerce d'exportation et en accaparant la plupart des armuriers, pour la Manufacture, dont la production annuelle est de 120.000 fusils. L'industrie ne fabrique plus, en 1800, que i6.65o fusils par an et le nombre des ouvriers tombe à moins de 1.200. Ces chiffres, en 1810, sont encore bien plus diminués; il n'y a plus que 525 ouvriers, qui fabriquent 5. 600 fusils. Pendant la Restauration, la fabrication de la Manufacture diminue sensiblement ; elle n'est plus par an que de 3o à 40.000 armes à feu, fusils et pistolets. Les ouvriers sont au nombre de 1.273, disséminés dans les communes de Saint-Etienne, Montaud, Villars, Saint-Genest-Lerpt, Saint-Héand, Sorbiers, Rochetaillée et Planfoy. L'industrie privée renaît. En i8i5, Saint-Etienne produit 6.178 fusils doubles, 5.172 simples et 2.i56 paires de pistolets; en 1817. 12.390 fusils doubles, 10.743 fusils simples et 3.352 paires de pistolets. On fabrique beaucoup d'armes de luxe. Cette dernière année, on estimait la valeur des métaux précieux employés à 7.800 francs, pour l'or fin; à 12.800, pour le platine et à 216.000, pour l'argent. L'Orient même, où le travail du métal a été poussé à un si haut degré de perfection, commandait à Saint-Etienne des fusils et des pistolets damasquinés et ciselés.

En dépit de la concurrence énergique que l'Angleterre et la Belgique commencèrent à lui faire, dans les premières années de la Monarchie de juillet, la Fabrique stéphanoise conserva longtemps sa suprématie. En 1 833, l'industrie privée occupe 8.000 ouvriers, fabrique 14.471 fusils à deux coups, 7.3o3 à un coup et i.oo3 paires de pistolets qui, ajoutés aux 81.400 armes de guerre, constitue une importante production générale de 104.177 armes. La loi de 1860, inspirée à l'Empire par sa terreur folle de la Révolution, porta le premier coup à l'armurerie de Saint-Etienne, comme à celle de Paris d'ailleurs, et ouvrit la période de décadence. Cette loi funeste interdisait la fabrication de l'arme de guerre, la réparation et l'utilisation des pièces séparées et des armes de guerre mises en réformes ou au rebut, la fabrication et le commerce des armes de bord et de troque, des cannes-fusils, des armes à vent, des carabines de salon et des pistolets de poche. La loi n'accordait qu'une tolérance administrative pour la fabrication des revolvers de 7,9 et 12 millimètres ; le 5 millimètres était interdit. De plus, l'art. 2 soumettait l'industrie au régime absolu du bon plaisir de l'administration par la déclaration suivante : « Peut être réputée arme de guerre toute arme qui serait reconnue propre à la guerre et qui serait une imitation réduite ou amplifiée d'une arme de guerre. » Un arsenal de lois de douane et de règlements de police, des séries d'inspections du fisc, du ministère de la guerre et du ministère de l'intérieur, entravaient en outre constamment la fabrication et le commerce de ce qui était permis ou toléré. Liège, Birmingham, Enfield, en Amérique, prirent immédiatement un immense essor. Cette année-là, la Belgique seule produisit pour 20 millions de francs en armes. C'est elle qui a le plus bénéficié de la loi de 1860. Actuellement, Liège compte 70.000 armuriers et fabrique par an i.ôoo.ooo armes, alors que Saint-Etienne est tombée à 4.000 ouvriers et ne produit que 41.000 armes, presque exclusivement vendues en France. La fabrique stéphanoise se heurte partout et même chez nous à la concurrence belge, qui importe annuellement, avec l'Angleterre, pour environ 2.000.000 francs d'armes. En 1 885, la loi de 1860 a été rapportée ; on a rendu à l'industrie la liberté de fabrication des armes de guerre, mais les bénéfices de cette réforme sont encore bien illusoires.

Pendant que l'industrie privée entrait en décadence, la Manufacture de l'Etat prospérait et sa production augmentait chaque année. De 97.000 fusils en 1862, elle passe à 120.000 en i863; en 1870, elle atteint 102.684 et en 187 1 , 276.872, pour s'élever à 439.957, en 1878. L'ancien établissement de la place Chavanelle et sa succursale des Rives étaient devenus insuffisants. Le gouvernement impérial décida, en 1862, la construction d'une grande Manufacture, au nord de Saint-Etienne, dans le quartier du Treuil, sur l'emplacement de l'ancien Champ de Mars. Les travaux commencèrent en 1864 et, le 22 avril 1866, l'inauguration des bâtiments était faite. Les services de Saint-Héand, de Tarbes et de Mutzig y furent immédiatement concentrés. A la suite des expériences faites à Vincennes et au camp de Châlons, cette année-là, le système Chassepot avait été adopté pour l'armement général des troupes françaises. La fabrication des nouveaux fusils fut conduite avec une grande rapidité et, au mois de juillet 1870, le Ministre de la Guerre en possédait plus d'un million dans ses arsenaux. Pendant la Guerre de 1870-1871, la Manufacture, par sa puissante organisation, combinée avec les efforts prodigieux des établissements métallurgiques et des ateliers d'armurerie de la région, put fournir à la Défense nationale un armement considérable. En juillet 1874, le gouvernement, sur l'avis d'une haute Commission, présidée par le maréchal Canrobert, adoptait comme type officiel le fusil Gras, rappelant par la forme et les dimensions le modèle de 1866, mais en différant essentiellement par le principe de la cartouche et les détails du mécanisme de fermeture. Depuis l'adoption du type Lebel, l'Etat a acheté les grands ateliers de l'Etivalière pour en faire une annexe de la Manufacture. Le chiffre des ouvriers est de 10.000 environ, qui produisent 1.600 fusils par jour, 480.000 par an. Avec une organisation aussi puissante et un budget considérable, toujours indiscuté, la Manufacture de l'Etat fait à l'industrie privée, pour l'arme de guerre, une concurrence que celle-ci ne peut même songer à combattre. En outre, elle désorganise ses ateliers et lui enlève ses ouvriers, par la perspective de salaires relativement élevés et de garanties de durée de travail, que l'industrie privée ne peut offrir qu'à une élite restreinte de la corporation. Un simple manœuvre, apte à conduire une machine dans le nombreux outillage de la fabrication de l'arme de guerre, peut se faire à la Manufacture une journée moyenne de 4 fr. 40 cent., alors qu'un ouvrier dans l'arme de luxe gagne péniblement 4 francs à 4 fr. 5o et doit en outre s'attendre à subir de fréquents et longs chômages. Toutes ces conditions économiques ont créé à l'armurerie stéphanoise une cruelle situation. De 1 885 à 1889, la production a décru constamment, en même temps que les prix s'avilissaient sans cesse. Voici les chiffres officiels que donne le banc d'épreuve : 1 885, 73.042 canons éprouvés; 1886, 70.358; 1887, 04.453 ; 1888, 49.060; 1889, 39.839. En 1890, on s'est relevé un peu à 41.403, et tout fait espérer que l'année 1891 présentera des résultats plus satisfaisants.

On faisait hier à la Fabrique stéphanoise le reproche de rester indolemment en dehors du mouvement moderne d'inventions et de progrès techniques ; de marcher trop volontiers à la remorque de l'étranger pour la mode ; de manquer d'initiative et d'énergie pour le développement de ses relations, aussi bien en France qu'à l'étranger. Si ce reproche a été justifié, il l'est moins aujourd'hui. Une renaissance semble se produire. Des hommes jeunes et hardis ont infusé à l'industrie un sang généreux, qui rajeunit visiblement jusqu'aux plus vieilles maisons. Le génie de l'invention se réveille partout et enfante des oeuvres originales et nouvelles. L'Exposition seule, qui contient à peine une vingtaine de fabricants, peut offrir, dans l'arme de chasse et de tir, seize types nouveaux ou présentant des perfectionnements, des

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