DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES
Le 18 octobre i8gi
Dès 9 heures 1/2, les abords de l'Hôtel-de- Ville étaient envahis par une foule compacte, tandis que les nombreux invités gravissaient les marches du monument et se rendaient dans l'immense salle des séances du Conseil municipal où, presque entièrement rétabli, M. le Maire les recevait avec sa bonne grâce habituelle.
A 10 heures 1/4, le cortège officiel, pompiers et musique en tête, se mettait en marche et, au milieu d'une double haie compacte de curieux, se dirigeait vers la place du Treuil.
Une foule de curieux l'y avait précédée et quand, aux accents d'une joyeuse fanfare, maire, préfet, sénateurs, députés, généraux, conseillers de préfecture, adjoints, conseillers municipaux, membres de la Chambre de commerce, officiers supérieurs de toutes armes, exposants et représentants de nombre de villes prirent place sur l'estrade coquettement adossée au grand pavillon des machines, déjà la vaste enceinte était noire de monde.
D'ailleurs, on avait bien fait les choses et la décoration, due au tapissier Poncet, ne laissait rien à désirer.
M. Girodet prend place au fauteuil présidentiel, ayant à sa droite M. le Préfet, à sa gauche M. Brossard, sénateur président du Conseil général, M. le général Perron, M. de Montgolfier, président de la Chambre de commerce, MM. les sénateurs Reymond, Brunon et Madignier, ce dernier modestement assis au second rang, tout à côté de M. le député
Audiffred, qui, lui aussi, avait bien voulu honorer de sa présence la distribution des récompenses d'une Exposition dont le succès n'est plus à démontrer.
La musique du 38e de ligne joue une marche, puis M. Girodet se lève et prononce le discours suivant :
Messieurs,
En venant présider à la distribution des récompenses de l'Exposition industrielle de Saint-Etienne, j'éprouve une double satisfaction et un sentiment de sincère reconnaissance envers ceux qui ont si cordialement coopéré à la réussite de notre œuvre.
Cette satisfaction, je la trouve dans ses résultats qui ont dépassé toutes nos espérances; dans les avantages réels qu'aura pu en retirer la laborieuse population de notre région.
Car c'est dans le but, surtout, de faire œuvre utile et profitable à la classe ouvrière que nous avions conçu et organisé cette fête du travail, et si, dans sa réussite, nous avons rencontré beaucoup d'incrédules, nous avons trouvé, heureusement, plus de croyants encore.
Permettez-moi, Messieurs, de vous tracer en quelques mots la genèse et l'historique de cette Exposition.
Dans sa séance du 3 avril 189 1, le Conseil municipal, sur notre proposition, vote un premier crédit pour l'Exposition industrielle des Beaux-Arts, les Concours d'Agriculture, d'Horticulture et de Musique. SixCommissions spéciales nommées par mon administration et représentant les principaux industriels de la région prêtent leur concours à l'organisation générale. — Le service ordinaire de l'architecture de la Ville reçoit l'ordre de préparer les plans d'ensemble des travaux.
Le 10 avril, les travaux de fondations sont commencés, les industriels, les commerçants sont invités à participer à l'Exposition.
Les premières prévisions comprenaient seulement une surface de 2.5oo mètres, mais dès le début, les demandes des exposants ont été en telle arfluence que par des adjonctions successives la surface totale des constructions a dû être portée à 7.000 mètres carrés.
En 74 jours, les constructions étaient édifiées, décorées, les exposants étaient à leur poste, et notre entreprise, si rapidement organisée, a cependant donné le spectacle bien rare d'une exposition entièrement prête au jour qui avait été fixé pour son ouverture.
Quant aux résultats, ils peuvent se résumer en quelques lignes.
28 départements sont représentés dans ces galeries par 1.200 exposants, par 120 industries diverses. — En 65 jours, 400.000 personnes ont franchi les guichets de nos diverses expositions.
En projetant cette Exposition industrielle, cette Exposition des Beaux-Arts, nous n'avons pas seulement pour but d'exciter une facile curiosité, une inévitable admiration pour les merveilleux produits de notre commerce, de notre industrie; nous avions pensé surtout aux résultats profitables que cette Exposition pouvait laisser après elle, aux enseignements qu'elle devait offrir à tous.
Sous sa forme un peu pompeuse, une exposition industrielle, sérieusement conçue, sérieusement organisée, est certainement une des meilleures leçons de choses, une excellente démonstration pour quiconque sait bien voir et comprendre ce qu'il voit.
Une Exposition est une œuvre utile, une œuvre démocratique. Utile: parce que les comparaisons inévitables que suscite l'examen de tant de machines diverses, construites dans un même but, de tant de produits variés, destinés à une même consomation, déterminent inévitablement chez le consommateur le choix de l'outil, du produit le mieux approprié à ses besoins; chez l'industriel, chez le commerçant, le sentiment des progrès à accomplir, le perfectionnement à trouver, chez tous une émulation féconde en progrès.
Elle est démocratique, parce que l'ouvrier doit surtout y trouver d'utiles leçons, de précieux renseignements; qu'elle lui fournit l'occasion d'étudier dans leur ensemble, dans leur effet utile, non seulement les produits de son métier spécial, mais ceux encore de tous ses frères en travail.
Et ne doit-il pas, cet ouvrier, éprouver une légitime fierté lorsqu'il est témoin de l'étonnement, de l'admiration qu'excite la vue de ces remarquables machines, de ces étincelantes soieries ? Ne doit-il pas recueillir sa part d'éloges pour des œuvres dont il a été le modeste, mais indispensable collaborateur?
En résumé, Messieurs, on peut l'affirmer, toutes les expositions qui depuis 40 ans ont remué notre vieille Europe ont laissé leur trace durable.
Chacune a déterminé les progrès à accomplir, chacune a montré les progrès réalisés.
Mais si notre Exposition, avec ses modestes proportions, a donné des résultats, si elle a laissé des souvenirs qui ont dépassé nos prévisions les plus optimistes, nous devons en attribuer la plus grande part aux collaborateurs dévoués qui pour sa réussite ont déployé une fiévreuse activité, un zèle infatigable, et c'est avec bonheur que nous leur adressons, au nom de la ville de Saint-Etienne, au nom de la Municipalité, nos plus sincères, nos plus chaleureux remerciements.
A M. de Montgolfier, l'éminent président de la Chambre de commerce, à la Chambre de commerce entière qui, confiante en notre projet, n'a rien négligé pour sa réussite, qui y a contribué par ses persuasives démarches, plus encore par son active collaboration ;
Chacun des éminents industriels, commerçants qu'elle renferme dans son sein, ayant eu à cœur d'exposer ici le meilleur de son industrie, de son commerce, d'égaler, sinon dépasser les merveilles de 1889.
Mais ce n'est pas à son œuvre dans cette exposition que je veux borner mes remerciements, et je saisis l'occasion qui
m'est offerte de la remercier encore au nom de tous mes concitoyens du rôle considérable qu'elle a joué dans la mémorable discussion des traités de commerce, de la féliciter du premier succès qu'elle doit à son énergie et au talent des orateurs qui dans le Parlement ont défendu sa cause.
Dans cette question dont la solution intéresse à un si haut point l'avenir de la France, ce n'étaient pas seulement les intérêts menacés d'une grande population ouvrière, d'une industrie nationale qu'il importait de sauvegarder, mais les intérêts plus vastes de la démocratie. Comme l'a dit très éloquemment l'honorable M. Léon Say, la bataille entre le libre-échange et la protection à outrance n'est qu'un épisode de la lutte pour la liberté. La liberté des échanges, la liberté du travail ne sont que l'une des faces du problème social dont l'humanité poursuit la solution.
Cette muraille économique dont on nous menaçait (protection insuffisante pour les faibles, excessive et inique poulies plus forts), que nous promettait-elle dans le présent? Des avantages bien discutables, bien hypothétiques pour la population agricole; des sacrifices certains pour la population ouvrière. Dans l'avenir, la presque certitude que la France serait le pays de l'Europe où la vie du pauvre serait la plus difficile.
Qui ne comprend que cette doctrine, incompatible avec tout progrès sérieux, constituant des quasi majorats au profit de certaines industries, devait forcément stériliser cette invention, cette recherche du mieux, ce combat pour le progrès incessant? Qui ne comprend que cette ambition, cette nécessité même de mieux faire, de toujours mieux faire est une des conditions du travail qu'il faut surtout protéger? Que sans cet aiguillon, sans ces difficultés de la lutte commerciale, une industrie qui n'a plus que l'appât d'un gain trop facile est vouée à une fatale décrépitude?
Je crois, Messieurs, que ces vérités ne se peuvent méconnaître, et j'espère fermement qu'elles triompheront une fois encore dans le nouveau débat qui va s'engager bientôt.
J'adresse mes remerciements à tous les collaborateurs qui, dans l'exécution matérielle de notre Exposition, ont fait preuve d'un égal talent, d'une égale activité.
En attribuant à M. Lamaizière la meilleure part de ces remerciements, de ces éloges, je ne ferai que confirmer un verdict unanime, certain que mes félicitations ne rencontreront aucun contradicteur.
A la Commission d'organisation qui nous a aidés de ses précieux avis, qui a réglé avec tant de succès les moindres détails d'une organisation si compliquée, aux membres du jury (dont la notoriété, la compétence rehausseront aux yeux des exposants la valeur des récompenses qui leur ont été accordées), j'adresse mes remerciements d'avoir bien voulu accepter la tâche difficile qui leur avait été confiée, de l'avoir accomplie avec un zèle, une conscience, sûrs garants de leur impartialité.
Je remercie enfin tous les exposants qui ont bien voulu participer à cette fête du travail, j'ose espérer qu'ils garderont de notre Exposition un long er durable souvenir.
Enfin, Messieurs, je vous témoigne à tous l'expression de ma sincère gratitude, de ma vive reconnaissance.
Vous avez donné la preuve de ce que peut devenir la conception la plus modeste quand elle trouve l'appui d'hommes soucieux de maintenir leur ancienne renommée, n'épargnant pas leurs peines, ne reculant devant aucuns sacrifices, portant toujours haut et ferme le drapeau de leur industrie, travaillant pour leur pays, pour leur patrie, pour la République.
Ce discours, interrompu à diverses reprises par les applaudissements de l'assistance, est souligné à la fin par de frénétiques bravos.
M. le Préfet se lève à son tour. Un vif mouvement de curiosité se produit. On attend avec une réelle impatience les déclarations du représentant de l'Etat, qui s'exprime en ces termes :
Messieurs,
Tout a été dit dans le public et dans la presse sur le succès de cette Exposition et la valeur des produits offerts aux regards îles visiteurs. Je voudrais, avant que ces pavillons ne se vident, avant que tant de précieux spécimens de notre industrie ne soient dispersés aux quatre vents, je voudrais faire le bilan de cette entreprise, tout au moins tirer une conclusion pratique du spectacle malheureusement éphémère que vous avez sous les yeux.
M. le Préfet développe alors cette idée que parcourir les galeries de l'Exposition, c'est pour ainsi dire passer la revue des forces de l'industrie stéphanoise.
Vous démontrez par votre vitalité votre droit à l'existence. En même temps que vous réclamez devant le Parlement votre place au soleil, vous prouvez que vous savez la tenir.
Messieurs les exposants, vous avez bien mérité de Saint-Etienne !
La fête que nous célébrons aujourd'hui est pour Saint-Etienne comme une veillée d'armes, une trêve entre deux batailles. Vous avez gagné la première, grâce aux efforts de vos délégués ouvriers, de vos chefs d'industrie, de votre Chambre de commerce. Vous me reprocheriez d'oublier le talent que M. Audiffred a su mettre au service de son ardente conviction (Applaudissements). Il reste une autre bataille à livrer et tous vos yeux se tournent vers vos sénateurs ; vous ne doutez pas de leur énergie, de leur dévouement, de leur compétence. Je fais des vœux pour que le succès soit à la hauteur de leur courage!
J'ajoute, parce que je me crois autorisé à le faire, que le Ministre du Commerce connaît les besoins de cette honnête et laborieuse population, et qu'elle peut compter sur sa sollicitude. Il sait le traitement auquel ont droit vos industries. Ce n'est pas en vain que vos défenseurs feront appel à son impartial patronage. (Applaudissements).
M. de Montgolfier succède à M. le Préfet. Le dévoué Président de la Chambre de commerce prononce l'allocution suivante :
Messieurs,
Après les discours éloquents que vous venez d'entendre, il semble qu'il n'y ait plus rien à dire, et cependant la Chambre de commerce a un devoir à remplir. Elle tient à remercier M. le Maire des paroles sympathiques qu'il a bien voulu lui adresser. Elle tient aussi à le féliciter d'avoir pu présider aujourd'hui la fête de la distribution des récompenses.
Lorsqu'au mois d'août dernier M, le Préfet de la Loire inaugurait l'Exposition, que messieurs les adjoints de la ville de Saint-Etienne déclaraient ouverte, nous avons tous exprimé les regrets que nous causait l'absence de M. Girodet. Je suis sûr aujourd'hui de répondre à votre sentiment unanime en lui exprimant tout le plaisir que nous avons à constater son complet rétablissement. Cette Exposition était son œuvre et il eût été douloureux pour tous qu'elle se terminât sans sa participation directe.
Dans le remarquable exposé qu'il vient de faire, M. le Maire a bien voulu parler en termes élogieux du concours que la Chambre de commerce lui a prêté. Ce concours lui était acquis d'avance. Car mes collègues et moi ne pouvions oublier que c'était à la municipalité présidée par M. Girodet que la Chambre était redevable de la liberté de son budget, et que dans toutes les questions d'ordre général nous avions marché absolument d'accord avec elle.
Vous décidiez, Monsieur le Maire, avec le Conseil municipal, que le moment était venu de mettre en relief les belles industries de notre région; nous n'avions qu'à vous suivre. Nous l'avons fait avec un complet dévouement. C'est là notre seul mérite.
Votre décision ne manquait pas d'ailleurs de hardiesse, car, décrétée le 3 avril 1891, l'Exposition devait être ouverte le g août, ne laissant ainsi que 79 jours pour la construction des bâtiments, l'aménagement des galeries et des pavillons, la création des jardins et de tout cet ensemble que nous admirons.
Vous aviez confiance et vous avez su la faire partager à tous vos collaborateurs. A leur tête vous aviez eu soin de placer l'éminent architecte en chef de la Ville, M. Lamaizière, dont l'activité, la puissance de travail et la haute compétence étaient à la hauteur de cette difficile entreprise.
Je puis dire, sans être taxé d'exagération, que le résultat obtenu a dépassé toute attente.
11 ne m'appartient pas de vanter les efforts faits par les exposants, ni de parler des sacrifices qu'ils se sont imposés, mais je puis affirmer, sans crainte d'être démenti, qu'aucun d'eux ne s'attendait à trouver une organisation aussi complète et aussi harmonieuse.
Chaque catégorie de produits est bien à sa place, facile à trouver, facile à étudier. La grande halle des machines a un caractère imposant, les pavillons isolés sont nombreux et élégants. Enfin, l'Exposition de nuit, avec sa lumière électrique, ses fontaines lumineuses, ses distractions variées, a été, pour tous les visiteurs, une surprise des plus agréables.
Honneur donc à vous, Monsieur le Maire, honneur au Conseil municipal, honneur au dévoué commissaire général, M. Lamaizière.
J'ajoute aussi, honneur aux industries de la Loire, qui, toutes, ont répondu si largement à votre appel. A vrai dire, on ne pouvait s'attendre à moins de leur activité et de leur vitalité.
J'ai rappelé, le jour de l'inauguration, les progrès accomplis dans toutes les branches de nos industries, pendant la période qui s'est écoulée de i83o à 1830. J'ai montré que la rubanerie avait passé d'une production de 5o millions à une production de 12b millions. Que les houilles de 800.000 tonnes s'étaient élevées à 4 millions de tonnes. Que la métallurgie était montée de 8 millions à 70 millions. Que la quincaillerie avait progressé de 4.500.000 francs à i5 millions. Que la verrerie, singulièrement concurrencée à l'étranger, s'était élevée de 4.200.000 francs à 7.600.000 francs. Que l'armurerie, si gravement atteinte par la prohibition do la fabrication des armes de guerre, tend à se ressaisir depuis que la liberté lui a été rendue et qu'elle reprendra bientôt un nouvel essor, si elle sait mettre à profit les exemples de perfection de fabrication qui lui sont donnés par la grande Manufacture d'armes de l'Etat.
Ce tableau, Messieurs, que j'ai déjà une fois mis sous vos yeux, est encourageant pour nous tous qui travaillons sans relâche au progrès de notre pays. Nous devons en être fiers.
Mais aussi, pour areindre ce résultat, quels efforts surhumains n'ont pas été tentés et quelle pléiade d'hommes illustres ne rencontrons-nous pas dans toutes les branches des industries delà Loire!
Je ne parle pas des ingénieurs distingués qui m'écoutent, je craindrais de froisser leur modestie. xVlais j'ai le droit de rappeler quelques-uns de leurs illustres prédécesseurs.
Dans la rubanerie, la , soierie et les lacets, que de noms à citer : à l'origine, les Dugas, les Flachat, les Thiollière et Salichon ; un peu plus tard Jean-Baptiste David, Richard, Chambovet, Bancel, Giron, Martin d'A.irec, Balay, et enfin Félix Escoffier et Gérentet, les deux b:enfaiteurs de notre Chambre de commerce.
Dans l'industrie des charbons, nous trouvons les noms si aimés, si respectés encore de nos jours, de Beaunier, de Gruner, de Dyèvre, de Dusouich, de Dupont et de tant d'ingénieurs éminents, dont plusieurs ont payé de leur vie leur amour pour leur art si difficile et si dangereux.
Dans l'industrie des chemins de fer, nous voyons briller au premier rang des hommes pratiques et des savants : Marc Seguin l'inventeur de la chaudière tubulaire, qui dota notre département du premier chemin de fer construit en France, et à côté de lui Claude Verpilleux, l'inventeur des grappins sur le Rhône, qui le premier remorqua, avec les locomotives de son système, les wagons sur la rampe de Ri ve-de-Gier à Saint-Etienne.
Dans la métallurgie, c'est Jackson, important d'Angleterre, en 1807, la fabrication de l'acier au creuset; c'est Jean et Jacob Holtzer, fondanten i833 leur aciérie d'Unieux; c'est de Gallois construisant en 1817, à Terrenoire, le premier hautfourneau de la région ; enfin, à une époque plus rapprochée, c'est Petin et Gaudet introduisant le procédé Bessemer en France et inaugurant la grande industrie dans la Loire par la fabrication des plaques de blindages pour les navires, des
canons en acier et des bandages sans soudure. C'est Barrouin et Verdié, les fondateurs de deux puissantes compagnies le m'arrête, Messieurs, la nomenclature complète des hommes doués de ce don de Dieu qu'on appelle le génie nous mènerait trop loin. Tous ceux que j'ai cités, et tant d'autres avec eux, nous ont ouvert la voie :à nous de les suivre et de les imiter. A nous de ne pas laisser péricliter dans nos mains leur noble héritage.
La charge qui nous incombe est lourde. Pour la remplir, nous devons d'abord compter sur nous, mais tous nos efforts seraient vains si nous n'avions pas l'appui des Pouvoirs publics et du Gouvernement.
L'industrie des rubans, des lacets et de la soierie a le besoin absolu de la liberté de ses matières premières : les cocons et les grèges.
Toutes nos autres industries ont besoin d'une protection qui seule peut les mettre à l'abri de la concurrence ruineuse de l'étranger.
C'est ce que l'éminent Ministre qui occupe actuellement le portefeuille du commerce a si bien compris. 11 s'est t'ait le défenseur convaincu et éloquent de nos intérêts devant la Chambre des députés. Nous le retrouverons le même, nous en avons sa parole, dans les débats qui vont s'ouvrir devant le Sénat.
S'il présidait cette fête, comme nous l'avions espéré un instant, nous lui aurions exprimé en termes chaleureux notre reconnaissance. Il eût été acclamé par les 100.000 patrons et ouvriers de cette cité si laborieuse et si productive.
Nous vous prions, Monsieur le Préfet, de lui transmettre l'expression de nos regrets et de notre gratitude.
Dans l'accomplissement de notre tâche, un autre élément nous est encore nécessaire. Ce sont les transports à bon marché.
Je sais, Monsieur le Préfet, que votre préoccupation constante se porte sur cette grave question et que nous pouvons compter sur vous. Je sais aussi que MM. les députés et sénateurs de la Loire ne la perdent pas de vue un instant. Mais je me permettrai de leur dire que nous attendons la solution depuis bien longtemps et que rien ne la fait prévoir à bref délai.
Notre département, Messieurs, ne sera bien outillé que lorsqu'il aura obtenu les deux améliorations que nous ne cessons de réclamer : le canal de la Loire au Rhône et un plus grand développement de nos voies ferrées.
Ce sont là les conditions essentielles de notre prospérité. Le Gouvernement, qui se montre toujours soucieux du bienêtre de ceux qui travaillent, n'oubliera pas que la région de Saint-Etienne est une des plus laborieuses de France et que tous les sacrifices qu'il fera pour elle lui seront rendus au centuple par le développement de la richesse nationale qui en sera la conséquence.
Quant à nous tous, Messieurs, exposants de Saint-Etienne ou des régions étrangères à notre département, souvenonsnous que les producteurs industriels ou agricoles sont les vrais créateurs de la fortune publique et du bien-être de tous, et qu'en travaillant au développement de nos industries respectives, nous travaillons à la grandeur, à la sécurité et à la puissance de la France.
L'éminent directeur des Forges et Aciéries a terminé depuis longtemps que les applaudissements éclatent encore.
La première partie de la cérémonie est terminée.
La parole est au zélé commissaire général de l'Exposition, M. Lamaizière, qui proclame la liste des récompenses qu'on trouvera plus loin.
A 1 1 h. 1/2, cette première partie de la fête était terminée.