‹ L'exposition de Saint-ÉtienneChapitre 30 sur 49 · LE BANQUET · texte numérisé non relu

LE BANQUET

M. le Maire de Saint-Etienne, en portant, à la fin du banquet, la santé de ses invités, a très exactement dégagé l'impression que les quatre cents convives de la salle de l'Eden devaient emporter de cette inoubliable réunion.

Il a dit, et tous ont pu le répéter après lui, que jamais les éléments si variés et si méritants de notre chère cité stéphanoise ne s'étaient trouvés réunis dans un sentiment de concorde aussi sincère.

Tout ce qu'une laborieuse et grande ville comme la nôtre compte d'activités, d'intelligences, et d'énergies était représenté, donnant la sensation de cette force invincible qui naît de l'union et que les stériles querelles de la politique n'ont jamais réussi qu'à affaiblir. Soldats, magistrats, édiles, industriels, négociants, ouvriers, conseillers généraux, députés, tous, croyons-nous, ont partagé, ne fût-ce que pour quelques heures, les espérances qu'autoriserait la vraie, la seule concentration : celle de tous nos concitoyens.

Citons, parmi les personnalités qui avaient répondu à l'appel de M. le Maire :

MM. Lépine, préfet de la Loire; général Pierron, commandant la 25e division; général

La 'y. commandant la 49e brigade; Chautemps et Ghassaing, députés de la Seine; Rabier, député du Loiret; Reymond, Brossard, Madignier, sénateurs; Souhet, Chollet, Audiffred, députés; de la Roulle, vice-président du Conseil de préfecture; Deleporte, conseiller de préfecture; de Montgolfier, président de la Chambre de commerce; Antoine Gauthier, viceprésident; François Gillet, conseiller d'arrondissement, membre de la Chambre de commerce ; Marcellin Giron, Pierre Staron, Bayon, Lucien Thiollier, Cholat, Verny, Marcoux, membres de la Chambre de commerce.

MM. les colonels Metzinger, du 16e de ligne; du Chouchet, du 38e; Percin, directeur de la Manufacture d'armes; Lacombe, du 19e dragons; Guillard, du 1 1 5e territorial.

MM. Roux, Plantevin, Baudron, adjoints : Saunier, Laby, Thibaudïer, Pichon, Sagnol, Rouxel, Abel Faure, Philippon, Granjon, Aubonnet, Berthon. Chavanon, Dupin, Rondet, Pégout, Bouché, Seux, Reynaud, Martigny, conseillers municipaux; Colombet, Taravellier, conseillers généraux.

MM. Damon, maire de Bourg-Argental ; Dulac, maire de Montbrison ; Lavigne, Debolo, Bessières, Guy et Ferrant, adjoints au maire de Lyon; Roger, adjoint au maire de Nancy; Martin, conseiller municipal de Marseille; les maires de Mâcon, de Dijon, de Thiers, de Vienne, etc.

MM, du Chevalard, conseiller général, président de la Société d'agriculture de Montbrison ; Lamaizière, commissaire général de l'Exposition; L. Delainaud, secrétaire des fêtes de l'Exposition; Dard-Janin, directeur du Conservatoire; Deflassieux, maître de forges; Crozet- Boussingault, maire du Chambon-Feugerolles.

MM. Pardon, gouverneur de la Nouvelle-Calédonie; Levaillant, trésorier général; Chavanon, président du Tribunal de commerce; Rimaud et Gast, vice-présidents du Tribunal civil; de Castelnau, ingénieur en chef des mines; Chosson, ingénieur en chef des mines; Termier, professeur à l'Ecole des Mines ; Maillon, garde-mines ; de Largile, directeur des postes et télégraphes ; Pinel, ingénieur en chef des mines de Montrambert, etc., etc.

L'heure des toasts venue, M. le Préfet se lève le premier, portant la santé de M. Carnot, président de la République, et offrant à M. Chautemps de choquer le verre en souvenir des (> bonnes lances » rompues avec lui au conseil municipal de Paris.

M. Girodet exprime ses plus chaleureux remerciements à ses collègues de la Chambre, MM. Chautemps, Chassaing et Rabier, qui ont bien voulu se rendre à l'appel de la municipalité; aux villes de Lyon, Marseille, Dijon, Mâcon, Nancy, Thiers, Bourg-Argental, représentées par leurs maires ou leurs adjoints ; aux membres de la Chambre de commerce, au jury de l'Exposition, aux exposants et à toute la population stéphanoise.

Après avoir insisté sur renseignement qui se dégage de notre Exposition pour l'avenir de notre commerce et de notre industrie, constaté l'union qui s'affirmait à ce moment entre tous les Stéphanois, M. Girodet a fait heureusement ressortir cette idée que l'Exposition nous ayant valu de précieuses révélations dans le domaine des forces motrices, il restait à faire bénéficier de ces découvertes les ateliers de famille qui se comptent par milliers à Saint-Etienne. La rubanerie, la quincaillerie, l'armurerie et autres industries non encore totalement centralisées dans les usines auraient avantage à ces recherches.

M. le Maire a terminé en buvant à tous ses invités, et la salle lui a immédiatement répliqué par une salve d'applaudissements bien nourris.

M. de Montgolfier, répondant au Maire de Saint-Etienne, s'est exprimé ainsi :

Messieurs,

Je vous fais toutes mes excuses de prendre aujourd'hui encore une fois la parole. Vous allez penser, vous seriez trop aimables pour le dire, que la Chambre de commerce et son Président se prodiguent beaucoup, et peut-être trouverez-vous mon intervention un peu fastidieuse. Mais, rassurez-vous ; n'étant pas orateur, je ne veux pas faire de discours. Je tiens seulement à exprimer de nouveau à M. le Maire de la ville de Saint-Etienne, au nom de mes collègues et au mien, toute la joie que nous éprouvons à le voir assis à cette table. J'ajoute qu'ayant l'honneur d'être son voisin, j'ai pu constater qu'il s'y était bien comporté. Je tiens à le féliciter encore une fois du succès de l'Exposition, sa pensée et son œuvre. Il eût été douloureux pour nous qu'elle eût pris fin sans sa participation.

Je tiens à remercier le Conseil municipal de la brillante réception qu'il nous offre. Ce magnifique banquet est le couronnement des fêtes de l'Exposition qui ont été menées avec un entrain et un brio dont tout bon Stéphanois gardera le souvenir.

Je tiens encore à répéter à M. Lamaizière et à ses collaborateurs notre admiration en présence des résultats merveilleux qu'ils ont obtenus.

Vous tous, Messieurs, qui avez contribué à l'œuvre hardie de M. le Maire, vous êtes récompensés par l'hommage unanime qui vous est rendu par vos concitoyens; vous l'êtes encore par la présence à ce banquet de nombreux convives d'élite : maires, conseillers municipaux, représentants autorisés de la Presse, qui n'ont pas reculé dev ant un long voyage pour venir vous apporter leurs félicitations.

Votre œuvre, Monsieur le Maire, méritait cet honneur, et je dirai que notre département le méritait aussi.

J'ai retracé à grands traits, ce matin, l'histoire industrielle de notre pays. J'ai rappelé quelques-uns des noms qui l'ont illustré. J'en ai omis beaucoup, mais vous avez pu juger, par cette nomenclature déjà longue, la somme d'efforts et de travail, je dirai presque de génie, qui a été dépensée.

Il me reste maintenant un vœu à exprimer. C'est que les hôtes d'un jour de la municipalité de Saint-Etienne veuillent bien profiter de leur passage parmi nous pour visiter nos principaux établissements. En ce qui me concerne, je leur ouvre toutes grandes les portes de nos usines de Saint-Chamond.

Vous entendrez, Messieurs, à côté de la mine qui vous ouvrira son gouffre béant, le battement des métiers, le bruissement des fuseaux de lacets ; plus loin, vous verrez pétrir le fer et l'acier pour l'armement du pays et fabriquer par milliers le fusil qui doit protéger nos frontières.

Ces visites vous donneront l'idée exacte de ce que nous sommes. Nous avons parfois l'écorce un peu rude, mais nous avons le cœur haut et bien placé ; nous sommes de braves gens, souvent avec des goûts artistiques incontestables, et avant tout des travailleurs acharnés. Si la forme peut laisser à désirer, le tond est toujours excellent.

Et quand vous serez de retour dans vos foyers, vous penserez peut-être quelquefois à ces braves mineurs toujours prêts à exposer leur vie, à ces rubaniers toujours chercheurs du beau, à ces forgerons toujours penchés sur leur feu incandescent.

Vous vous direz que ce pays noir, qui est malheureusement un peu délaissé et qui n'a jamais eu les encouragements qu'il mérite (c'est peut-être notre faute, Messieurs, parce que nous sommes peu demandeurs et trop modestes), a du bon et qu'après tout il en vaut bien un autre.

Je bois, Messieurs, à la santé de M. le Maire, je bois au Conseil municipal et à la prospérité de nos industries.

Nous renonçons à dire l'enthousiasme soulevé par ce discours. L'auditoire, dont l'éminent Président de la Chambre de commerce venait de traduire sous la forme la plus exquise les regrets et les aspirations, applaudissait avec frénésie, et il était visible pour tout le monde qu'il resterait de l'allocution de M. de Montgolfier une impression profonde et un retentissement considérable.

Ont pris la parole après M. de Montgolfier : MM. Brossard, au nom du Conseil général; Chautemps, au nom de la ville de Paris; Lavigne, au nom de M. Gailleton, maire de Lyon; M. Reymond, qui nous a promis l'appui de sa parole pour défendre nos industries devant le Sénat; M. Madignier, qui a bu à M.Jules Roche, Ministre du commerce.

M. Noël Pardon, gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, a insisté plus particulièrement sur les bienfaits que nos ouvriers peuvent et pourront retirer de l'expansion coloniale. Il a bien voulu rappeler à son auditoire les liens qui le rattachent à notre ville et qui lui ont encore paru plus précieux à six mille lieues de la mère-patrie.

(Mémorial de la Loire.)

Exposition Industrielle

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