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en machines ingénieuses, qui centupleront la puissance de l'homme et serviront, — rails, locomotives, chaudières, hélices, — • de traits d'union entre les nations et les continents. Quel plus merveilleux spectacle d'intelligence, d'activité et d'énergie pourrait offrir la nature humaine ?
Cet accroissement continu et rapide de population, ces progrès constants et prodigieux des industries se sont accomplis pour ainsi dire féériquement, aucunes conditions ethnographiques ne pouvant être plus défavorables à toute expansion. Assise dans une étroite vallée de hautes montagnes, Saint-Etienne n'a d'accès, de tous côtés, que par des cols et des défilés tortueux et abrupts. Une seule ligne de chemins de fer, aux rampes et aux courbes périlleuses, la met en communication coûteuse et lente avec le Forez et le Centre, avec Lyon et le Midi. Nul canal, aboutissant aux grandes routes fluviales du Rhône et de la Loire, ne vient offrir à ses usines et à ses houillères des moyens de transports à bon marché. Les rares cours d'eau sont des ruisseaux ou des torrents. Le climat est rude, le sol est ingrat. Comparez à cette précaire situation celle des grandes villes industrielles d'Allemagne et d'Angleterre. Les larges vallées de la Westphalie,où sont Essen, Mulheim, Bochum, Dortmund, etc., mènent en quelques heures au Rhin et de là à la mer. Birmingham, Coventry, Wolverhampton, Sheffield, Crewes, etc., s'étendent librement dans de vastes plaines, sillonnées en tous sens par des canaux et des voies ferrées, propriétés de Sociétés concurrentes, et qui, au moyen de branchements innombrables, desservent toutes les usines, apportant et enlevant à peu de frais les matières premières et les produits. N'y a-t-il pas là, dans le succès persistant de la lutte des industries de la Loire contre les industries similaires de l'étranger, un témoignage superbe de la force morale et sociale de la population ouvrière de la région, de son habileté technique, de sa puissance de travail, comme la foi, soulevant les montagnes, supprimant les difficultés matérielles et neutralisant les obstacles administratifs ?
Il est une physionomie fort originale que présente Saint-Etienne et dont aucune ville au monde, dans l'ancien et dans le nouveau, ne peut offrir d'exemple. Au milieu de ces charbonnages, de ces hauts-fourneaux, de ces forges, de ces ateliers métallurgiques, sous ce ciel enfumé, sur ce sol noir, éclosent les plus belles fleurs de l'art industriel, les rubans et les velours. Une poétique et très expressive allégorie de cette cité, à peindre par un Boticelli, par Puvis de Chavannes, serait un colosse, le torse nu, à la chevelure et à la barbe, poudrées de poussière de charbon, une main appuyée sur un marteau de forge et, de l'autre, offrant à une jolie femme un bouquet de lys et de roses. Pendant que les forgerons, de la montagne descen-