LE PONT ET L'AVENUE
Et cependant les difficultés du problème étaient multiples. Une ou deux piles centrales étaient écartées en principe, tant par l'élégance de la science moderne que par les nécessités de la navigation que rend difficile à cet endroit le voisinage du pont des Invalides; on ne pouvait barrer la Seine de poutres droites contraires à toute esthétique, et des retombées de voûte n'auraient plus laissé vers les berges la hauteur réclamée pour la batellerie. Une surélévation générale aurait coupé la perspective d'enfilade du fleuve et rompu la ligne d'horizon entre le palais de Mansart et les Champs-Elysées, ce qu'il fallait éviter à tout prix. Par surcroît, le quai de la Conférence, au Cours-la-Reine, présentait à cet endroit même une malencontreuse et profonde dénivellation.
Tous ces obstacles furent surmontés par un acte hardi appuyé sur les calculs les plus précis, le surbaissement e.xtrème d'un arc unique et l'emploi de l'acier moulé permettant de réduire aux dernières limites l'épaisseur des matériaux.
Les arcs surbaissés donnant aux extrémités des poussées dangereuses, les culées du pont durent être d'une puissance exceptionnelle, et de cette nécessité naquit une beauté. Le fer ne saurait avoir l'aspect monumental de la pierre ; mais ce pont, qui ne pouvait être qu'en fer, s'appuie sur de colossaux massifs de granit d'où s'élèvent les pylônes orgueilleux par qui l'ensemble prend une incomparable grandeur.
L'ornementation est digne du gros œuvre. Son style général rappelle celui du grand siècle pour
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L'EXPOSITION nu SIECLE
rester dans la note de l'œuvre de Bruant et de Mansart aux Invalides. Sur les pylônes, des Renommées et des Pégases ailés, groupes de b mètres de hauteur, par MM. Frémiet et Gallet, lancent dans l'espace la fougue de leurs galops; le ton de l'or est peut-être un peu vif, mais ilj s'atténuera vite sous le climat de Paris. Adossées aux fûts des colonnes et faisant face aux quais, quatre statues
représentant la France aux principales époques de son histoire gardent l'entrée du
pont. Sur la rive droite, c'est le Moyen Age, par Lenoir. et les Temps Modernes,
par Gustave Michel; sur la rive gauche, la Renaissance, par Coutan, et la France
de Louis XIV, par Marqueste.
De chaque rive, deux majestueux escaliers descendent sur les berges, entre des
vases rappelant les plus beaux des jardins de Versailles, et des lions puissants dus
aux statuaires Dalou et Gardet.
A la clef de voûte, deux femmes au double de la
grandeur humaine, trop grosses et d'un nu dépourvu de
retenue, figurent la Seine et la Neva et soutiennent en
amont les armes de la Ville de Paris, en aval celles de la
Russie. Cette décoration en cuivre martelé fut détruite par
un incendie au moment d'être posée. Il n'a pu en être fait
qu'une figuration provisoire; quelques modifications seraient
à souhaiter avant de procéder à l'installation définitive. A. chaque extrémité des deux
balustrades, des candélabres monumentaux, au socle entouré d'amours,
supportent cinq globes en cristal ;
vingt-huit autres, à trois globes, complètent l'éclairage électrique. Par le
rare bonheur de leurs formes et la
perfection de leurs ciselures, ces
grands bronzes sont de véritables
objets d'art. L'avenue Nicolas II est
éclairée avec une somptuosité semblable.
Les supports verticaux soutenant
le tablier sur les grands arcs sont sur- enfant de bronze et candélabre