I. ECOLE MATERNELLE, TABLEAU EXPOSE DE GEOFFROY
La musique était partout à l'Exposition :
Concerts officiels du Trocadéro, très éclectiquement composés; auditions données par les sociétés étrangères et particulièrement par celles de Vienne et d'Upsal, qui remportèrent un succès si mérité ; jeu du puissant orgue de Cavaillé-Coll, dans la salle des Fêtes; séances ininterrompues dans la salle du Palais des Lettres et Sciences; chanteurs de Saint-Gervais au Vieux Paris; musiques militaires; festivals d'orphéons ; orchestres exotiques des théâtres et des restaurants.
Les spécialistes s'accordaient à reconnaître une louable tendance à simplifier les instruments et à en améliorer le i^egistre grave ; ils s'amusaient de nouveautés comme celle du « bordicors », instrument à cordes ayant l'étendue d'un quatuor, depuis la note la plus grave de la contrebasse jusqu'à la plus aiguë du violon ; ils s'insurgeaient à l'aspect d'une mécanique qui, posée sur un clavier de piano et montée, exécutait mécaniquement tous les airs que lui avait déjà imprimés le jeu d'un virtuose.
Le grand public reconnaissait avec plaisir les efforts tentés pour donner au piano, meuble principal des salons et généralement si laid, des formes plus esthétiques. L'art moderne y mettait en déroute la classique rigidité des lignes avec une furia qui aura besoin d'être modérée.
Enfin, les instruments pour les sciences physiques, l'optique en particulier, inspiraient la confiance par leur apparence d'impeccabilité, et ceux de la chirurgie, comparés aux rudes appareils du musée centennal, donnaient par leur fine netteté, l'impression de la douleur supprimée. Certaines salles modernes d'opération étaient tout à fait engageantes.
Pour compléter l'erreur que nous avons signalée, c'est dans les galeries toujours
sacrifiées du premier étage que l'Éducation et l'Enseignement avaient été reiégués.
Le principe de l'instruction publique et gratuite fut posé par la Consti-
L'EXPOSITION DU SIKCLE
tution de 171)1; il ne rencontra pas le succès auquel on aurait pu s'attendre. Sous l'Empire et la Restauration, l'enseignement tut le privilège exclusif de l'Université. Par la loi de 18^3, M. Guizot revint aux idées de la Déclaration des Droits de T Homme et rendit à l'enseignement primaire une liberté qui lui fut confirmée parla loi Falloux de iSsc En 1867, M. Duruy établit l'obligation, mais d'une façon insuffisante.
La troisième République a fait pour le développement de l'enseignement primaire un effort énorme. Par la loi de 18S1. elle rendit la gratuité obligatoire pour les communes, de facultative qu'elle était auparavant.
Les communes durent se rendre propriétaires de leurs maisons d'école et il leur fut attribué de larges subventions. De 1878 a 1807, il fut dépensé 680 millions pour les écoles primaires et les écoles normales. Aujourd'hui, le nombre des immeubles scolaires appartenant aux communes de France et d'Algérie s'élève à plus de =^3.000, et le personnel enseignant jouissant d'une situation très convenable sous tous les rapports dépasse le chiffre de iso.ooo. Les enfants qui reçoivent l'éducation primaire de l'État sont au nombre de 6.500.000.
Les établissements d'enseignement primaire libre, pour la plupart congréganistes, comptent environ 1.600.000 élèves.
L'œuvre post-scolaire, des plus dignes d'attention et en plein développement, se poursuit sous diverses formes. Les chiffres suivants, relevés en 1898-91), donneront une idée de son importance: 3s.ooo cours d'adolescents et d'adultes des deux sexes, professés dans les écoles par les instituteurs, et 5.000 par des sociétés; 117.000 conférences, le plus souvent avec projections, fournies par le Musée pédagogique, la Ligue de l'Enseignement, le Comité Dupleix, etc. ; (15.000 groupements de jeunes gens et de jeunes tilles en vue de l'instruction ; 450.000 personnes fréquentant assidûment les écoles du soir; 4 millions de dons par les municipalités et l'initiative privée.
Tableau exposé dans la section suédoise. Si 1 instruction pil-
LES LETTRES ET L'ENSEIGNEMENT
maire, tout en pouvant ouvrir plus large encore la porte aux enseignements pratiques et professionnels, est dans un état de robuste santé, il n'en est pas de même de l'instruction secondaire. Elle se débat dans un malaise que les incessantes modifications de son programme n'ont fait qu'accroître, pour la conduire à une période aiguë. Son but final est le baccalauréat, et la vanité du baccalauréat est reconnue.
Elle repose sur un malentendu entretenu luimême par des préjugés dont les autres pays se sont débarrassés et qui sont la cause des déboires grandissants que nous éprouvons sur le terrain économique de la bataille de la vie.
C'est une injure à la raison que d'asservir tous les ans à des exercices classiques, devenus d'ailleurs pseudo- classiques par leur insuffisance, près de deux cent mille jeunes gens, dont plus des trois quarts n'en sauront que faire plus tard. Mais il paraît que ce serait faire injure à la dignité de leurs familles que de nourrir substantiellement ces trois quarts de futurs déclassés de fortes études pratiques qui assureraient leur prospérité et dont les autres peuples se font un honneur !
On serait bien injuste d'en faire un reproche au seul Gouvernement; il semble même qu'il ne puisse rien contre les mœurs, d'autant moins que d'autres questions, religieuses et sociales, viennent compliquer la situation.
KXPOSITION Dl; L ECOLL NATIUNALK DKS ARTS DÉCORATIFS
TRAVirX d'élf.vks
En attendant une modification qui aurait besoin d'être si radicale que de graves événements pourront seuls Tamener, 339 lycées et collèges de l'État, avec un personnel de q.ooo professeurs, « préparent» 86.000 élçves par an, et 780 établissements libres, pour la plupart ecclésiastiques, avec 6.800 professeurs, rendent le
même douteux service à 100.000 jeunes gens.
On a bien créé des écoles pratiques de commerce et d'industrie et des écoles supérieures de commerce, ces dernières ayant un caractère d'établissement privé. Pour trouver des comparaisons, il faut se contenter de petits pays, la Belgique par exemple, encore qu'on y trouve 30.000 élèves contre 22.000 chez nous. Les crédits affectés à cet enseignement sont de 3 millions en France ; ils sont de 17 millions en Angleterre. Si la voie est ouverte, on y entre à petits pas.
Des enquêtes successives, suscitées précisément par ce que les Expositions universelles nous révélaient chez les autres, ont amené la constatation de l'état lamentable de l'étude du dessin en France. Les Chambres ont été prises de remords; elles ont voté la somme prodigieuse de 230.000 francs. Il est vrai que c'était en 1880 et que, depuis vingt ans, elles se reposent d'un si bel effort, continuant, pour alléger nos impôts, qui ont, comme on le sait, considérablement diminué depuis cette époque, à ignorer totalement que les beaux-arts sont le premier facteur de moralisation et de prospérité des peuples. Certaines villes et en particulier la Ville de Paris, se sont montrées plus intelligemment libérales. Elles ont compris que le dessin était aussi utile que l'écriture