‹ L'Exposition du siècleChapitre 208 sur 217 · I. K PALAIS DE LA F E .M Jl E · texte numérisé non relu

I. K PALAIS DE LA F E .M Jl E

des femmes-caméléons ajoutaient leur amusement au sérieux de la science. Ce programme surchargé était rempli, mais dans de mauvaises conditions. La foule était bousculée à travers l'obscurité et la lumière, éblouie de spectacles trop rapides, étourdie d'explications hâtivement données. Des enfantillages compromettaient la science, et la statue d"or de la " Belle Américaine », valant un million comme un sou, évoc[uait malheureusement l'image de Barnum. Enfin on emportait la désillusion suprême d'avoir appris que la lune était un astre mort, dépourvu de tout habitant.

F A (; A D i; DU PALAIS DE L ' O P T I Q U E

Il en restera cependant la grande lunette, construite très sérieusement et appelée à rendre de réels services à la science. Ses objectifs, les plus grands qui existent, mesurent r",2S de diamètre. Son corps, de r",5o de diamètre sur 60 mètres de long, est immobile; pour le déplacer il eût fallu une coupole gigantesque. C'est un sidérostat, miroir de 2 mètres de diamètre, mobile à son extrémité, qui ramène au foyer l'image des astres qu'un mécanisme d'horlogerie lui permet d'aller chercher partout dans l'espace. L'image ainsi obtenue est fixée par la photographie, et c'est cette épreuve qui est agrandie et projetée sur l'écran; car il est évident que l'on ne peut pas montrer la lune elle-même en plein midi.

M. Prosper Bobin avait revêtu ces exhibitions d'une très artistique architecture. L'immense porche couronné des signes du zodiaque s'ouvrait sur une colon-

LES ATTRACTIONS

nade demi-circulaire soutenant une moitié de coupole dont la verrière, par M. Bruyn, représentait une aurore boréale. Quand elle s'éclairait le soir, sous la lumière réfléchie d"une lampe à arc de iso.ooo bougies, elle apparaissait comme l'entrée mystérieuse des mondes célestes.

En face, de l'autre côté de la tour Eiffel, le kiosque lumineux de M. Ponsin lui donnait la réplique par l'éclat plus brillant de ses feux. Construit en entier avec des verres colorés que traversait son éclairage intérieur, il flambait dans un incendie sans ombre, avec les clartés du cristal, les rutilances des rubis et les tons laiteux de l'opale. Du haut du rocher qui le soutenait, cet édifice de rêve se doublait, par le

reflet de ses lignes embrasées, dans le lac coquet dormant au pied, et la fille du Soleil sculptée à son faîte aurait pu en descendre pour l'habiter.

L'intérieur cependant, sauf un atelier de fileurs de verre en activité, présentait peu d'intérêt.

Ce serait une injustice de ne pas parler de la Tour Eiffel- Ruquier, en y ajoutant le nom de l'ingénieur de la maison qui en a eu l'idée première.

Après onze années écoulées, elle apparaissait immuable dans sa stabilité et c'était bien encore le gigantesque arc de triomphe de l'industrie du fer que rien n'avait dépassé. Elle avait été repeinte et munie de 7.000 lampes électriques qui dessinaient dans la nuit la puissance de sa base et la sveltesse de ses hautes lignes- Rien ne saurait être comparé au spectacle que donnaient, de ses terrasses, l'horizon du cirque parisien, la forêt des palais de l'Exposition et les voix mon- Lic KIOSQUE LUM.NEux, LE SOIR tautcs d'uu peuplc dc fourmis.

35o L'EXP

OSITION ^/ R tV ^^ SIÈCl

MONUMENT DE STYLE CAMBODGIEN OU KMERR CONTENANT LE PANORAMA DU TOUR DU MONDE

A droite, la tour cliinoise des Jardins de Nilio, avec ses toits rouges superposés.

Les panoramas surabondaient à l'Exposition. La mécanique avait été appelée à seconder de l'art pour produire des effets nouveaux.

Dans son étage supérieur, le Panorama du Tour du Monde s'était maintenu dans l'ancien système. Le spectateur se déplaçait pour examiner les diverses parties d'une immense toile ovale où M. Louis Dumoulin avait représenté l'Espagne, la Grèce, Constantinople, l'Egypte, Ceylan, le Cambodge, la Chine et le Japon.

Pour animer ces visions on avait eu l'idée d'installer sur les premiers plans de véritables indigènes se livrant à leurs occupations habituelles et remplaçant les mannequins des panoramas classiques. L'intention était louable, mais l'effet médiocre. L'opposition entre la réalité et la fiction s'en trouvait accentuée.

De nombreux dioramas, les uns faits pour éloigner, comme une certaine vue enfumée de Nev\'-Yoi-k, les autres attirants, comme les rives ensoleillées de Saïgon, occupaient deux étages inférieurs. Le rez-de-chaussée offrait un spectacle inédit.

C'était, cette fois, le spectateur qui restait immobile, sur le pont d'un vaisseau. Devant lui se déroulait une toile sans fin, et bientôt il avait la sensation inverse de voguer de l'avant et de découvrir le pavsage. Ainsi défilaient les côtes de Provence, de Marseille à la Ciotat.

Le même principe était appliqué au Panorama Transsibérien de l'Asie russe, mais avec un perfectionnement de mécanique. Pour compléter l'illusion, on avait

LES ATTRACTIONS

donné aux divers plans des mouvements en rapport avec l'impression ressentie par le voyageur, placé cette fois dans un v.^agon et non plus sur un bateau. Les

choses près de lui, comme les haies bordant la voie, fuient avec la rapidité de la course du train; les sites lointains mettent plus de tem'ps à se dérober à sa vue. Ainsi marchaient les diverses toiles du panorama; on avait même fait courir le ballast avec la vitesse de la réalité. I.e fracas de cet énorme agencement complétait l'illusion. On allait ainsi de Moscou à Pékin à travers des pays dont les caractères principaux étaient reproduits sur une toile de peinture trop terne.

Dans le Stéréorama que MM. Francov^'ich et Gadan avaient installé à l'extré-

MECANISME DU TRANSSIBERIEN

A, toile du fond, ouest peint le paysage et qui occupe toute la rnitp «iinpi-ipin-p H il DTniinp dpS flttractions

hauteur du bâtiment: elle se déplace à raison de 5 mètres à la mUC SUpei leUl 6 OU glOUpe UCi» auiai-UUiia

minute ; B et G, toiles plus basses, fixées seulement par en , . , , 'i„-j. „i,,„ ,.;„,„1..>

bas et qui marchent, la première, à raison de 40 mètres à la algériennes, IC SyStcmC était, plUS Simple,

minute, la seconde, de 120 mètres à la minute; D, large cour- ^ -i ■ t

roie sans (in, horizontale, représentant le ballast : vitesse niaiS l'effet reUSSl aU pOSSlble. LCS aUteUrS

3oo mètres à la minute. I.e voyageur placé dans le wagon ^

a la sensation que cest lui qui marche et que les différents .-.yaient DU l'aPPeler aUSSi Ic bohnC de

plans du pavsage sont immobiles. n,t.i>.-i.v ^- ..i i i.^^ « x-

STEREO U A M A MOUVANT

la mer, sans être taxés d'exagération.

On peut se représenter l'organisation en imaginant un immense chapeau de haute forme; sur le cylindre étaient peints les paysages qui se déroulaient par un mouvement circulaire ; sur ses bords, tournant dans le même sens et plus rapidement, une série de petites lames verticales figuraient les Ilots. Les bâtiments d'une escadre y avaient été fixés, et leur fumée, peinte sur du verre, paraissait vraiment s'envoler. Le spectateur, ayant la sensation d'être sur un autre bateau, croisait ainsi l'escadre et longeait les côtes d'Algérie, partant de Bône dans les brumes du matin, saluant Alger sous les feux du midi et arrivant à Oran dans le poudroiement d'or d'un soleil couchant.

Dans son Maréorama, M. Hugo d'Alési avait voulu aller plus loin encore et donner non seulement l'illusion du bateau, mais la sensation du mouvement des eaux... et au besoin le mal de mer. Pour cela, la plate-forme où se trouvait le spectateur, figurant le pont d'un na\ire avec ses bastingages et sa mâture, était soutenue, par une double suspension à la Cardan qui permettait des oscillations de roulis et de tangage. Des soufflets faisaient mugir le vent dans les voiles.

Le paysage se développant de chaque côté du navire figurait les diverses escales de Villefranche à Constantinople et retour, le voyage se faisant dans les deux sens par l'enroulement et le déroulement des toiles. Elles étaient peintes dans la manière brillante de l'artiste.

Ce n'était plus sur les lU)ts mais dans les airs que le Cinéorama devait transporter les spectateurs. Placés dans une nacelle de ballon, ils auraient contemplé au-dessous d'eux des vues cinématographiques prises réellement d'autres ballons. Des difficultés mécaniques insurmontées firent abandonner l'entreprise.

M E C A N' 1 s M E DU S T E H E O R A M A N[ O U V A N T

Le spectateur, placé derrière la cloison, considère le paysage par les hnblots F. Le fond est peint sur un cylindre et les premiers plans sont constitués par des bandes B verticales parallèles. L'ensemble, monté sur galets A, roule sur une voie circulaire.

LES ATTRACTIONS

s I T L- A T 1 O N DES PASSAGERS DU M A R E O R A M A

PRIN'CiPE DE L ENROULEMENT DES TOILES DANS LE MAREORAMA

Les toiles, ayant 75o mètres de longueur et lo de hauteur, s'enroulent sur des cylindres verticaux placés sur des Hotteurs F ; le poids de la to'iie fait descendre le cylindre de la quantité voulue pour que la partie supérieure'de celle-ci se présente toujours en face des crochets disposés eu liélice sur la partie conique qui termine le cylindre. Un moteur M, placé à la partie supérieure, fait tourner le cylindre qui doit recevoir la toile.

La passerelle de ciment armé qui réunissait l'Exposition au Globe céleste, situé de l'autre côté de l'avenue de Suffren, s'est effondrée, faisant plusieurs victimes. Ce triste accident a retardé l'ouverture de l'immense sphère où la rotation de la terre et la marche apparente des astres étaient rendues de façon intelligible.

Si le Français aime surtout à voyager dans son fauteuil, la marche de l'humanité ne permet plus ce repos douillet. Il lui faudi'a bien se résigner aux voyages réels. Des spectacles panoramiques accompagnés d'explications sérieuses seraient d"une excellente propagande, et l'Exposition aura ainsi ouvert une voie qui pourrait être fructueusement suivie.

LE MAREORAMA

Page 1