ENTREE DE [1. EXPOSITION ALI. EK.\NDE
les reproduire, des toiles donnant aussi fidèlement que possible une impression des mœurs locales. Nous n'en avons pas trouvé partout. QiTelquesunes de celles que nous donnons seront des œuvres de maîtres célèbres, d'autres appartiendront à des artistes moins connus jusqu'à ce jour.
Les uns comme les autres doivent être remerciés de leur concours. Audessus des efforts de la science et de l'industrie, malgré la grandeur des résultats qu'elles ont obtenus, l'Art est demeuré le grand vainqueur.
Grâces en soient rendues aux artistes du monde entier qui sont venus donner la main à ceux de France pour le triomphe de la Beauté.
MAX KONER : S. M- VEmpcrcur Guillaume II.
LA PEINTURE ETRANGERE
On pénétrait dans la majestueuse Allemagne, logée au centre de l'aile sur le quai, par un porche de style néo-grec aux sévères colonnes de mosaïque, qui invitait à un recueillement aussitôt accru par la décoration intérieure.
Tentures variant pour chacune des trois vastes salles, rouge, or et vert, tapis épais, vélum en forme de dais apaisant la vivacité de la lumière plafonnante, cadres cossus, tout concourait à envelopper les toiles d'une somptuosité de haut goût.
Les œuvres étaient assez peu nombreuses. Comme pai'tout, l'Allemagne avait préféré la qualité au nombre, laissant deviner la profondeur des troupes à la solidité de la façade. D'ailleurs, aucun tableau de bataille ; de graves portraits, des scènes de genre plutôt noble, une préoccupation visible et louable de rendre ici hommage à la pensée plutôt qu'à la force. L'Empereur lui-même, peint par Max Koner. a\-ait revêtu un uniforme simple, et sa pose natui'elle était d'un penseur plutôt que d'un conquérant.
L'école allemande se montrait sous des formules apaisées, avec des couleurs chaudes sans outrance, une allure de maîtrise voulue par le choix des sujets et la manière dont ils étaient traités.
Les dessins d'architecture cie monuments publics montraient les majestueuses proportions de lignes dont les ornements n'affaiblissent point l'allure de solide puissance. Ce sentiment de force et d'art se retrouvait même pour des brasseries, dont les buveurs sont vraiment excusables de s'attarder dans un semblable décor.
Des eaux-fortes et des estampes de plusieurs tons attestaient une virtuosité supérieure dans la haute vulgarisation. .\ujourd'hui plus que jamais l'Allemagne entière voue aux beaux-arts un culte religieux.
La décoration des salles de l'Autriche offrait un vif contraste avec celle de l'Allemagne. Des rinceaux de bois dans le style nouveau de l'école viennoise, variant pour chaque salle leurs tons clairs ou foncés et encadrant des étoffes aux nuances délicates, formaient un décor avenant et hospitalier.
Les tableaux, à la vérité, étaient en général d'un art qui recherche des for-
HKiL.vuNN KT LLTT.MANN : Viic Sallv dc la Brasscric Rovati: Je Mumcli.
mules nouvelles et ne semble pas en avoir trouvé de définitives. Pour écarter les couleurs classiques des vieux rouges, bleus et jaunes, les tons étaient trop pâles ou de mixtures un peu indécises. On regrettait aussi l'absence presque totale de scènes locales, dans un pays dont les mœurs diverses ne donnent que l'embarras du choix, et de beaux paysages alors que la nature n'est nulle part d'une ' variété aussi pittoresque. En somme, un sentiment d'art très vif tournant un peu trop au symbole et au rêve.
La Hongrie avait sa salle spéciale, contenant une partie réservée à la Croatie et à la Slavonie. Si l'état d'âme des peu-
BiiN'CZUR (Hongrie) : S. M. François-Joseph I"
pies se traduit par leur art, la distance morale entre les Hongrois et les Autrichiens est immense.
Autant ces derniers sont d'une simplicité discrète, autant les autres affirment une confiance superbe qui prenait même, à la sculpture, des proportions gigantesques.
Au surplus les Hongrois ont le droit d'être fiers de leurs efforts en toutes choses. En art ils prodiguent l'enseignement, organisent des musées, créent des écoles supérieures.
S'ils sont en décor, il faut reconnaître qu'ils sont aussi en profondeur.
Leur peinture exprime ces sentiments; il lui manque de s'intéresser aux mœurs intimes. Si nous avons trouvé dans cette salle de beaux tableaux, nous n'y avons guère voyagé en Hongrie, et c'est un regret.
FR. MATSCH (i\Mrichej:Foiitjine four Jardin JHtrcr.
LA PEINTURE ÉTRANGÈRE
\'ER.MONT ; Vu tjylcmc en Roitinamc.
Les royaumes des Balkans n'étaient point en dehors du mouvement artistique. La Roumanie, la Serbie et la Bulgarie présentaient de bons tableaux de mœurs et de larges scènes de leur ancienne histoire.
Dans un cadre richement ordonné, les artistes italiens sauvaient la situation compromise par leurs industries d'art et témoignaient d'une grande vitalité.
On ne peut dire qu'il v ait une école actuelle en Italie pour la peinture. Si M. Boldini et M"' Juana Romani semblent avoir une esthétique commune, ils sont trop parisiens pour représenter des tendances générales.
Les peintres de la péninsule avaient envoyé de très grands tableaux et de petites toiles, des couleurs vives et d'autres enveloppées, des dessins fougueux et des lignes réfléchies, du réalisme et du classique, mais ils n'avaient rien envoyé qui ne fût intéressant et consciencieux. Ils ont surtout le mérite d'aimer leur belle
patrie et d'y puiser la majorité de leurs sujets riants ou tristes, ensoleillés ou alourdis de mal'aria, plus volontiers populaires, mais point grossiers. En somme, l'art italien s'est montré aussi vigoureux que varié dans une tenue parfaite.
L'Espagne laissait incomplètement remplies les grandes salles qui lui avaient été attribuées. La peinture espagnole est fougueuse, colorée et vi-
PIE JORIS : Le ieuJi saint, â Rome.
LKXPOSITrON DU SIPXI.E
0 A R C I A Y R A M 0 S (t.êvillo) : ^'.7ln'c• ./II/ fWll .'
biante; elle recherche les effets d'atelier et passe souvent à côté des véritables aspects de la nature. On v cherchait les scènes de mœurs attendues, la grande course de chars de Checa se passant à Rome et la dame de Madrazo procédant à sa toilette vêtue d'un simple bonnet, n'ayant rien de spécialement tra los montes. Le Roi de Portugal, donnant à ses sujets un exemple à suivre, n'avait pas hésité à exposer un tableau de lui, d'une très bonne tenue et n'ayant nullement besoin de la complaisance du jury pour être admis. Comme en Espagne, les artistes portugais aiment les oppositions de couleur et ne les recherchent pas toujours dans l'observation de la nature.
Quittant le Midi pour le Nord, nous trouverons dans la Belgique un curieux terrain de transition.
Les Flandres ne se sont point dégagées uoM CARLOS i", ROI DE V o^Ri V G Al.: FUcts d'uitc mjdraguc. des inlluenccs espa-
LA PEINTURE ETRANGERE
gnoles et la gravité gourmée des conquérants pèse encore sur la bonne humeur nationale. A côté de toiles de franche gaieté, des scènes de tristesse, celles-ci volontiers plus fréquentes.
Le réalisme, pris dans le sens de l'observation exacte des figures, domine une école qui ne semble pas se soucier des inventions Imaginatives. Le sens pratique du peuple belge se retrouve dans ses artistes et il ne sacrifie à la convention que
pour rappeler les œuvres de ses primitifs.
Le mouvement artistique n'en est pas moins en pleine activité. Il s'exprime fortement dans les édifices publics et privés qui s'élèvent tous les jours et dont l'Exposition aurait pu montrer de plus nombreux spécimens. Les architectes belges emploient heureusement une décoration simple, empruntant ses éléments aux matériaux mêmes de sa construction et s'adaptant parfaitement aux nécessités du confortable.
Les Pays-Bas ont un passé d'art glorieux à maintenir. Ils ne se sont point astreints à imiter la manière des vieux maîtres, et la peinture hollandaise contemporaine est libre et variée. Elle rencontre cependant ses plus heureuses inspirations dans ses paysages aux belles lumières et dans ses intérieurs méditatifs, exactement comme autrefois.
Les pays Scandinaves ne présentaient point, comme on aurait pu le supposer, des expositions animées d'un même sentiment artistique. Une chose cependant les dominait toutes, l'importance accordée à la pensée humaine. C'est elle que leurs peintres recherchent surtout dans le naturel des attitudes familières, dans l'expression du regard, dans le dédain des accessoires.
Ces anciens pays du rêve et de la légende sont devenus le domaine de
ALEXANDRE S T R u V S ( Malincs I : Désespéré .'