‹ L'Exposition du siècleChapitre 49 sur 217 · RECONSTITUTION D UN SALON DE L HPOQLE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

RECONSTITUTION D UN SALON DE L HPOQLE LOUIS XVI

Avant d'entrer dans le détail des expositions particulières, il convient de s'expliquer sur une question de définition. On dit avec raison aujourd'hui qu'il n'y a pas de distinction entre l'art pur, l'art décoratif, l'art industriel, etc. L'art est un. Sans doute, mais il y a des degrés. Un bijou, un meuble peuvent être par eux-mêmes d'admirables choses. 11 ne s'en dégagera cependant pas un frisson comparable à celui que procure la Victoire de Samothrace. L'art décoratif, en maintenant cette expression qui nous paraît excellente, est l'application de l'art pur aux objets usuels. Suivant le bonheur de l'inspiration et la réussite de l'exécution, le résultat est une chose vulgaire ou une œuvre d'art. Ces rencontres heureuses sont le fruit d'une longue éducation; le génie seul, habituellement tout-puissant, serait ici incomplet, car la perfection de l'exécution est nécessaire. Mieux que l'art idéal, qui ne connaît ni le lieu, ni l'époque, l'art décoratif est symptomatique de l'état d'âme d'un peuple.

Enfin, pour essayer de bien fixer les choses, ce ne sont pas les dimensions qui créent les divisions. Une figurine peut être de l'art pur au même titre qu'une statue colossale. Qu'est-ce alors qu'un presse-papier fourni par un bronze de Barye? La réponse est simple. Quand Barye a modelé un lion de 20 centimètres de haut, il a incontestablement fait œuvre d'art pur au même titre que pour ses plus grandes créations. Quand cet original a été repris par les fondeurs pour être multiplié en bronzes plus ou moins montés sur socles, les objets ainsi produits

L'ART DECORATIF FRANÇAIS

CHAMBRE A COUCHER DE lyQI

tombent dans le domaine de l'ait décoratif. La distinction peut être subtile; elle n'en existe pas moins et, dans l'ensemble des palais des Invalides, ce sont des objets d'art déc'oratif que nous allons rencontrer.

Arrêtons-nous encore un instant pour parler dans leur ensemble des musées rétrospectifs qui ont été adjoints à chaque classe. Cette idée tout à fait heureuse, dont M. François Carnot a particulièrement dirigé l'exécution, nous a valu des révélations du plus haut intérêt et une constatation dont il ne faut pas hésiter à se glorifier. D'une façon générale, l'école contemporaine n'a point à craindre la comparaison avec le passé. Si elle est inférieure sur certains points, elle est supérieure sur d'autres. Dans tous les cas, il est un point sur lequel il ne saurait v avoir de discussion : l'œuvre d'art décoratif était autrefois une exception et le privilège du tout petit nombi^e ; aujourd'hui elle est multipliée à l'infini et elle essaimera de plus en plus pour le réconfort moral de tous.

Si Paris reste encore la grande ruche artistique, le mouvement est général ; nous le retrouverons aussi dans nos provinces et nous le rencontrerons partout à l'étranger. La fin du xix' siècle n'aurait-elle à son actif que cette vulgarisation de l'art, cela suffirait encore à sa gloire.

De tous ces musées rétrospectifs, le plus complet pour la période centennale était celui du mobilier.

L'EXPOSITION DU SIKCLE

Page 1