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UN SALON SOUS LE DIRECTOIRE

Dans deux vastes salles donnant sur les galeries modernes, des meubles et des bronzes authentiques se suivaient chronologiquement, du Directoire à Napoléon 111, avec une légère et utile reprise sur la fin du xviir siècle. Ils étaient mis en bonne place et pourvus de précieuses étiquettes explicatives. C'était une leçon de choses, et de belles choses. Les objets du premier Empire commençant à être bien connus, la curiosité allait à ceux de l'époque de Louis-Philippe, qui apparaissaient ici à peu près pour la première fois et qui prouvaient une fois de plus combien les mœurs d'une époque se traduisent dans son mobilier. Ces formes massives et prudentes, ces ornements d'un luxe concentré étaient le commentaire matériel du mot de Guizot: '< Enrichissez-vous >/. Mobilier de foui'mis laborieuses et sages, sans envolées de cigales.

En plus des deux salles, huit plus petites avaient été disposées pour y aménager des intérieurs du siècle passé. Cette idée est un peu comme l'œuf de Colomb ; elle paraît simple et cependant personne ne l'avait encore réalisée.

On voyait successivement la grâce discrète de l'époque Louis XVI, la pauvreté vertueuse et démocratique de 1791, le retour au luxe du Directoire, la richesse antique de l'Empire, la lourdeur cossue de la Restauration, la simplicité bourgeoise du règne de Louis-Philippe et le style indéfinissable de Napoléon 111.

Ces reconstitutions d'une scrupuleuse exactitude étaient composées de meubles et de tentures authentiques. Le vieux temps y revivait. Il n'y manquait que des

L'ART DECORATIF FRANÇAIS

LA CllAMDRE A COUCHER DE TALMA

personnages en costume, mais un peu d'imagination les évoquait facilement, pour leur faire jouer des actes de mœurs dans leurs décors familiers.

On conçoit la grande difficulté de pareilles reconstitutions, pour lesquelles M. François Carnot avait à obtenir le concours de nombreux amateurs. Ils durent tous éprouver la satisfaction artistique de l'œuvre parfaitement accomplie.

Ces salles, en dehors de la circulation, restèrent ignorées d'une partie du public. On les retrouvera toutes ici avec plaisir.

Arrachons-nous au passé pour revenir au présent et reprenons la partie de droite du Palais des Manufactures nationales, à l'angle du quai, pour y retrouver les classes de la Céramique et de la Verrerie.

La céramique, ou industrie des objets en terre, se prête à de multiples emplois pratiques et artistiques qui en expliquent l'importance chaque jour croissante. Ses diverses branches étaient exposées avec beaucoup de méthode.

Sous les galeries extérieures et dans les salles du rez-de-chaussée, les tuiles, les briques, les carreaux de revêtement et de pavage montraient toutes les ressources de la terre cuite pour la construction. Notre fabrication, solide et artistique, est arrivée à une grande perfection. La céramique monumentale, dont M. Formigé fit pour la première fois un emploi important dans son Palais des Beaux-Arts de i88c), est appelée à se généraliser.

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