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LE DIPLOME DES RÉCOMPENSES, PAR M. CAMILLE BOIGNARD

Sur la façade du palais du Génie civil et les soubassements de la porte monumentale, les artistes ont sculpté en bas-reliefs le cantique des ouvriers. Ceux-ci ont en effet apporté autre chose que le travail en vue d'un salaire, et l'argent seul ne paye pas le dévouement. 11 fallait les voir enfouis dans les terrassements ou suspendus dans les charpentes, manœuvrant les masses de pierre et de fer ou pétrissant le staff léger, faisant jaillir du sol des édifices entiers en quelques jours, pour comprendre qu'ils se donnaient à l'œuvre. Ils ont été les soldats qui gagnent les batailles conçues par les capitaines.

En France, la surveillance soupçonneuse qui s'exerce sur les hommes au pouvoir est arrivée à un état maladif qui peut nous conduire aux pires conséquences, car personne ne veut plus prendre en main la conduite d'une affaire d'intérêt général, de peur d'être accusé de corruption.

L'Administration de l'Exposition n'a pas eu à se mettre au-dessus de pareils soupçons, car ses agissements à ciel ouvert et son système d'adjudication, poussé même à l'excès, ont pu faire des mécontents, mais ont désarmé la calomnie. Tous ont appoi'té leur concours à l'œuvre commune avec un désintéressement qui ne comptait pas avec la fatigue, et une foi qui a vaincu tous les obstacles, ceux venant des choses elles-mêmes, et ceux, plus décourageants, suscités par les hommes.

On ne peut citer ici des noms. Au moins ceux de MM. Delaunay-Belleville, directeur de l'exploitation, Stéphane Dervillé. directeur adjoint, et Bouvard, directeur de l'architecture, devraient-ils commander en lettres d'or les listes gravées sur un monument commémoratif.

Quant à M. Alfred Picard, commissaire général de l'Exposition de 1900, son cas est simple. Les admirateurs de son intelligence encyclopédique et de sa puissance de travail qui lui a permis un labeur sans repos de plusieurs années, ne lui reprochaient qu'une chose : vouloir se rendre compte de tout par lui-même. On lui eût imputé l'insuccès; il est donc de toute justice de lui rendre l'honneur de cette manifestation triomphale de la civilisation du monde entier, dont Paris et la France ont le droit de s'enorgueillir.

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