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ES JARDINS ET I. H O RTIC UI.T U RE

Entrons dans l'enceinte sacrée par la porte colossale de la place de la Concorde. Construite en prévision de foules immenses, elle était capable d'engloutir, par ses cinquante-huit guichets, plus de cent mille visiteurs à l'heure. Malgré son rapprochement du centre de Paris, elle ne fut pas fréquentée dans ces proportions.

Elle devait aussi remplir une mission plus haute et apparaître comme l'arc triomphal de la grande victoire du progrès. Aucun monument de l'Exposition ne fut l'objet de plus vives critiques.

Cette double déconvenue fut la part nécessaire qu'il faut, en toutes choses, faire au mauvais destin. Après avoir commencé par épuiser la critique, il ne restait plus place que pour l'admiration.

Encore cette critique était-elle superficielle. Étonnée et amusée par l'indépendance des formes nouvelles, la foule donna bien à l'édifice les surnoms de Crinoline ou de Salamandre; mais l'appellation la plus usuelle fut encore celle, de porte

2 L'EXPOSITION DU SIKCLE

Binet. N'attache pas qui veut son nom à un monument.

Il V faut toujours du mérite.

Celui de M. Binet fut de ne rappeler aucune des portes

monumentale^ répandues partout en assez grand nombre

pour s'imposer en imitation au moins partielle. 11 ne

fallait pas édifier seulement un arc, mais un monument

couvrant une certaine superficie, massif et cependant

ajouré. L'emploi de la coupole était inédit et sa retombée

sur trois pieds fut une véritable trouvaille. L'arc frontal,

altier à souhait, portait fièrement le coq gaulois sur la

proue de Lutèce. Il supportait aussi la statue qui déchaîna

de telles tempêtes qu'on voulut la déboulonner.

La Ville de Paris ou plutôt la Parisienne de M. Moreau-

Vautier ne méritait point ces colères. Elle rompait

avec les éternelles Renommées, et si les amateurs du

nu regrettaient son costume, ils avaient de quoi se

dédommager sur le reste des palais. La forme du

vêtement même était de circonstance pour une personne qui habitait à 3s mètres dans les airs. En

somme, dans une attitude avenante et digne, c'était

une femme bien moderne.

Les deux soubassements qui venaient appuyer en quart de cercle les pieds de

l'arche principale offraient en façade une œuvre de premier ordre : les frises de M. Guillot, hauts reliefs exécutés en grès et glorifiant le travail des ouvriers. Nous reverrons sans doute ces frises sur quelque monument définitif ou dans un jardin public ; on admirera l'ordonnance et l'énergie d'une composition prouvant que l'art le plus élevé peut s'accommoder du plus exact réalisme.

Les soubassements venaient buter contre deux hauts minarets terminant l'hémicycle d'arrivée et faisant office de phares. Leurs fines pyramides étaient constellées de cabochons en cristal qui scintillaient le jour aux feux du soleil et s'enflammaient la nuit d'une lumière intérieure.

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LA PARISIENNE PAR M. MOR EAU- VAU Tl E R

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