‹ L'exposition forestière internationale de 1884 à Edimbourg, Écosse: Aperçu de la situationChapitre 4 sur 74 · Renseignements statistiques · texte numérisé non relu

Renseignements statistiques

Étendue totale * 31,495,100 hectares.

g. Population 35,247,000 habitants.

Surface boisée :

Forêts de la Couronne (domaniales) ' 21,440 hectares.

Forêts de particuliers 1,283,350 —

Ensemble 1,304,790 hectares.

Soit 4 p. 100 de Tétendue totale du territoire.

9. Division du chapitre I". — Par application de ce qui a été dit plus haut, nous diviserons ce chapitre en deux articles: l'un consacré à l'Angleterre et au pays de Galles, Tautre à l'Ecosse. Quant ^ ' à l'Irlande, nous n'en parlerons point, car elle n'était représentée à

Edimbourg que par deux ou trois envois sans importance. Cet effacement, soit dit en passant, contribue à jeter un jour peu favorable sur la situation économique d'une contrée qui devrait, semble-t-il, chercher dans la production ligneuse, si peu exigeante au point de vue du sol, du climat et du travail, les ressources que, pour différents motifs, elle ne peut demander à la culture agricole et à l'industrie.

1. Les renseignements .statistiques ci-dessus, ainsi que ceux qui se trouvent en tête des autres parties du présent travail, sont tirés, sauf indication contraire, de Y Annuaire du Bureau des longitudes pour 1885 et de la Statistique forestière d'Allemagne et d' Autriche-Hongrie du D"^ Léo (Berlin, 1874, Jules Springer).

2. D'après sir James Campbell. Voir le Catalogue officiel de V Exposition forestière d'Edimbourg, 1" édition, pages 65-66.

ARTICLE 1

Angleterre et Pays de Galles.

. 10. Renseignements statistiques.

Étendue totale 15,102,100 hectares.

Population 25,968,000 habitants.

Surface boisée * :

4 p. 100 de rétendue totale du territoire, soit 604,084 hectares, se répartissant comme il suit :

Forêts de la Gouronqe (domaniales) 21,440 hectares.

Forêts de particuliers 582,644 hectares.

il. Caractère général de la végétation ligneuse du pays. — L'Angleterre et le pays de Galles sont loin d'être dépourvus de végétation ligneuse. Les manoirs seigneuriaux sont, en général, ombragés d'arbres séculaires, et tout à Tentour s'étendent parfois des parcs immenses, où les essences forestières de l'Europe et de l'Amérique tantôt se dressent par pieds épars, tantôt se groupent par bouquets. A côté de cela une portion considérable du territoire est occupée par des herbages, que le désir d'abriter les bestiaux contre les chaleurs du jour a fait convertir en véritables prés-bois. Enûn le pays de Galles et certains comtés de l'Angleterre sont des régions montagneuses où la dent des moutons n'a pas encore fait disparaître tous les vestiges des anciennes forêts et où des propriétaires intelligents ont même commencé à en créer de nouvelles.

Néanmoins il faut reconnaître qu'en dehors de l'Ecosse on trouve en Grande-Bretagne fort peu de domaines boisés comme ceux que nous sommes habitués à voir sur le continent, et les massifs couvrant plus d'une cinquantaine d'hectares, y sont en petit nombre.

1. Faute de renseignements plus précis, nous avons dû, pour obtenir la surface boisée de TAnglelerre et du pays de Galles, admettre qu'elle formait les quatre centièmes du territoire, comme cela a lieu pour 1 ensemble du Royaume-Uni.

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De plus, réducation des arbres ne s'y fait guère en vue delaproduclion ligneuse. Les sujets qui croissent dans les parcs ou dans les pâturages sont, en général, conservés sur pied jusqu'au terme de leur longévité naturelle, quelquefois même au delà, à titre de souvenirs du passé ou d'ornements du paysage, et la presque totalité des bois que Ton consomme p Angleterre vient de l'étranger. Les différents corps de métier achètent directement, dans les entrepôts du littoral^ la matière ligneuse qu'ils emploient, et l'industrie du marchand de bois exploitant n'est pas très répandue.

La partie de l'Exposition relative à l'Angleterre proprement dite, devait naturellement se ressentir de ces circonstances, mais ce serait une erreur de croire qu'elle ait manqué d'intérêt.

12. Envois des forêts royales. — Les envois qui ont le plus •attiré notre attention provenaient des forêts de la Couronne ou forêts royales (/îoya/ ou Crown Woods and Forests) *. C'est un ensemble de sept domaines boisés d'une étendue totale d'environ 21,000 hectares, administrés par des fonctionnaires dépendant du ministère de rintérieur (Home Office).

Les principaux de ces domaines et les seuls importants sont ceux de Windsor, de New-Forest et de Dean.

13. Forêt de Windsor. — La forêt de Windsor entoure le célèbre château de ce nom. Elle est située à 50 kilomètres environ à l'ouest de Londres, dans le Berkshire, à une altitude de 30 à 60 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle a, en chiffre rond, une surface de 4,000 hectares. C'est plutôt un immense parc qu'une forêt, car on y cherche surtout à charmer les yeux des promeneurs en y élevant de beaux arbres indigènes et exotiques ; aussi les frais d'entretien sont-ils considérables.

L'administrateur du domaine, M. F. Simmonds, qui nous en avait fait si cordialement les honneurs en 1881 lorsque nous l'avons visité sous les auspices de M. le colonel Pearson, avait envoyé à l'Exposition une assez grande quantité d'objets.

1. Depuis ravènement de la reine Victoria, les biens de la Couronne sont administrés pour le compte de TÉtal, à charge par lui de payer à la souveraine une dotation annuelle de 350,000 livres sterling.

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE. Il

Nous avons particulièremeat remarqué 55 sections transversales détachées des tiges à 5 pieds du sol. Les sujets dont elles provenaient appartenaient à la plupart des essences spontanées de TAngleterre et étaient âgés de 20 à 204 ans. Les plus intéressantes pour nous étaient des rondelles de chênes rouvres ou pédoncules (le catalogue les appelle seulement English oaks) qui avaient crû, comme presque tous les chênes d'Angleterre, à l'état d'arbres isolés, ou du moins en massif clair. Par l'épaisseur et la constitution histologique de leurs accroissements, ces rondelles mettaient en évidence les bons résultats qu'on obtient d'un mode d'éducation si favorable à l'éclairement et au développement latéral des cimes.

Une autre série d'échantillons montrait les effets de l'élagage suivant qu'on coupe les branches rez tronc ou à une certaine distance du fût. Un tronçon de tige relatif à ce dernier cas présentait un gros chicot mort, qui avait été complètement recouvert par les accroissements annuels, sans que l'altération subie par ses tissus, sous forme de pourriture sèche, se fût propagée dans l'intérieur de l'arbre. Nous ignorons quelle est l'opinion de l'exposant en matière d'élagage, mais ce spécimen prouve une fois de plus que l'ablation des grosses branches mortes n'est pas toujours la condition sine quâ non du salut de la tronce de bois d'œuvre.

Le régisseur du parc de Windsor avait aussi exposé, en plein air, différents modèles de clôtures et de barrières, en fer ou en bois, destinées à protéger les peuplements non défensables contre les atteintes du gibier et des animaux domestiques. Ces appareils sont en effet indispensables dans des forêts où l'on élève des troupeaux de daims pour animer le paysage, où on laisse se multiplier les lapins pour procurer aux visiteurs princiers le plaisir de la chasse, où enfin il est de tradition que les vaches et les moutons puissent paître en liberté.

14. Forêt-Neuve. — La Forêt-Neuve ou New-Forest couvre environ 7,500 hectares, sur la côte méridionale de l'Angleterre, dans le comté de Hauts, entre Southampton et Salisbury *. Elle a, raconte

1. A la Forét-Neuve se rattachent, au point de vue de la gestion, quatre

la chronique, été créée arlificiellement par Guillaume le Conquérant pour servir de terrain de chasse, d'où le nom qu'elle porte depuis le XII* siècle. Nous ne savons si elle a jamais été entièrement couverte de massifs bien pleins, mais, en tous cas, aujourd'hui, on ne rencontre sur la majeure parlie de son étendue que des terrains vagues, garnis de bruyères et de fougères et au milieu desquels se dressent ici un vieux hêtre isolé, au fût gros et court, à la cime largement développée, là un bouquet de chênes dx)nl la ramure puissante abrite quelques houx centenaires. Cet état de choses lient à ce que la production ligneuse a toujours été reléguée à l'arrière-plan dans cette forêt ; le gibier Ta dévastée jusque dans ces derniers temps et elle est encore ravagée aujourd'hui par les ponies,\es ânes, les bêtes aumailles et les porcs des woodmen ou usagers. Il n'y a que certains cantons déclarés en défens où Ton trouve des peuplements complets et réguliers. Ce sont des fourrés et des gaulis de chêne et de pin obtenus par voie de plantation. On se propose d'en éliminer les résineux peu à peu, par des éclaircies (thinnings) successives, pour ne plus laisser finalement sur pied que les chênes. Ceux-ci formeront alors ces futaies clair-plantées que l'on a si fréquemment l'occasion d'admirer en parcourant l'Angleterre.

Il résulte de ce qui précède que New-Forest n'est préservée de la ruine complète que dans la mesure où les dégradations cesseraient de lui donner un certain air de délabrement artistique qui impressionne les promeneurs.

Aussi les envois de l'honorable G. Lascelles, intendant de ce domaine, ressemblaient-ils beaucoup à ceux de l'administrateur du parc de Windsor et offraient-ils peu d'intérêt aux sylviculteurs proprement dits.

Pourtant, nous mentionnerons des spécimens d'écorces provenant,

autres petits bois domaniaux situés également dans le comté de Hants ou Hampshire, savoir:

Bere Woods 570 hectares.

Alice Holt 750 —

Wdolmer 350 —

Parkhurst (tle de Wight) 460 —

Total 2,130 hectares.

de chênes de différents âges ; ils montraient que la-Forêt-Neuve fournit au moins de la matière première à quelques tanneries.

15. Forêt de Dean. — Il nous reste maintenant à parler de celle des forêts de la Couronne qui est la plus importante à la fois par son étendue (7,800 hectares), par la constitution de ses peuplements et par les sommes qu'elle rapporte au Trésor. C'est la forêt de Dean (Dean Forest and Highmeadow Woods). Elle est située dans le comté montagneux de Gloucester, sur les bords pittoresques de la Wye, non loin du confluent de cette rivière avec laSevern. Contrairement à ce qui a lieu pour Windsor-Park et New-Forest, les cantons de Dean-Forest traités uniquement au point de vue artistique forment Texception : ils se réduisent à peu près aux environs immédiats de l'hôtellerie de Speechhouse, asile assuré contre les bruits de la foule et le tourbillon des affaires. Les peuplements y sont, pour la majeure partie, régulièrement exploités en vue de la production ligneuse.

Ce n'est pas que les populations riveraines y soient privées des droits dont elles jouissent à New-Forest; au' contraire, des titres très anciens les autorisent à introduire en forêt leurs bestiaux et notamment leurs moutons. Mais, grâce à une sage réglementation sanc« tionnée par un bill du J^arlement, les animaux n'ont accès dans les massifs que lorsque, par ieur âge ou par leur constitution, ceuxrci sont réellement défensables *.

16. Chênaies de Dean-Forest. — Si nous avons bien transcrit les renseignements qui nous ont été donnés sur les lieux mêmes, en 1881, voici comment se fait à Dean-Forest l'éducation de ces futaies de chênes clair-plantés qui sent, là comme ailleurs, le principal objectif du forestier anglais. On procède de deux façons différentes suivant les cas.

17. Mode de création dans les cantons en défens. — Lorsque le canton où Ton opère peut être mis en défens pour un certain temps, on commence, ainsi qu'on l'a vu pour New-Forest, par

1. Uoe surface de 4,000 hectares environ, à assiette mobile, est constamment ouverte aux usagers, tandis que les 4,000 autres hectares sont en défens et entreillagés.

14 EXPOSITION FORESTIÈÏIE A EDIMBOURG.

créer, à laide de jeunes sujets de moyeune tige (l'",50 de hauteur) pris eu pépinière, un peuplement très serré où le chêne est fortement mélangé d'autres essences, notamment de pin sylvestre, d'épicéa et de mélèze*. Quand le fourré est bien constitué, on y pratique des sortes d'éclaircies (thinnings)^ qui ont pour but d'éliminer progressivement les essences de remplissage, pour ne conserver que les chênes. Finalement, ceux-ci forment un perchis clair % dont les tiges, au nombre de 200 à 225 par hectare, sont suffisamment rigides pour supporter l'isolement et, aussi, suffisamment hautes pour que l'appareil foliacé très développé qui les surmonte n'ait plus rien à craindre de la dent des bêles à cornes. C'est alors qu'on enlève les clôtures, maintenues jusque-là autour de l'enceinte, et qu'on laisse pénétrer dans celle-ci les bestiaux des usagers.

18. Mode de création dans les cantons pâturés. — Quand on veut créer une chênaie dans un canton qui, pour une raison quelconque, doit rester ouvert au pâturage, on prend des chênes de haute tige (de 4 à 5 mètres de hauteur), âgés de 20 ans environ % qu'on plante à 3 ou 4 urètres de distance les uns des autres et qu'on élève de la sorte dans un état de quasi-isolement, sans qu'ils aient jamais vécu en massif. Ils ne tardent pas, dans ces conditions, à constituer un perchis que l'on commence à éclaircir dès que les ciipes tendent à se toucher.

19. Absence de sous-bois. — Le pâturage, qui s'exerce tôt ou tard dans les chênaies obtenues par ces deux procédés, doit naturellement empêcher tout sous-bois de s'y maintenir. Le sol n'est couvert, en effet, que d'une herbe courte et drue parsemée de touffes de bruyère, de fougère et de chardon. Cependant, malgré le résultat doublement funeste du pâturage, — absence complète de sous-bois et enlèvement direct des principes minéraux nutritifs, —

1. En ce qui concerne le chêne, on emploie indifféremment du rouvre ou du pédoncule : on a cru remarquer que les deux espèces ou races y croissent de la même façon sur tous les sols.

2. On sait qu'on donne en général à un peuplement la qualification de perchis à partir du moment où le diamètre moyen des tiges est de 0%10 à liauteur d'homme.

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