‹ L'Exposition universelle de 1862Chapitre 16 sur 40 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Il faut du capital pour développer la puissance productive et la richesse.

Pour l’avancement de l’industrie, il ne suffit pas que l’homme soit intelligent, et que sa curiosité pénétrante ait découvert quelque chose de plus des lois de la nature. Il lui faut faire preuve d’autres qualités, d’un ordre différent et peut-être supérieur. Il lui faut l’esprit de suite, une persévérance qui ne se rebute pas. Il lui faut autre chose encore, les facultés de l’âme qui prévoient, facultés si rares aux époques primitives, et qui portent, l’homme à se priver dans le présent, afin de s’acheminer vers un meilleur avenir. Il faut, en un mot, que certaines forces morales soient associées en lui à la force de l’intelligence, et c’est en effet ce qui a eu lieu. C’est parla seulement qu’il a pu faire passer ses découvertes dans la réalité, c’est par là seulement qu’il s’est procuré les moyens matériels d’effectuer cette sorte d’incarnation. Pendant que, à l’aide de la science incessamment étayée de l’expérience, l’homme découvrait comment il était possible de faire travailler pour lui les animaux et les forces mécaniques, chimiques et physiques, éparses dans la nature, et de donner un meilleur emploi à sa force propre, il a trouvé, dans son empire sur lui-même et dans sa prévoyance, l’art de réserver le capital qui est indispensable pour la mise en pratique de toutes ses découvertes, le capital qui est la substance matérielle de la plupart des améliorations sociales et le nerf de l’industrie. C’est ainsi que la puissance productive de l’homme peut et doit être représentée comme la résultante de

INTRODUCTION

sa puissance intellectuelle et de sa puissance morale.

Ce rôle des capitaux dans le développement de la puissance productive, est un des sujets les plus dignes d’être médités par tout le monde, et de fixer l’attention des hommes d’Etat. Pour que l’industrie avance dans un État, il faut que la formation et la conservation des capitaux y soient encouragées par les mœurs et par les lois ; il faut que les habitudes privées des citoyens et la politique de l’État ne les dévorent point par des dépenses improductives. De même que les premiers hommes, pour former leurs capitaux rudimentaires, ont dû imposer silence à leur appétit désordonné ou à leur penchant à ne rien faire ; de même de nos jours, afin de former ou de ménager le capital qu’il importe tant non-seulement de conserver, mais de grossir, les classes peu aisées doivent régler leur existence et fuir le cabaret, les 'classes aisées et les riches fixer des limites à leur amour du luxe et à leur ostentation , et les gouveraements tempérer leur goût pour le faste, et se garder des entraînements de la ruineuse passion de la gloire militaire.

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