CHAPITRE VIII
Progrès des arts utiles qui dérivent de la physique.
Dans les arts qui dérivent de la science physique, l’Exposition constate des perfectionnements remarquables. Parmi ces arts, la télégraphie électrique , fille de
(1) Voir le rapport de M. Del esse, tome III, classe x, page 253.
(2) Voir les rapports de MM. Peloiize, Peligot et Bontemps, classe xxxvi.
(3) Voir le rapport de M. Henri Sainte-Glaire-Deville, classe xxviii, section II.
INTRODUCTION
la pile de Volta, est une des merveilles de la civilisation moderne. On a pu voir à l’Exposition quels progrès elle avait accomplis; on le verrait tout aussi bien, sinon mieux, dans les ateliers de M. Froment, à Paris. Ce constructeur, si ingénieux, a chez lui un télégraphe qui imprime les dépêches, lettre par lettre, avec plus de rapidité qu’un imprimeur ne les composerait. On expérimente maintenant sur une des lignes françaises un procédé qui transmettrait rapidement tout, absolument tout ce qui aurait été tracé sur une feuille de papier, un dessin comme de l’écriture, un portrait comme un nom. C’est un papier convenablement préparé qu’on livre à la machine, à Lyon, et la machine retrace à Paris tout ce qui est figuré sur le feuillet. On retire des courants électriques d’autres services. On en fait pour l’intérieur des maisons un système de sonnerie. Régler les horloges et les faire marcher d’accord, en quelque nombre et à quelque distance qu’elles soient, est un jeu pour le courant électrique. Pour donner à la division des instruments de précision une exactitude supérieure à tout ce qui avait été fait jusqu’à ce jour, M. Froment emploie la même électricité. Jusqu’à présent les courants électriques n’ont pas réussi à donner de grandes forces mécaniques : ils y arriveront sans doute avec le temps. Que de chemin a été fait depuis le jour où le premier consul, comprenant, par une remarquable intuition, que la pile récemment imaginée par le physicien italien Volta conduirait à de grandes applications , proposa aux inventeurs un prix à cet effet! En fait de résultats mécaniques tirés de l’électricité, on peut citer M. Achard, qui a exposé un modèle de frein pour arrêter subitement un train de
INTRODUCTION
chemin de fer, et le métier Bonelli, mû par l’électricité, qui marche régulièrement et tisse la soie.
Les courants électriques ont été employés avec succès pour créer une lumière d’une intensité extrême ; mais jusqu’ici on ne s’en était guère servi que pour des expériences de laboratoire. La question de l’éclairage par l’électricité vient de faire un grand pas. On sait par quels beaux travaux divers savants, à la tête desquels il faut placer M. Ampère, ont démontré l’identité du magnétisme et de l’électricité. En faisant intervenir des aimants, c’est-à-dire en produisant le courant électrique au moyen d’aimants mis en mouvement par une force quelconque , on obtient une lumière non - seulement très-vive et égale à elle-même, mais à fort bas prix. Elle n’a qu’un défaut, et il est grave pour la pratique ordinaire, c’est qu’on ne peut l’obtenir qu’en grande et indivisible quantité. Ce ne serait bon que pour un phare. Avec une petite dépense de combustible dans un moteur à vapeur, on a une lumière équivalant à plusieurs centaines de bougies , à plus d’un millier. M. Edmond Becquerel, qui , dans son rapport (1), a rendu compte de deux appareils de ce genre, l’un français, l’autre anglais, présents à l’Exposition , estime que cette lumière ne coûterait que le dixième du tarif de l’éclairage de Paris.
Le courant électrique, appliqué au déplacement des métaux et à leur transport dans un moule, a donné naissance à l’industrie de la galvanoplastie, qui est déjà ancienne. Elle a présenté cette année à l’Exposition des produits d’un genre nouveau : ce sont des bronzes d’or-
(1) Tome III, classe viii, page 104.
nement pour les meubles. Ils viennent de la maison Christofle ; ce sont de fort beaux objets, d’un bas prix qui surprend quand on songe à ce que coûtent les mêmes articles fondus et ciselés, qui cependant ont moins de fini. On remarque à l’Exposition , dans l’hôtel de la Commission impériale , des meubles de M. Grohé , ainsi enrichis. C’est d’un grand effet. On peut voir des produits de ce genre dans quelques-unes des dernières constructions monumentales de Paris. Ainsi, au Louvre, la grande porte des écuries est ornée de cuivres qui ont été ainsi fabriqués. Les ornements de l’escalier du ministère d’État ont la même origine.
On doit considérer comme relevant de la physique les arts qui ont pour objet de distribuer dans les édifices la lumière et l’air, de les chauffer, ou d’y entretenir la fraîcheur. Ces arts divers ne sont pas avancés encore autant qu’on le voudrait. Ne serait -ce pas que, dans l’éducation des architectes, on n’a pas fait une place suffisante à l’enseignement de la physique? M. Trélat et M. le docteur Ambroise Tardieu ont mentionné dans leurs rapports (1) les tentatives toujours ingénieuses et quelquefois heureuses qui ont eu pour objet de résoudre ces problèmes si intéressants pour la bonne hygiène et pour l’agrément des habitations. Il faut le reconnaître, sur ce point il reste infiniment de progrès à accomplir. Jusqu’à ces derniers temps, nous avons vécu à cet égard dans une profonde ignorance, et il n’y a que peu d’années que des expériences sérieuses ont été entreprises par des hommes com-
(1) Tome III, classe x, page 419. M. Tardieu, tome IV, classe xvii, pages 246 et suiv.
péteiits, dans le but d’élucider la matière. Ce qu’on sait le mieux jusqu’ici , c’est que, chez les peuples les plus civilisés, la plupart des édifices dans lesquels on réunit un grand nombre de personnes, tels que les casernes, les prisons et les hôpitaux, laissent plus ou moins à désirer en ce genre, et, au nom de l’hygiène, réclament des améliorations. Le plus célèbre des hôpitaux de Paris, l’Hôtel-Dieu , ne paraît pas être celui où il y aurait le moins à reprendre. J’en parle parce que c’est un des sujets dont on s’est entretenu à Londres pendant l’Exposition, à l’occasion de l’espèce d’enquête que soulevait cette solennité industrielle sur les questions qui touchent à l’hygiène des populations.
Je rapporterai à la physique les produits si curieux qui ont été exposés par M. J.-L. Desjardins, de Paris; ce sont des imitations de peintures et d’aquarelles par l’impression en taille-douce. M. Desjardins est parvenu à reproduire toutes les nuances dont on a besoin dans un tableau par la superposition de quatre couleurs au plus. Il imite quelque peinture que ce soit en passant sur le papier quatre planches au plus, chacune avec sa couleur. Il obtient ainsi de très-jolis objets à très-bas prix. C’est un moyen d’orner à peu de frais les appartements, et de répandre des objets d’art , d’un bon goût , parmi les classes peu aisées.
Je crois pouvoir rapporter à la même catégorie les dispositions si ingénieuses et si efficaces, au moyen desquelles M. l’ingénieur François a changé la face de l’hydrologie, dans tout ce qui concerne la recherche et l’exploitation des eaux minérales. Cette branche de l’hydrologie est devenue une science positive qui a été appliquée à un grand nombre de nos thermes , et leur
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a assuré la jouissance d’eaux plus abondantes, plus égales à elles-mêmes et plus exemptes de mélange. M. François a même été appelé à donner des plans pour des sources minérales importantes des pays qui nous avoisinent. Le succès, là aussi, a répondu à ses efforts ; c’est un service rendu à l’hygiène publique qui a frappé l’attention du jury international (i).