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CHAPITRE IX

La division du travail mieux entendue et plus complète. — Agrandissement des établissements.

Dans ces dernières années, on s’est mieux conformé au principe de la division du travail. Cette division s’est faite suivant deux systèmes différents, qui cependant sont loin de s’exclure l’un l’autre. Il y a eu la division du travail au sein de la même fabrique; il y a eu la division du travail entre les fabriques, chacune se renfermant dans un nombre restreint de produits, ou n’effectuant qu’une partie déterminée d’une œuvre totale.

La division du travail dans le même établissement a donné la faculté d’appliquer avantageusement les machines aux diverses opérations , chaque machine en accomplissant une bien distincte. L’emploi des machines a permis de produire à moindres frais. Par cette division même, l’ouvrier, répétant sans cesse la

(1) Voir le rapport de M. Daiibrée, tomel, classe i, page 128; le rapport de M. Trélat, tome III, classe x, page 450, et celui de M. le docteur Tardieu, tome IV, classe xvii, page 252.

INTRODIjCTION.

même manœuvre, acquiert plus d’habileté et plus de puissance productive. L’intervention des machines provoquée par la grandeur des ateliers a, par réciprocité, provoqué à son tour une nouvelle extension de la fabrication dans chaque établissement, parce qu’une machine ne rend toute l’économie dont elle est capable qu’autant qu’elle ne chôme pas.

La division du travail entre les établissements a été commode pour le manufacturier, car il a pu avoir une tâche simple avec des affaires immenses. Elle a eu pour la société cet avantage que chacun a pu mieux s’acquitter de son œuvre devenue moins complexe. Ce mode de division a été poussé très-loin dans quelques pays, et particulièrement en Angleterre, où la grandeur de la production la facilitait plus qu’ailleurs. On la remarque surtout dans l’industrie du coton. La même filature de coton ne cherche pas à produire tous les numéros des fdés à beaucoup près ; elle n’en fait pas la vingtième partie. La même maison de tissage ne met pas en œuvre tous les filés, et, à plus forte raison, elle ne fabrique pas toutes les sortes de tissus qu’on peut en tirer ; elle n’en embrasse pas le cen tième. La même maison d’impressions n’imprime pas toutes les étoffes blanches, elle ne fait pas toutes les combinaisons de couleurs ; c’est une besogne qui, de l’autre côté du détroit plus que chez nous, se répartit et se sous-divise non-seulement entre les établissements , mais entre les villes. Moyennant ce système, les manufactures peuvent acquérir des proportions gigantesques, sans qu’il faille un homme de génie poulies diriger.

La tendance qui porte les chefs d’industrie à se divi-

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ser le travail entre eux est assurément très-prononcée aujourd’hui; cependant, la tendance opposée se révèle quelquefois avec une grande puissance, et donne naissance à des fabriques où toutes les opérations sont réunies, et où l’on prend la matière première absolument brute pour ne quitter le produit que lorsqu’il est en état d’être livré au consommateur. Elle est favorisée par l’économie qu’on espère réaliser sur les frais généraux, et par l’espoir d’être mieux servi selon ses désirs en se servant soi-même; elle est aidée par la perfection qu’a acquise la comptabilité commerciale, perfection telle qu’on peut sans effort analyser une fabrication, même fort compliquée, et se rendre compte minutieusement de chacune des parties.

Dans les deux systèmes de division , c’est un fait remarquable qu’aujourd’hui les dimensions des manufactures se sont beaucoup amplifiées. On le remarque depuis assez longtemps déjà pour les établissements où l’on fabrique le fer et où l’on élabore les autres métaux. Il est vraisemblable que telle de nos compagnies de forges produit plus de fer qu’il ne pouvait s’en faire dans toute l’étendue de l’empire romain, au temps de sa splendeur. Les Anglais ont des maisons du même genre plus puissantes encore peut-être. La production des tissus a de même acquis, dans les fabriques modernes, des proportions immenses. J’aurai lieu, bientôt, de dire à quel point cet agrandissement de l’échelle de la fabrication se révèle de toutes parts.

Pour donner une idée des proportions qu’ont prises les manufactures dans les industries où elles sont déjà constituées assez anciennement, citons un ou deux exemples. Dans l’industrie de la filature du coton, il est

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commun , aujourd’hui , de voir des établissements de 25, 30 et 40,000 broches. Le point de départ de cette industrie, c’est pourtant la fdeuse à la main, qui produit moins qu’une broche. Dans l’industrie des toiles peintes ou imprimées, telle fabrique de Manchester ou de Glasgow livre annuellement une longueur d’étoffe suffisante pour embrasser la majeure partie de la circonférence du globe terrestre (40 millions de mètres). Les principales maisons de ces deux industrieuses cités, telles que la maison Potter, la maison Schwabe, la maison James Black, les établissements de Dinting Vale, de Rhodes Works et quelques autres, sont, en effet, montées de manière à produire au moins un million de pièces de 23 mètres chacune, soit en tout 23 millions de mètres. La maison James Black est même allée jusqu’à 28 millions. En France, la maison Dollfus, Mieg et G® atteint iO- millions de mètres, d’une valeur moyenne supérieure aux tissus des grandes maisons anglaises. De plus, à la différence des maisons de Manchester et de Glasgow, qui se bornent à imprimer, celle-ci fde, tisse et imprime.

En fait d’établissements où toutes les parties d’une fabrication sont concentrées, mais dans l’intérieur desquels la division du travail n’en est pas moins poussée aussi loin que l’esprit peut le concevoir, je ne pense pas qu’il existe rien de plus grand que la fabrique de Saltaire, près de Bradford, importante ville du Yorkshire qui, avec sa banlieue, produit des tissus mélangés, laine et coton, pour 500 millions de francs, à ce qu’on assure Saltaire est l’œuvre de M. Titus Sait, qui l’a érigée tout d’un bloc il y a une dizaine d’années, avec les maisons où les ouvriers se logent, et l’église où

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ils vont assister au service divin. Cette immense manufacture, dans l’enceinte de laquelle travaillent plus de trois mille personnes, est consacrée à la production de certains tissus de laine, d’alpaga et de poil de chèvre; elle est adonnée surtout aux tissus de laine pei gnée qu’on appelle les orléans. Elle vend aussi une forte quantité de laine filée. On y prend la laine, l’alpaga et le poil de chèvre tels qu’ils ont été coupés sur le dos de la bête, et on achève entièrement la fabrication des tissus. Tout y est sur des proportions colossales. Plusieurs des machines à vapeur sont de la force de 700 chevaux.

La même loi qui a agrandi les fabriques, au grand avantage du public consommateur, tend à faire disparaître de la plupart des industries les petits ateliers, ceux que souvent on appelle plus ou moins justement les ateliers de famille. C’est que l’industrie morcelée se refuse, dans la plupart des cas au moins, à l’emploi des machines, auxiliaires indispensables cependant, soit pour la qualité régulière des produits, soit pour la fabrication à bon marché, qui est la nécessité et le devoir de la civilisation moderne. Le changement qui nous occupe en ce moment se révèle de la manière suivante : telle production qui, jusqu’à une époque fort rapprochée, était livrée à des artisans, ou même à l’état domestique, puisque chaque famille la faisait pour ellemême, se transforme au point de devenir manufacturière; je veux dire qu’elle s’organise dans de vastes établissements où le travail est divisé et sous-divisé entre un grand nombre de personnes, dont chacune fait une opération distincte qu’elle recommence indéfiniment, et où, dans chacune de ses parties à peu près, le travail s’aide des machines.

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Dans la société patriarcale, toute industrie est domestique. Point ou très-peu de division du travail entre les familles. Chaque tribu ou clan produit et confectionne tout ce qu’il lui faut. Dans la société grecque ou romaine, l’industrie reste encore principalement domestique; cependant, une certaine division du travail y apparaît comme un des caractères mêmes du progrès social, et finit par acquérir quelque développement : elle se manifeste par le fait que les professions sont plus distinctes et se diversifient davantage. Cet état de choses s’accuse plus fortement au moyen âge et dans les siècles suivants, avec les corporations d’arts et métiers; il y a des chefs d’industrie qui occupent beaucoup d’ouvriers, mais il n’y a pas encore d’établissements organisés sur la base d’une grande division de l’œuvre entre les travailleurs, et d’un outillage varié en raison directe de cette division. La manufacture est une création de la civilisation moderne. Il n’y a guère qu’un siècle que le système manufacturier est apparu avec tous les traits qui lui sont propres, qu’il s’est fortement constitué et s’est mis à prendre chaque jour un plus grand essor.

A la fin du xviii® siècle et pendant le premier quart du XIX®, une multitude d’industries, aujourd’hui à l’état de manufactures, n’avaient aucunement ce caractère. Leur outillage était insignifiant; l’outil principal, c’était la main de l’homme. Le parfumeur, par exemple, avait un mortier dans lequel il écrasait les substances destinées à ses préparations , un alambic , des filtres et des tamis. Le fabricant de boutons ne s’occupait que des boutons métalliques ; pour leur donner une empreinte, il avait un balancier; les boutons en drap, velours ou soie, se faisaient chez les tailleurs ou dans les mé-

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nages; à cet effet, on avait des moules intérieurs ronds, en bois, qui s’obtenaient au tour. Hors de là, l’aiguille pour coudre, la paire de ciseaux pour découper l’étoffe à la main, étaient à peu près tout l’outillage. Ainsi avaient été jadis d’autres fabrications que depuis quelque temps on s’est accoutumé à considérer comme de la très-grande industrie. Dans l’antiquité et dans les États actuels de l’Europe, * avant qu’on eût imaginé la fonte de fer comme produit intermédiaire, le maître de forges, ce puissant industriel avec qui nous avons vu, après 1814, l’autorité royale obligée de compter sous les Bourbons des deux branches, était un artisan nomade qui construisait un petit fourneau, là où le minerai se présentait à lui voisin du bois; il s’entendait avec un bûcheron qui lui faisait du charbon, quand il ne carbonisait pas lui-même les arbres de la forêt. Son outillage se composait de quelques marteaux et d’un soufflet, que l’on remplaça plus tard par la machine simple, faite de quelques planches, que dans les Pyrénées on appelle la trompe. Le changemeut qui a substitué le vaste appareil des forges modernes, si grandement outillées, à l’humble atelier du forgeron de l’empire romain et à l’atelier modeste du moyen âge et des siècles suivants, y compris le xviir, ce changement, qui ressemble à une révolution, se poursuit présentement avec activité dans presque toutes les branches de l’industrie.

L’accroissement qu’éprouve ainsi la puissance productive de l’homme est très-prononcé en ce moment , surtout à cause de l’intervention des machines et des outils perfectionnés.

Le soulier, dans le genre commun, se fait aujourd’hui dans des manufactures qui en produisent chacune plu-

INTUODUCTION.

sieurs milliers de paires chaque jour. Vous entrez dans la fabrique de M. Philippe Latour, à Liancourt, ou dans celle de M. Godillot, à Paris : on vous fait écrire votre nom sur un morceau de cuir, et puis, une heure ou deux après, quand vous avez parcouru la fabrique, on vous apporte une paire de soutiers faite avec le cuir qu’on vous avait présenté, et vous retrouvez votre nom, tel que vous l’aviez inscrit, sui* l’empeigne ou la semelle. Le cuir a subi, sans en manquer une seule, toutes les opérations qu’il traverse chez le cordonnier en chambre ou en boutique, et même quelques-unes de plus; mais dans la maison où vous êtes, chaque homme est assisté d’une machine. Une heure et demie a suffi pour accomplir ce qui, par la vieille méthode, où tout s’exécute de main d’homme, aurait pris une semaine.

De même pour les boutons, on peut voir à Paris, près du bassin de la Bastille, dans la fabrique de MM. Weldon et Weil , de combien d’espèces de boutons le genre humain se sert depuis que les procédés mécaniques ont donné toute facilité pour diversifier les formes de l’article. Les boutons des uniformes militaires, presque tous en métal, forment une famille innombrable quand on embrasse tous les peuples civilisés, ainsi que le font ces intelligents manufacturiers. Les boutons à l’usage des dames sont bien autrement nombreux, parce qu’ici la mode exerce sans limites son capricieux empire. Il y a le bouton en métal, le bouton en velours, le bouton en soie, le bouton en nacre, en ébène, en ivoire animal ou en ivoire végétal, le bouton en carton vernissé. Il y a le bouton où le métal est associé à la nacre, ou à l’ébène, ou à l’ivoire, ou au coroso, ou au carton, et celui où le métal, ou bien une et quelquefois plusieurs de ces diverses

hNTROüL’CTION.

in

substances s’unissent à quelque étoffe. Le vêtement des hommes suppose un moindre nombre d’espèces de boutons, mais il faut, là encore, compter par centaines et par milliers. Un ealcul approximatif permet de porter à six cent mille sortes environ les variétés de boutons qui sont sorties de la fabrique de MM. Weldon et Weil, depuis qu’elle existe, e’est-à-dire depuis une einquantaine d’années. La mode changeante a commandé cette variété prodigieuse, et les machines, dont le métier est d’obéir, l’ont exécutée successivement. Grâce au procédé mécanique, les boutons coûtent fort peu en comparaison des temps antérieurs. Le prix des boutons très-simples, qui servent à suspendre les bretelles, par exemple, et qui constituent une sorte qu’on n’avait pas jadis (ils sont en métal et blanchis), est de 30 centimes la grosse de douze douzaines : cinq boutons pour 1 centime. Mais les bontons en soie ou en velours, et les boutons d’uniforme et de livrée dorés sont beaucoup plus chers. La fabrieation journalière de la maison est de douze cent mille boutons.

J’ai dit plus haut que l’Exposition permettrait à l’observateur qui le voudrait de faire de curieuses études de mœurs. Même sur le ehapitre des boutons, qui semble y prêter moins qu’un autre, il y aurait d’intéressantes observations à faire en ce genre. Le pays de l’Europe qui a le plus de variété et de luxe dans ses boutons d’uniforme est l’Espagne incomparablement. Singulière manifestation de l’ostentation castillane ! L’Espagne affecte l’apparence dans ses boutons eomme l’emphase dans ses formes de langage; mais eette manie ne l’empêche pas de redevenir une grande nation, aux applaudissements du monde civilisé et de la France en particulier. Je viens

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de dire que l’Espagne a les plus beaux boutons d’uniforme de l’Europe; mais hors de l’Europe, il y a quelqu’un qui la dépasse. Quel est donc cet État qui a les plus splendides boutons d’uniforme, ou du moins les plus chers ? Ce n’est pas même un État; c’est l’Égypte, à laquelle, en 1840, un caprice des potentats de l’Europe ravit la plénitude de l’indépendance, de sorte que le pacha d’Égypte est le vassal du sultan et que l’Égypte est une province de l’État turc. Le pacha d’Égypte se console de diverses manières de l’abaissement infligé à son père Méhémet-Ali. Il est le plus riche des princes ; et pendant que son suzerain , réduit aux expédients , émettait de la monnaie de papier au lieu de métal , il a fait , lui , en argent ce que d’autres font non-seulement en cuivre, mais aussi quelquefois en carton vernissé. Il a commandé quinze mille uniformes dont les boutons, même pour les simples soldats, sont d’argent massif et de grande dimension. Forme originale du luxe oriental ! S. A. Saïdpacha, qui sait ses auteurs, s’est rappelé sans doute qu’Alexandre le Grand, le fondateur d’Alexandrie d’Égypte. avait «on corps des Argyraspides, dont les boucliers étaient d’argent.

Mais revenons aux boutons a bon marché. J’ai cité ceux de 30 centimes la grosse. Il y a une sorte de boutons qui est à plus bas prix encore, et qui cepenaant est jolie. Ce sont les boutons en porcelaine qu’on met à nos chemises, par exemple, et dont M. Bapterosse, de Briare, est l’inventeur et le principal fabricant. On les vend aujourd’hui 1 franc 10 centimes la masse, c’està-dire la douzaine de grosses (ou mille sept cent vingthuit boutons), soit moins de 10 centimes la grosse; c’est

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à peu près seize boutons pour l centime. Il y eut un moment où la concurrence en avait réduit le prix à 50 centimes la masse, ou trente-quatre boutons pour 4 centime.

Je pourrai citer aussi bien la fabrication des verres de montres (1). M. Walter- Berger, verrier français, a organisé cette fabrication sur le pied d’une trentaine de millions de verres par an. Il en fait du prix de 50 centimes la grosse, soit trois pour 4 centime. Le verre chevé, de la plus fine qualité , qui coûtait en gros 4 fr. 50 c. naguère, se vend aujourd’hui 44 centimes.

En fait de fabrication où le système manufacturier a supplanté le petit atelier de l’artisan, combien d’articles ne pourrait-on nommer! Indiquons les ustensiles de ménage en fer dit battu, tels que les poêles et poêlons, casseroles, couverts en tôle, et tout ce qui y ressemble. Autrefois cela se faisait lentement, péniblement et mal, au marteau; maintenant on fabrique les mêmes produits, et beaucoup d’autres de la même sorte nouvellement imaginés , dans de grandes manufactures , avec le principe de la division du travail et à l’aide des machines. On estampe le fer, on Yemboutit, on le tourne, on le rogne, on le finit, avec un outillage qui varie selon la nature des articles. On a de meilleurs produits à bien meilleur marché. Un autre exemple est la fabrication du chocolat que quelques maisons de Paris fabriquent avec supériorité et vendent à très-bas prix dans les qualités communes; c’est au système manufacturier qu’on doit, ici encore, attribuer le bon marché. L’industrie de la confection des habits offre un autre cas

(1) Voir le rapport de M. Pelouze, tome VI, classe xxxiv, page 555.

INTRODICTION.

bien caractérisé de l’invasion de la manufacture dans ce qui était le lot de la petite industrie, privée de la ressource des machines et de la division du travail. Le consommateur y a gagné de payer moins cher son vêtement, parce que la puissance productive du travail humain a été fort accrue par le changement de la petite industrie en la grande.

Il en est de même de la parfumerie. Qu’on entre dans la fabrique de M. Piver, par exemple (je le cite parce que son exposition a été remarquée) ; on y trouvera la division du travail comme dans les manufactures de toiles imprimées. La qualité des produits y a gagné, et le prix a baissé. Devenue chez nous une grande industrie, la parfumerie a acquis des développements trèsétendus. Elle occupe une belle place dans notre commerce d’exportation. On est fondé à en dire autant à peu près de la confiserie.

Il est digne d’attention que la fabrication de soieries n’ait pas adopté encore, à Lyon, la transformation en manufactures ; mais il est difficile qu’elle n’y arrive pas. La concurrence l’y forcera. Presque partout à l’étranger l’industrie des soieries a pris l’organisation manufacturière.

La tendance à substituer les forces mécaniques de la nature à l’effort musculaire de l’homme, ou de régler, par des outils bien conçus et bien construits , l’action incertaine de ses doigts , a donné naissance, dans les derniers temps, à une multitude d’appareils secondaires, d’une disposition heureuse, qui économisent beaucoup la main d’œuvre en augmentant la quantité des produits et leur bonne confection. C’est ainsi qu’un grand nombre de métiers mécaniques à tisser, faisant

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une prodigieuse quantité de travail, et d’un travail uniforme, se voient dans l’Annexe occidentale et y excitent l’étonnement du public. De même, beaucoup d’appareils spéciaux, placés dans la même salle et entretenus en l’état de mouvement, font l’admiration des promeneurs. Celui-ci raie des registres, celui-là fabrique des sacs de papier qu’il livre tout collés; un autre, et c’est une des plus jolies choses de l’Exposition, plie le chocolat livre par livre, les deux plaques l’une sur l’autre, en se conformant bien aux biseaux que l’usage a consacrés pour les rebords de ces plaques , et lorsqu’une livre est pliée, il la transporte sur le tas en même temps qu’il en saisit une autre. Cette intelligente machine figure dans l’exposition de M. Devinck, de Paris. M. Devinck a le bon goût d’en attribuer tout le mérite à un contre-maître ancien dans sa maison, M. Armand Daupley.

Parmi ces machines, quelques-unes semblent appelées à rendre quelque consistance à l’industrie domestique, tant ébranlée par le système manufacturier. La plus remarquable, assurément, est la machine à coudre, qu’on a successivement perfectionnée de manière à travailler le cuir aussi bien que les tissus les plus fins, et à produire les diverses sortes de points. On a même exposé une machine qui fait tous les points. Par la modération de son prix (125 à 250 francs environ) , la machine à coudre est à la portée d’un trèsgrand nombre de ménages, et elle rendra de grands services dans les familles. Déjà, aux États-Unis, elle est acclimatée au coin du foyer domestique, dans quelques villes du moins. La maison américaine Wheeler et Wilson, qui construit avec supériorité les machines à

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coudre, s’est outillée de manière à en construire cinquante mille par an. C’est qu’il s’en vend par milliers aujourd’hui. Il y en a de françaises, d’anglaises et d’américaines. Un des quartiers de l’Exposition en est rempli, et comme elles fonctionnent, ce n’est pas celui oii les curieux se pressent le moins. Une multitude de personnes s’informent avec une curiosité extrême des résultats obtenus. Ces résultats peuvent se formuler ainsi : c’est dans les industries où l’on opère sur des matières dures à percer, comme la sellerie, que la mécanique a son plus beau triomphe : une machine à coudre y fait l’office de vingt-cinq hommes. Dans la couture ordinaire, elle remplace dix ouvrières, et avec le point de surjet, cinq. La machine à coudre a sa place marquée dans les manufactures de confection d’habillement, pour le moins autant que dans les familles. On peut l’y observer en pleine activité et en plein succès (1).

Dans le même genre, une machine curieuse est celle qui sert à traire les vaches : elle se trouve dans l’exposition des États-Unis. On assure qu’elle fonctionne avec succès.

Les machines s’introduisent à plus forte raison dans des travaux qui réclament une grande force matérielle, et qui pourtant jusqu’à ces derniers temps s’exécutaient de main d’homme. Ainsi pour tailler la pierre destinée à la façade des édifices, les Américains du Nord ont depuis quelque temps des machines qui expédient une grande quantité de besogne. Depuis peu, l’on

(J) On tiouvcra l’appréciation des machines à coudre dans le rapport de M. Gallon, tome IT, classe vu, page 521.

INTUODl'CTIÜN.

fabrique mécaniquement des pavés destinés à la ville de Paris, à la carrière de Marcoussis.

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